Différencier droite radicale, nationaliste, et « extrême-droite » Par Lucien Samir Oulahbib

Publié le 29 Mars 2015

Comme l’indique Pierre-André Taguieff dans son dernier opus (La revanche du nationalisme, PUF) » la notion d’extrême droite est faussement éclairante » (p.47) tant elle fait partie de ces mots-valises qui sert bien plus de marqueur stigmatisant que de concept opératoire.
Néanmoins il serait possible de s’en servir encore à condition de le circonscrire dans sa définition plus ou moins originelle depuis : celle d’une position racialiste qui refuse toute assimilation au sein d’un corps politique posé comme homogène et enracinée, au-delà de ses divergences idéologiques internes ; on trouve cette analyse chez Barrès. On peut aussi la retrouver chez Heidegger mais accentuée (chez Barrès il n’y a pas d’idée de supériorité). Et aussi dans l’identification stricte que font certains musulmans (bien plus que les juifs) entre religion et ethnie : ainsi l’on naîtrait juif du point de vue ethnique surtout et non pas religieux stricto sensu, alors que l’on naît musulman, ce qui implique de rendre impossible l’apostasie car l’on ne peut nier sa naissance d’origine supérieure (le Coran rectifiant toutes les autres paroles).
Cette position racialiste et ses diverses accentuations doit être différenciée de celle de « la » droite prise dans son corpus symbolique qui s’appuie certes sur le constat de l’origine naturelle des inégalités individuelles liée à une répartition donnée des « dons », mais elle y oppose tout aussitôt l’égalité des droits (par exemple Hobbes et Locke) qui vient compenser toute inégalité physique et intellectuelle.
Cette position posant l’égalité en droit et non en fait (ce que réclamait Rousseau puis Marx d’où son projet égalitariste) doit se distinguer de la position issue du monarchisme absolu qui posait avec le « sang bleu » l’idée que le droit de s’imaginer supérieur est fondée par le « sang », dérivation de la notion de don inégalement répartie jusqu’à la grâce également inégalement donnée, ce qui donna toutes les formes du jansénisme, et forma sans doute les rudiments idéologiques pour le raidissement qui suivit la Révolution française en considérant qu’il existe, avec Gobineau, une inégalité naturelle qu’il faut enraciner non seulement dans le sang mais aussi dans le sol, ce qui transforma le patriotisme en nationalisme puis en son idéalisation forcenée qui fit dire à Fichte que la Nation allemande était la seule à être digne de représenter le Genre Humain (Discours à la Nation allemande) Hegel y voyant lui l’État prussien comme sommet, et Heidegger prônant l’expulsion de tout ce qui est libéral, spinoziste, juif.
On peut alors chercher un parallèle fructueux dans le corpus de « l’extrême gauche » lorsque celle-ci pose la classe comme une sorte de race métaphysique (à l’instar de Nietzsche et Heidegger) qui hait si fort le « bourgeois » surtout chez Lénine comme si celui-ci était une espèce inhumaine, un vampire à éradiquer, ce que Lénine a fait d’ailleurs et massivement surtout après que son successeur Staline se soit débarrassé de son concurrent à la matière (Trotski).
Déduisons-en maintenant la manière dont cette extrême gauche classiste, élitiste (répudiant le peuple lorsqu’il vote mal) étiquette tout ce qui n’est pas elle, du fait de sa supériorité culturelle supposée, détentrice, comme classe métaphysique des révolutionnaires incarnés d’un legs éternel (le Progrès) ; il suffit d’écouter un instant France Culture, France Musique, France Inter pour s’en rendre compte immédiatement (stations en grève actuellement justement pour préserver la prégnance de cette dictature intellectuelle).
Ainsi le FN sera considéré d’extrême droite, de même que Riposte Laïque (Resiliencetv tout autant caractérisé en plus d’extrême droite sioniste). Or, le FN, à la différence du Bloc identitaire, est assimilationniste, il peut donc être taxée plutôt de droite radicale de type national-étatiste, mais pas de racialiste.
Alors qu’au contraire l’extrême gauche, du genre les Inrocks, Le petit Journal, Filoche, Plenel, et tant d’autres, qui domine le vocabulaire jusqu’à celui du Président, du 1er Ministre (et du Président de l’UDI) est racialiste au sens métaphysique (léniniste et heideggerien) c’est-à-dire d’exclure tous ceux qui ne partagent pas son idiome exigeant le métissage obligatoire, la disparition des sexes, des classes, des frontières, des identités, l’obligation enfin de considérer l’islam comme une religion salvatrice qui a apporté la civilisation à un Occident décadent au cours dudit « moyen-âge »…
Cette « lutte de classes dans la théorie » comme le disait Althusser s’approfondit sous nos yeux : entre la classe des démocrates réellement républicains (l’intérêt général doit être au service du bien commun et individuel, et non l’inverse)) et la classe des racialistes de type ethnique (par exemple le Bloc identitaire, les djihadistes) et métaphysique (par exemple la nébuleuse allant de Plenel à certains LGBTIQ en appelant aux camps de rééducation pour ceux qui n’auraient pas compris).
Il ne faut surtout pas laisser ces réels extrémistes s’approprier le débat à leur profit.
Lucien Samir Oulahbib

 

Rédigé par Gérard Brazon

Commenter cet article