Karima Bennoune, autre femme de courage.

Publié le 31 Mars 2015

Tandis que nos rues nos magasins et centres commerciaux se couvrent de plus en plus de femme voilées, de femmes acceptant par le port de ce marquage sexuel, comme on marque un troupeau, d'être considérées comme des sous-humains, au nom d'un Dieu, d'une vision islamiste de la protection de la femme qui consiste en fait, à parquer les femmes dans des attitudes conventionnelles, leur interdisant de fait, d'être les égales en droits aux hommes.
 
Tandis que ces femmes qui se disent Françaises et qui, par leurs voiles se démarquent totalement de la Française libre et citoyenne, de ces Françaises qui ont lutté autrefois, pour justement être considérées en droits les égales des hommes, d'autres femmes s'affirment par ailleurs et s'élèvent pour lutter contre l'oppresseur masculin islamisque qui fait porter le collier de l'infâmie à ces esclaves volontaires par ignorance, ou par violentes obligations. 
 
Karima Bennoune fait partie de ces femmes de courage qui lutte contre ces musulmans qui considérent que la femme n'est même pas digne de leur moitié.
Gérard Brazon 

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“Il faut lutter contre l’idéologie intégriste qui fait le lit du terrorisme”
 
Karima Bennoune est professeur de droit international à l’université de Californie et siège au sein de plusieurs ONG, dont Amnesty International.
Dans cet entretien, la fille du célèbre anthropologue Mahfoud Bennoune revient sur son dernier livre-pamphlet “Votre fetwa ne s’applique pas ici”, analyse l’engagement des sociétés civiles contre le terrorisme islamiste dans les pays musulmans et donne son avis sur l’état des libertés post-printemps arabe.
 
Liberté : Mme Bennoune, vous avez publié récemment un essai sur l’islamisme, “Votre fetwa ne s’applique pas ici”. C’est une compilation de témoignages sur la résistance au terrorisme islamiste. Pourquoi un tel livre dans le contexte actuel ? 
Karima Bennoune : Vous savez, pour moi, il y avait plusieurs objectifs. Le premier était de susciter plus de soutien aux démocrates qui participent à cette résistance actuellement dans d’autres pays, comme le Mali. Il ne faut pas oublier qu’il n’y avait pas assez ou presque pas de soutien aux démocrates algériens au niveau international durant les années 1990. Il y avait certaines initiatives, surtout en Italie, pour soutenir les Algériens, mais il n’y en avait pas assez.
Un autre objectif, qui est important puisque je travaille aux États-Unis, c’est de changer les stéréotypes de certains Américains, je précise certains Américains, je ne veux pas stéréotyper les Américains non plus, vis-à-vis des musulmans, en évoquant une vision tout à fait différente de nos pays, de ce que l’on montre dans les médias en Occident. Donc, de montrer des gens qui ont d’abord été victimes du terrorisme islamiste et laisser témoigner les gens qui ont organisé la résistance, comme le Rafd par exemple. Pourquoi le témoignage ? Parce que je trouve que les histoires, les personnes, les détails ; tout ça a plus d’importance qu’une simple analyse académique. Je suis professeur de droit, je peux faire une analyse selon le droit international, ce que j’ai déjà fait dans des publications académiques, mais c’est lu juste par quelques universitaires. Or, un tel discours anti-intégriste doit être entendu à plus grande échelle.

Dans votre ouvrage, vous avez mis l’accent sur la nécessité de combattre les stéréotypes sur les musulmans dans le monde, notamment en Occident, où se manifestent des actes islamophobes. Comment doit-on s’y prendre ? 
Premièrement, je n’aime pas ce vocable islamophobie, car il y a un amalgame entre une critique d’une religion et la discrimination des adeptes d’une religion. Ce qui est inacceptable.
Moi, je préfère parler de discrimination des musulmans. Je pense qu’on ne peut pas lutter contre ce phénomène sans faire face à la situation actuelle. Il y a, d’un côté, le racisme et la politique internationale des États-Unis ; mais, malheureusement, il y a les partisans de la violence intégriste qui revendiquent leurs actes au nom de la religion. Donc, il faut lutter et combattre les groupes terroristes qui nuisent à l’islam. Il faut agir sur des axes multiformes.
Pourquoi les femmes ont toujours été à l’avant-garde du combat contre l’extrémisme religieux qui se nourrit de la dialectique de la violence ? Cela tient-il du paradigme khaldounien pour qui la violence est consubstantielle à tout projet sociétal rétrograde, en l’occurrence ici l’intégrisme ? 
Au niveau mondial, la première cible de l’intégrisme, de tous les intégrismes, ce sont les femmes. Ben Khaldoun l’avait très bien compris, il y a un lien dialectique entre le projet de société de l’islamisme politique et la répression des droits des femmes.
C’est une erreur grave pour certains gouvernements qui, sous prétexte de lutter contre le terrorisme, mettent entre parenthèses les droits des femmes.

Le terrorisme islamiste a mué en un mouvement guerrier transnational qui menace le monde. Il s’est même emparé des nouvelles technologies pour recruter des djihadistes. Au-delà de la riposte militaire, nécessaire en tous points de vue, comment peut-on lutter contre la nébuleuse terroriste aujourd’hui ?
Il me semble que dans certaines situations où on a affaire à des mouvements organisés qui ciblent la population entière comme en Irak aujourd’hui, nous avons besoin d’une riposte militaire. Mais, la réponse doit être multiforme. On a besoin d’une réponse dans plusieurs domaines, comme l’éducation, l’économie, l’idéologie, etc. Après le 11 Septembre, les États-Unis se sont trompés en considérant la seule réponse militaire à la nébuleuse Al-Qaïda. Je trouve que c’est une faute grave. Or, il faut lutter contre l’idéologie intégriste qui fait le lit du terrorisme. Il faut, comme c’est indiqué dans votre question, une réponse y compris dans le domaine de la communication et les réseaux sociaux que les terroristes exploitent au profit de leur cause mortifère. Là où on a besoin d’une réponse armée, et ce n’est pas partout, je souligne, en tant que professeur de droit international, que cette réponse doit respecter le droit international. Voilà, au risque de me répéter, pourquoi on a besoin d’une réponse multiforme face au terrorisme.

Vous avez été membre du panel d’observateurs internationaux lors de l’élection de l’Assemblée constituante en Tunisie. Comment analysez-vous, avec du recul, l’expérience de la jeune démocratie tunisienne ?
Je tiens d’abord à manifester toute ma solidarité aux Tunisiens après l’attentat du musée du Bardo. La Tunisie est un pays que je connais depuis les années 1990. J’y suis allée en 2011. Il était difficile dans le contexte d’euphorie et d’optimisme de l’époque de voir venir le danger terroriste. Il y a une Algérienne qui a pris la parole dans une rencontre pour les avertir à apprendre de l’expérience algérienne. On lui a rétorqué que la Tunisie n’était pas l’Algérie.
Et quand je suis repartie en 2013, les Tunisiens sont revenus à l’évidence du danger terroriste qui fut mieux appréhendé. Je pense que la démocratie, ce n’est pas seulement un processus ; c’est aussi des valeurs, des valeurs d’égalité entre les hommes et les femmes.
Je crois qu’ils ont appris de notre expérience. La preuve, au lendemain du premier assassinat politique qui a ciblé Belaïd Choukri, la société s’est mobilisée avec force. Les démocrates tunisiens ont besoin d’un soutien international, eux qui sont en train de réussir une belle expérience démocratique dans le monde arabe.

Justement, pourquoi le changement peine-t-il à se concrétiser ?
Aucun pays ne peut vivre une expérience d’un autre pays. En 2011, les États-Unis se sont trompés en voulant calquer l’expérience turque sur des pays en butte à la rébellion islamiste. Le contexte algérien est tout à fait différent de celui de la Tunisie. L’Algérie a eu un processus révolutionnaire différent du pays voisin. L’Algérie a besoin d’un processus de réformes profondes avec la participation de la population.
Depuis le printemps arabe, on a compris une chose : c’est facile de faire tomber des régimes politiques, mais ce n’est pas aisé de construire un processus démocratique. C’est un travail de longue haleine. Est-ce que le pouvoir a compris la nécessité du changement démocratique ? Visiblement pas.
Le président Bouteflika a annoncé, à l’occasion de la Journée internationale de la femme, une refonte du code de la famille, alors que le mouvement féministe réclame, lui, depuis des lustres son abrogation pure et simple. À quoi répondent les amendements à la limite du cosmétique que le pouvoir concède aux femmes chaque 8 Mars ?
Le code de la famille a besoin d’un changement radical. Les petits changements cosmétiques ne risquent pas de changer ou d’améliorer la situation de la femme algérienne qui a besoin d’égalité dans tous les domaines.
 
Photo: Karima Bennoune

 

Karima Bennoune, autre femme de courage.

Rédigé par Gérard Brazon

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