Une estimation du gain direct d’une dévaluation du franc (s’il avait existé aujourd’hui)

Publié le 23 Février 2015

 De plus en plus d'économistes commencent à modifier leurs discours sur les conséquences "catastrophiques" d'une sortie de l'euro. Hors de l'euro point de salut nous disaient-ils. 
 
Ce que répètent les perroquets médiatiques avec des trémolos dans la voix y comprit, des non experts en économie. Il est vrai que les experts en général ne sont pas de bons guides. Toutefois, le bon sens devrait nous dire que si nous avons vécu avec le Franc, puis avec l'Euro, rien ne devrait nous interdire de revenir au Franc nouvelle formule soit un euro égal un franc.
Qu'est-ce que cela changerait pour le citoyen lambda. Le retraité, le smicard et même, l'ensemble de la population en fait, si vous consommez des produits de France.
Alors oui, la télé, l'ordi, l'I-phone, le Galaxy seraient plus cher nous disent les "experts". Essentiellement d'ailleurs parce que nous avons abandonné nos filières industrielles. 
Mais tout de même, pourquoi aujourd'hui, payons-nous au même prix ces produits alors même que l'euro est en baisse ?
Quelle est l'entreprise qui ne ferait pas d'effort sur ses marges pour garder le marché français.
Nous ne sommes pas un village mais l'un des six pays les plus riches et les plus consommateurs de la planète. Sans compter que ce serait pour nous l'occasion de nous réindustrialiser. CQFD.
Gérard Brazon
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Plusieurs études circulent pour tenter d’évaluer le gain pour la France d’une dévaluation de l’euro[1][2][3]
 
Cependant, il faut savoir que près de la moitié (47%) de notre commerce extérieur se fait à l’intérieur de la zone euro[4]. Une baisse de l’euro ne jouerait qu’à l’égard du reste du monde hors zone euro (en dehors d’éventuels effets de substitution pouvant exister à l’intérieur de l’union monétaire…)
 
On peut alors imaginer quelle serait la réaction de notre commerce extérieur (et donc de notre croissance du PIB), si la France était dans les mêmes conditions qu’aujourd’hui, mais avait conservé le franc comme monnaie.
Pour cela, il faut connaitre la réaction des exportations et des importations à la variation du taux de change.
L’élasticité-prix des exportations mesure la sensibilité de la demande étrangère au prix des exportations françaises. En clair, si l’élasticité est de 1, cela veut dire que pour tout accroissement du prix (ou du taux de change de la monnaie nationale) de 1%, la demande étrangère pour ces biens diminue de 1%.
 
Deux types d’élasticité sont à calculer. Une première vise à mesurer l’évolution des exportations en volume (c’est-à-dire en quantités) et une autre permet de connaitre la réaction du prix des exportations en fonction du taux de change effectif nominal (c’est-à-dire du taux de change nominal de la France à l’égard de tous ses partenaires économiques).
Le service de recherche de Natixis s’est adonné à ce calcul[5]. L’équation économétrique de la première élasticité s’écrit comme ceci :
 
dlog( Xijt ) = c + α1dlog( REERit ) + α2dlog( Mt )
 
Avec X les exportations et M les importations. REER le taux de change effectif réel (taux de change du pays à l’égard de l’ensemble des monnaies de ses partenaires économiques, déflaté par les coûts salariaux unitaires). Le même raisonnement s’applique aux importations.
 
 
 
Ainsi, selon Natixis, pour toute baisse du taux de change effectif réel de 1%, le volume des exportations augmente de 0,8%. Pour les importations, leur volume diminuerait de 0,25% (Tableau 1).
 
 
Ceci témoigne de la grande sensibilité des produits français au taux de change et donc du niveau de gamme moyen de la France (comparativement à l’Allemagne par exemple), qui va en se dégradant … (graphique 1).
 
 
S’agissant de l’évolution des prix :
 
Selon Natixis, pour toute baisse de 1% du taux de change effectif nominal, le prix des produits vendus augmenterait de 0,23 % et celui des importations de 0,24%.
Ainsi, en cas de dépréciation du « franc » de 10% à l’égard de toutes les monnaies, le montant des exportations augmenterait de 10,3% et les importations ne bougeraient pas (-0,097%). Soit une augmentation, ceteris paribus,(toutes choses égales par ailleurs ndlr Gérard Brazon) de 2,25 points du niveau du PIB français.
 
Si la dévaluation est de 20%, la variation du montant des exportations serait de 20,6%, et des importations de – 0,04%, soit une augmentation de 4,5 points du PIB.
Bien entendu, cette évaluation ne prend pas en compte la variation de certains éléments (taux d’intérêt, inflation etc…).
Mais il est faux de dire qu’une dévaluation d’un hypothétique franc serait néfaste par nature pour la croissance.
 
[5] P.Artus : « Dans quels pays de la zone euro la dépréciation du change serait-elle favorable ? », FLASH NATIXIS n°743, 2011.

Rédigé par Gérard Brazon

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