Marion Maréchal-Le Pen, l'effrontée nationale Par Tugdual Denis - Ou nouvelle héroïne nationale.

Publié le 20 Mars 2015

Le FN s'est imposé comme le principal sujet de la campagne des élections départementales. L'extrême droite a aujourd'hui plusieurs visages. Parmi eux, celui de Marion Maréchal-Le Pen, jeune femme de 25 ans, petite-fille de Jean-Marie, députée du Vaucluse. Une Marine en plus dur, politiquement de plus en plus ambitieuse, idéologiquement de plus en plus structurée.
Marion Maréchal-Le Pen, l'effrontée nationale
 
La petite-fille du fondateur du Front national croit en une "aristocratie Le Pen".
 
AFP PHOTO/JOEL SAGET
Même les ministres ne roulent plus dans pareille voiture... Une imposante Citroën C6 serpente sur une route départementale de l'Yonne, le 19 février, en direction du village de Villenavotte. Immatriculé 75, le véhicule avec chauffeur transporte la députée du Vaucluse Marion Maréchal-Le Pen jusqu'à une modeste mais fraîchement rénovée salle des fêtes. La C6 stoppe. Passent quelques secondes pendant lesquelles les militants curieux attendent qu'enfin s'éclaircisse le mystère, que s'ouvre cette porte à la vitre teintée dont chacun sait qu'elle cache l'élue. 
De l'avant, le garde du corps est déjà sorti. A l'arrière, la portière s'ouvre doucement, il fait un temps maussade, la lumière s'allume. Les contrastes favorisent tout, y compris celui du blond sur le gris. La nièce de Marine Le Pen porte des bottes montantes bleu nuit assorties à la couleur de son jean bien coupé. Un chemisier blanc en tissu léger surmonte l'ensemble. 
Personne n'est tenu de goûter la peau très blanche, la raie sur le côté obligeant les longs cheveux à pendre d'un seul côté ou ce visage lupin. En revanche, rien ne sert de nier ce que l'oeil impose : on ne voit qu'elle. Au milieu d'une foule, sur une affiche électorale aux côtés d'autres candidats, sur une vieille photo de classe ou bien dans un village de l'Yonne, quelques dixièmes de seconde suffisent à la repérer. 
La petite-fille de Jean-Marie Le Pen a définitivement abandonné la discrétion. Seuls 7% des Français disent ne pas la connaître suffisamment pour donner leur avis sur elle, dans le baromètre politique de l'Ifop pour Paris Match. Si incroyable que cela paraisse, sa notoriété dépasse celle de Jean-Luc Mélenchon. Et elle continue de se faire connaître : le mardi 10 mars, en reprochant à Manuel Valls son "mépris crétin" pour le Front national, elle provoque une vive ire du Premier ministre, dont la main gauche tremblante de colère face à tant d'impudence ravit les supporters de la députée. 
Depuis des semaines, celle qui souhaitait initialement se refuser à la politique bat les estrades en vue des élections départementales, dans des lieux où les chauffeurs de salles frontistes la sanctifient. A Saint-Malo la Bretonne comme à Saint-Florentin l'Icaunaise, le public acclame sa nouvelle star. Le 6 mars, à Sainte-Tulle (Alpes-de-Haute-Provence), le responsable local ose célébrer une "supernova". 
Encensée par son grand-père
Agée de seulement 25 ans, Marion Maréchal possède l'aisance -politique- des gens bien nés : "Cela va évidemment paraître très prétentieux, mais des gens ont déjà évoqué devant moi une 'aristocratie Le Pen'"*, raconte-t-elle dans le hall d'un hôtel de Carpentras*, précisant : "Il y a une forme de descendance, un peu comme dans ces familles de militaires où l'un des enfants se retrouve haut gradé à 30 ans sans que personne n'en soit étonné. La politique, je l'ai vécue avec mon père, ma tante, mais aussi ma mère et, bien sûr, mon grand-père." 
Lequel voue à sa petite-fille une admiration si rare qu'il parvient à parler d'elle sans parler de lui : "Elle a développé une personnalité politique que, personnellement, je trouve assez fascinante : tellement différente de ce que l'on voit habituellement ! Elle est à la fois réservée, pédagogue, ferme sur le plan du caractère, solide sur les valeurs, jeune maman avec un joli bébé. Il y a des gens pour lesquels j'ai de la considération, mais Marion, c'est différent." L'oncle Philippe Olivier, mari de Marie-Caroline Le Pen, soeur aînée de Yann et Marine, l'encense également : "Je la connais depuis toute petite et je ne sais toujours pas d'où sort cette extraterrestre. Sur un marché, on voit les voix tomber derrière son passage." 
Un soupçon de mystique, sans qu'il n'y ait de mystère : chez les Le Pen, la genèse politique se construit sur les bases hostiles d'une cour de récréation qui abhorre les parents fachos. A l'école de Marion comme, plus tôt, à celle de Marine, les camarades tambourinent sur la porte des toilettes et la traitent d'antisémite, à un âge où aucune gamine ne sait placer la mer Morte sur une carte. 
Pour mieux le revendiquer par la suite, les Le Pen mettent leurs enfants à l'école publique : à la fin du CM1, la maîtresse demande pourtant à Yann de "sécuriser" quelques années sa fille dans le privé. Recommandation plus que suivie : Marion Maréchal fait sa rentrée de CM2 à l'institution Saint-Pie-X, qu'elle quittera à l'issue de la cinquième. Posé sur un coteau de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), à quelques centaines de mètres du domaine familial de Montretout, l'établissement non mixte est tenu par des religieuses. 
Les caractères des bonnes soeurs varient du débonnaire au franchement revêche. Les élèves doivent être vêtues de bleu marine ou de blanc et sont récompensées d'une médaille façon légion d'honneur, remise chaque samedi matin, en cas de bon comportement. A Saint-Pie-X, école des enfants de la bourgeoisie ultraconservatrice de l'Ouest parisien, on apprend à lire avec la méthode Boscher de ses arrière-grands-parents. L'institution ne se mêle pas des affaires internes du Front national : Bruno Mégret y a également inscrit sa progéniture. De cet établissement si spécial, Marion dit qu'il a été "fondamental dans [son] apprentissage". 
"On dirait la fille d'un préfet"
Sociologiquement, la fille aînée de Yann Le Pen développe à l'adolescence ses propres caractéristiques classicistes. Sa mère, à la tête de l'événementiel au FN, s'est toujours tenue éloignée des "chefs à plumes" du parti et se revendique comme une membre de l'"Uppo, l'union du petit personnel opprimé". Si Yann se définit comme la "baba cool" des soeurs Le Pen, Marion se veut bien plus conventionnelle. "On dirait la fille d'un préfet", pensera l'énarque Philippe Martel en débarquant au FN, en septembre 2013. 
Dans la demeure de Montretout, Marion grandit au-dessus du bureau de son grand-père. Il évoque alors une enfant "lisse comme un galet". A l'inverse de son petit frère Romain, grand, beau gosse et fort en gueule, Marion ne monopolise en rien l'attention dans les repas de famille. C'est pourtant elle qui se voit poussée aux élections régionales de 2010. Expérience pour le moins ratée : une caméra de télévision immortalise ses larmes après qu'elle eut séché sur une question vaguement technique d'un reporter. 
Le 1er mai 2011, à 21 ans, elle manifeste dans les rues de Paris pour Jeanne d'Arc, mais n'offre qu'une adresse e-mail improbable quand un journaliste la sollicite. L'étudiante en droit se croit vaccinée contre la politique. A cette date, sa mère l'imagine aussi. Jean-Marie Le Pen la rattrape au début de 2012 et insiste pour que sa petite-fille se présente aux législatives dans le Vaucluse : "Es-tu une Le Pen ou pas ?" Sa tante Marine fait office de bouclier. "Elle venait se plaindre auprès de moi pour que je dise à Le Pen de la laisser tranquille, se rappelle la présidente du FN. Elle hurlait qu'elle ne voulait pas y aller ! Et, quand j'ai réussi à persuader papa d'arrêter, elle s'est finalement décidée à se lancer..." 
Dans le Vaucluse, la nièce de Marine Le Pen a appris à claquer la bise par trois pour dire bonjour, elle a également réveillé le logiciel politique qui sommeillait en elle. Contrairement à la majorité des dirigeants frontistes, elle se proclame de droite. Dès novembre 2012, elle échafaude son objectif dans son bureau de l'Assemblée : "J'ai des contacts avec des maires UMP et des élus divers droite. J'espère qu'ils vont nous rejoindre." Un de ses amis le jure :Nicolas Sarkozy dit beaucoup de bien d'elle en privé. De sa retraite, Patrick Buisson ne peut pas être insensible à ce qu'elle incarne. 
Même Marine Le Pen semble acter la direction prise par sa nièce : lorsque son ancien allié Paul-Marie Coûteaux convie, en avril 2013, la présidente du FN à un séminaire sur l'union des droites à Dourdan (Essonne), elle lui répond: "J'ai ce qu'il vous faut !", avant d'appeler Marion devant lui. Deux difficultés majeures se dressent néanmoins sur la route du rassemblement de la droite et de l'extrême droite. La première, conjoncturelle, est analysée ainsi par un conseiller de Marine Le Pen : "Dans le Sud, le PS se meurt, et le FN va se retrouver confronté à des seconds tours face à l'UMP. Dans ce cadre, l'union des droites, tu peux te la mettre au fond." L'autre obstacle est idéologique : les convictions de Marion Le Pen n'ont rien à voir avec celles de la majorité des membres de la droite classique. 
Ne nous y trompons pas : il arrive que le diable s'habille en Zara. "Attention au contenant et au contenu", insiste le député UMP Alain Chrétien, l'un de ses voisins au Palais-Bourbon. Chimiquement parlant, la composition de la molécule Marion Maréchal est bien plus pure et semblable à celle de Jean-Marie Le Pen qu'à celles de Florian Philippot et de Marine Le Pen. Laquelle observe que sa nièce "incarne une génération plus raide" que la sienne.  
En meetings, Marion Maréchal s'agace, à Saint-Florentin, "d'entendre les banlieues françaises chouiner" ; à Sainte-Tulle, elle fait huer les "60 demandeurs d'asile venus de Calais, logés dans un hôtel de Pouilly-en-Auxois" ; à Carpentras, les têtes opinent quand elle pointe, devant des agriculteurs, "cette gauche préférant donner des permis de construire aux mosquées que des aides à la ruralité". 
"Conservatrice, plutôt libérale, et croyante"
Elle glisse souvent que "les jeunes identitaires [militants prônant "une France de Français de souche"] sont récupérables et loin d'être idiots". Cela tombe bien, ils ne cessent de la complimenter sur les réseaux sociaux. La députée résume ainsi son corpus : "Pour moi, l'égalité ne prime pas sur la liberté, et les enfants ne priment pas sur les parents. Je rejette le logiciel de Mai 68, qui, lui-même, rejette les mots valeur, identité, principe, ou maître." 
Sa ligne politique diffère de celle de Florian Philippot En janvier 2013, elle cosigne une proposition de loi sur la reconnaissance du "génocide vendéen", s'appuyant sur les travaux de l'historien Reynald Secher, un proche de Philippe de Villiers célébré comme un prophète par tout ce que la France compte de contre-révolutionnaires. "La Révolution française, Jaurès ou le progrès, ce sont les ferments d'une gauche patriotique dans laquelle nous ne nous reconnaissons pas", décrypte Arnaud Stephan, son collaborateur le plus proche. 
En début d'année, Marion Le Pen commande à l'intellectuel d'ultradroite Jean-Yves Le Gallou deux de ses livres, leDictionnaire de la réinformation et le Nouveau dictionnaire de novlangue (Polémia). Hervé de Lépineau, son suppléant, partage avec elle la lecture des ouvrages de l'historien maurrassien Jacques Bainville et l'idée que "la dimension morale joue un rôle essentiel en politique".  
Dans un texte publié par Le Figaro le 6 février 2015, qui rendra furieux les proches de la députée, le politologue Thomas Guénolé différencie nettement la ligne Philippot de celle de l'élue du Vaucluse. Quelques semaines plus tard, le maître de conférences à Sciences po Paris persiste : "Marion, c'est le front lepéniste, moins l'antisémitisme. C'est-à-dire un front islamophobe, xénophobe et homophobe." Ce n'est pas un hasard si Robert Ménard, le nouveau maire de Béziers (Hérault), très marqué sur les questions identitaires, n'invite qu'un dirigeant frontiste pendant sa campagne : "Marion, parce qu'elle incarne une sensibilité qui m'est très proche, conservatrice, plutôt libérale, et croyante." 
Son catholicisme structure sa pensée et ses relations  
Plus que sa tante, sa mère ou son grand-père, la benjamine de l'Assemblée nationale croit en Dieu. Son grand-père paternel est pasteur, elle a suivi l'école protestante du dimanche lors de séjours chez lui à Nantes. La fille de Samuel Maréchal, lui-même ancien président du Front national de la jeunesse, est néanmoins catholique à tendance pratiquante. Lors de son passage chez les religieuses de Saint-Pie-X, elle effectue sa première communion et sa confirmation.  
En 2008, lors d'une université d'été du FN, les militants du Front national de la jeunesse la pressent d'entonner un bénédicité au début d'un banquet, pour tancer Marine Le Pen et Steeve Briois, présents eux aussi ce jour-là. Celle qui a alors 18 ans non seulement s'exécute, mais commence à réciter son Pater en latin... Par deux fois, en 2011 et en 2013, elle participe au pèlerinage reliant Paris à Chartres. Organisé chaque année durant le week-end de la Pentecôte, il rassemble pendant trois jours un long cortège de jeunes gens chassant la fatigue avec d'antiques cantiques sous le regard ahuri des passants. 
Le catholicisme de la députée frontiste structure non seulement sa pensée, mais aussi ses relations sociales. Depuis un an, elle est ainsi devenue très amie avec Jacques de Guillebon, un trentenaire signant des éditoriaux dans La Nef, revue mensuelle catholique prisée dans les milieux traditionalistes. Derrière ses cheveux longs et une surconsommation de cigarettes, Guillebon écrit des textes, d'une plume parfois ampoulée mais souvent savante, prônant la nécessité du retour des valeurs chrétiennes dans la société. 
De la religion catholique, Marion Maréchal a bien intégré la vertu de prudence. Elle refuse de participer à des programmes d'infotainment à la télévision et poursuit son instruction en lisant des intellectuels subversifs, tels que Jean-Claude Michéa ou G.K Chesterton. Plus surprenant, elle s'est inscrite, les 6, 7 et 8mars, à un séminaire de l'Institut de formation politique. En recevant son mail, le directeur de cette école des cadres de la droite chrétienne conservatrice, où la députée est du niveau de certains intervenants, croit à un gros canular.  
Marion se forme, car Marion se cache : elle refuse de trop s'investir dans la vie de son parti. En janvier, ses maigres troupes trépignent, veulent en découdre avec Marine Le Pen et Florian Philippot et la préviennent -en vain : "On attend ton signal !" L'excitation de ses soutiens a une explication : l'humiliation de Lyon. 
C'est dans l'ancienne ville de Raymond Barre qu'a lieu le 15e congrès du Front national, en décembre 2014. La petite-fille de Jean-Marie Le Pen obtient la première place du comité central du FN, après le vote des militants. Consécration ? "Le chien de LePen serait arrivé premier", minimise avec délicatesse un ami de la présidente. A Lyon, Marion Maréchal-Le Pen est privée de discours, au grand "étonnement" de son grand-père, et ne récolte aucun poste dans l'organigramme du parti, après avoir refusé une vice-présidence à la jeunesse. Son entourage râle, la garde rapprochée de sa tante moque : "Dans un parti politique, si on commence à dire ?allô maman, bobo?, tout le monde rigole."
Pas Arnaud Stephan, le conseiller politique et en communication. Il rit d'autant moins qu'il se sait très critiqué par les fidèles de Marine Le Pen, jamais en retard pour rappeler son passé groupusculaire à la droite de l'extrême droite. Ses inimitiés sont à la hauteur de son influence sur sa protégée : il gère sa stratégie, écrit des bouts de discours et fournit quelques formules pour ses passages à la radio et à la télé. Les dirigeants du Front affirment qu'il est franc-maçon, qu'il fréquente la rédaction de Minute et "pousse Marion à la fight". Très soucieux de son image, au point de travailler sous un pseudonyme, ce fan de rugby mêle une personnalité à la fois plutôt chaleureuse et extrêmement méfiante. Il a présenté à Marion le garçon qui est devenu son mari et tente, régulièrement, de la remotiver à la tâche. 
Car la jeune femme ne manque pas de complexes. En 2013, elle confie détester regarder les vidéos de ses émissions : "Même ma voix me semble désagréable." "A l'entendre, elle serait moche et conne !" jure Marc-Etienne Lansade, maire (FN) de Cogolin (Var). Bien qu'habituée à passer sur France 2 ou RTL, Marion Le Pen est capable de stresser une nuit entière avant une interview, le lendemain, sur France Bleu Vaucluse.  
Elle entretient avec son nouveau métier un rapport teinté de répulsion : "J'ai vu la politique faire voler en éclats les couples, les relations entre soeurs, entre beaux-frères. J'ai vu un camion de déménagement au fond du jardin emporter les affaires des cousins avec qui j'avais grandi, parce que ma tante s'était brouillée avec mon grand-père. Donc, je refuse de ne vivre que pour la politique." 
A Clamart en compagnie de Gérard Brazon en campagne pour les territoriales dans les Hauts de Seine
La médiatisation personnelle est un exercice auquel elle aimerait parfois se soustraire. Un jeudi après-midi anodin de novembre 2013, elle ressent comme une lame glaciale plantée dans son coeur à la publication sur le site Internet de L'Express d'un article révélant le nom de son père biologique, en la personne du journaliste Roger Auque. Celle qui espérait ne jamais voir se dévoiler ce secret enrage. Le lendemain, sur le plateau d'iTélé, Marine Le Pen prend sa défense et sermonne vertement le directeur de la rédaction, Christophe Barbier. Les écologistes Cécile Duflot et Jean-Vincent Placé tweetent leur indignation, à l'instar de nombreux responsables politiques et journalistes. Par SMS, Florian Philippot juge le procédé "dégueulasse" et la centaine de commentaires de lecteurs, au-dessous de l'article, sont assassins.  
A l'Assemblée, elle reçoit des marques de soutien, notamment de la part de l'UMP Alain Marsaud. Avant de se lancer en politique, ce député de la Droite populaire a été juge antiterroriste : en 1987, il participe aux négociations pour faire libérer Auque, alors otage au Liban. "En voyant la réaction des gens, je me suis dit que ce pays avait encore un peu de bon sens", souffle Marion Maréchal. Le mot de réconfort le plus touchant est signé de Jean-Louis Borloo. 
Une "chef de bande" qui se montre virulente
L'épisode forge son caractère. Marion LePen partage avec sa tante cette capacité, bien supérieure à la moyenne, d'envoyer balader les gens. "Je l'ai déjà vue coller un mec contre un mur en cinq phrases", sourit Marc-Etienne Lansade. Le député écologiste François-Michel Lambert dépeint une femme "cassante" : "Elle nous parle comme si nous étions des demeurés." 
La remise du prix du Trombinoscope, à la fin de janvier, donne l'occasion de mesurer la confiance en elle prise par la plus jeune députée de l'histoire de France. Véritable "chef de bande", selon l'un des journalistes présents, Marion Maréchal se montre la plus virulente lorsque le jury refuse de remettre en mains propres son prix au maire d'Hénin-Beaumont, Steeve Briois. A Saint-Malo, le 21 février, elle cite Chateaubriand : "Il faut se montrer économe de son mépris, tant les nécessiteux sont nombreux." Voici donc l'effrontée nationale... "Vous voulez dire "emmerdeuse"?" reprend sa tante, qui ajoute : "Dans la famille, on sait ce qu'on veut." 
A cette nuance près que la dernière des LePen en politique ignore encore sa route. Aux régionales de la fin de 2015, après avoir préempté la tête de liste en Provence-Alpes-Côte-d'Azur, son grand-père paraît désormais prêt à étudier la question : "Si Marion avait émis très fort le souhait d'être candidate, je lui aurais cédé la place. Je n'ai pas de doctrine sur le sujet, c'est quelque chose qui se débat." Les inconditionnels de la députée ne doutent pas de son destin. Haut, toujours plus haut, beaucoup trop haut.  
Croisant Gilbert Collard, il y a quelques mois, le député UMP francilien Philippe Houillon susurre à son collègue : "Marine Le Pen ne sera jamais présidente de la République, Marion si." Son grand-père l'idéalise en Eva Peron, héroïne des descamisados de la France des oubliés : "Le peuple n'aspire pas à ce qu'on lui ressemble, il veut qu'on l'interprète." Marion Le Pen est entrée en politique il y a moins de trois ans.

réable", dit-elle

Rédigé par Gérard Brazon

Commenter cet article