Croissant sans café-crème ou « Qui a peur de l’islamisation librement consentie ? » Par Anne Lauwaert

Publié le 8 Avril 2015

Par Anne Lauwaert
 
Le lendemain de l’élection de Mohamed ben Abbès, qui devenait donc le premier président musulman dela France comme monsieur Michel Houellebecq l’a expliqué dans son livre « Soumission »,  la nation fut plongée dans le plus profond et le plus sincère soulagement car, enfin, c’en était fini de cette clique de politiciens ignorants, vaniteux, corrompus, magouilleurs.
 
Finalement le changement était là, bel et bien, et tout le monde eut confiance car on savait que le nouvel homme au pouvoir était une personne sérieuse et compétente qui allait s’entourer d’une équipe de collaborateurs également intègres.
Il n’y eut pas de cortèges de voitures klaxonnantes, ni de débordements comme au foot parce qu’on était fatigué et, toutes tensions relâchées, tout le monde se dit “Ouf, enfin…” car il était grand temps.
 
On s’habitua rapidement au nom du président ben Abbes. Il s’appelait Mohammed comme tous les premiers nés, et préféra se faire connaître sous son deuxième prénom “Arif”, nom prémonitoire qui signifie “habile” et qui lui avait valu le surnom de Harry pendant son cursus scolaire depuis le Collège Américain de Lugano et la fac  à Harvard jusqu’au peaufinage à Oxford.
 
Puisque Arif avait eu des grands-parents arabophone et une nurse allemande, il connaissait l’arabe et se débrouillait en allemand. De sa petite copine tessinoise il avait appris suffisamment d’italien et pour le reste il parlait autant l’argot américain que la belle langue châtiée de Shakespeare. Comme Abdallah qui connaissait plus d’anglais que d’arabe quand il fut nommé roi de Jordanie, Arif connaissait plus de français que d’arabe mais il jonglait autant avec les salamalecs qu’avec les protocoles occidentaux. On ne risquait donc pas qu’il parle pendant le « God save the Queen », fasse des selfies idiots aux enterrements ou s’assoie avant la reine d’Angleterre. Il était excellent cavalier, se délectait aux excentricités genre cow boy souvenirs du Montana et aux raffinements du polo pratiqué parmi la gentry.  Bref ça faisait longtemps que la France n’avait eu un président à la hauteur d’un prince William, ce qui changeait du p’tit nerveux ou de la grosse patate.  Il ne lui manquait plus qu’une épouse du niveau de la reine Rania ou de la princesse Lalla Salma… D’ailleurs on chuchotait que non seulement les cours européennes commençaient à faire la liste de leurs héritières à marier, mais surtout que la prospection était lancée dans les meilleures universités car il lui fallait une épouse autant belle qu’intelligente, genre Laetitia d’Espagne.
Le mariage, non seulement civil mais aussi religieux, d’un président français en fonction, quelle allure cela allait avoir, surtout si ce mariage était mixte et combinait œcuméniquement les fastes musulmans et les pompes catholiques avec la présence des dignitaires religieux, des têtes couronnées occidentales et orientales et de leur suite. Pour loger tout ce beau monde il allait falloir actualiser tous les châteaux de la Loire  et sans doute aussi les autres, ce qui allait booster l’emploi et le tourisme.  D’autant plus que tous les chefs d’état se connaissaient puisqu’ils avaient fréquenté les mêmes écoles, les mêmes pistes de ski, les mêmes îles privées, les mêmes clubs sélect et les mêmes couturiers et ainsi de pères en fils…
 
Du côté de l’Elysée et des autres sièges du pouvoir, outre le soulagement d’après  campagne et victoire électorales, les déménagements tournaient à plein régime: les précédents locataires s’en allaient et les nouveaux s’installaient. En attendant, le nouveau président s’était retiré au Château de Fontainebleau gracieusement mis à sa disposition par  son altesse Cheikh Khalifa ben Zayed Al Nahyane,  l'émir d'Abou Dabi et président des Émirats Arabes Unis qui, après avoir restauré le théâtre Napoléon III, avait fini par acheter tout le château.
Arif n’en avait pas encore parlé mais il comptait  bien laisser les paperasses, les embouteillages et la pollution à Paris et s’installer définitivement à Fontainebleau, entouré de son cercle rapproché et de ses services principaux au nom de l’efficacité et même de l’économie.
 
Donc au lendemain de son élection son « mobile-muezzin », cette fameuse invention qui avait été primée en Suisse dès 2009 et rendait la construction des minarets obsolète, avait sonné à 4h38. Il s’était levé, avait fait ses ablutions rituelles et ses prières, puis s’était fait apporter un petit déjeuner très british, copieux, substantiel et intégralement bio. Ensuite il avait fait son heure d’équitation pour tester le splendide alezan que le roi d’Arabie venait de lui envoyer. Belle bête, encore un peu effarouchée par le jet lag mais qui portait un nom de pédigrée à tellement de tiroirs qu’il le rebaptisa “Kahwa” pour les intimes puisque sa robe était sombre comme la nuit, son regard doux comme l’amour et son odeur chaude comme l’enfer, qualités du café que Arif avait apprises de sa gouvernante allemande.
 
Ensuite Arif se retira dans sa salle de bains et, quand une heure plus tard, il en ressortit, il était frais comme le jasmin mais sa tenue en jeans de soie, chemise Mao en shantung et baskettes Louboutin indiquait qu’on n’allait pas chômer et tout de suite se mettre sérieusement au boulot.
Il s’installa dans un des petits appartements, fit appeler ses compagnons les plus proches et les plus fidèles et servir du thé au cardamome qu’il avait appris à apprécier lors de tournois de polo dans l’Hindou Kusch.
 
“Bon - dit-il – on commence par où ?” comme si dans sa tête tout n’avait pas été clair et réglé comme du papier musique…
 
“ Faut que tu nommes tes ministres…”
“La liste est déjà faite et tout le monde est déjà briefé…mais comme désormais chacun s’occupera de ses affaires sans mettre le bec dans les affaires des autres, et surtout que les ministres, eux aussi, seront payés comme dans le privé proportionnellement à  leurs résultats obtenus, on les verra moins parader à s’écouter parler et ils auront plus souvent leurs mains dans leur pâte…  Mais nous, le staff directeur, allons tout de suite au plus pressé, à votre avis qu’est ce qui va être notre première priorité?”
“La sécurité !” répondirent ses conseillers à l’unanimité.
“C’est aussi mon avis, c’est d’ailleurs pour ça que j’ai été élu, les gens veulent pouvoir marcher en rue sans se faire égorger.”
“Les prisons sont pleines…”
“Svp, Karim, appelez-moi Mohamed…”
“Lequel?”
“Celui du Maroc sur son numéro privé.”
“Allo, c’est toi Mo? Ici Harry…”
Suivirent les salamalecs d’usage et puis Arif entra dans le vif du sujet.
“Je t’appelle parce que je suis dans la merde à cause de tes délinquants qui remplissent mes prisons françaises au lieu que ce soit toi qui t’en occupes chez toi… Comment ça non? Mais si mon vieux, ces types ont peut-être des papiers français mais comme l’a bien expliqué ton ancêtre le roi Hassan II à Anne Sinclair, les Marocains ne deviendront jamais des Français, ce sont des étrangers avec des papiers français qui encombrent mes prisons et ça sait pas continuer durer (dat kan niet blijven duren = expression idiomatique exotique, un peu snob, qu’il avait apprise au Keukenhof tulip festival d’Amsterdam)… comment ça tes prisons sont aussi pleines? Ça c’est pas ma faute, c’est que tu éduques mal tes jeunes… si tu continues ainsi tu vas te trouver dans le même merdier que moi ici avec mes Français, réforme mon vieux, réforme!...  Comment ça tu sais pas m’aider? Mais si, mais si, je vais t’envoyer tes compatriotes et tu vas voir toi-même ce que tu peux en faire… Il y a encore des tas de routes à remettre en ordre et donc des années de cailloux à casser… Que tu n’aies pas assez de prisons n’est pas un problème puisque la France dépense depuis des lustres des milliards d’aides et de subventions qui finissent non pas pour les peuples mais vont tout droit dans les comptes chiffrés des îles Saint Kitts & Nevis, je vais employer ces sommes pour venir construire des prisons modèles chez toi. … mais c’est ça la coopération… Comment dis-tu? la sharia? Ben ici, c’est difficilement applicable car si tu coupes une main ou un pied, ce type a droit à une pension d’invalidité pour le restant de sa vie, ça coûte trop cher… Les décapiter ou les pendre? C’est encore pire car les veuves et les orphelins ont eux aussi droit à des pensions et l’état n’en a plus les moyens… écoute dès demain je t’envoie mes ministres pour régler les paperasses… Les syndicats et les droits de l’homme ?  On s’en fout, les Français n’ont pas voté pour Amnesty International, ils ont voté pour moi pour que je mette de l’ordre dans leur bordel… olala… excuse-moi, mon mobile-muezzin sonne l’heure de la prière sur mon méridien, allez on reste comme ça je t’envoie mes ministres et mes ingénieurs et tes délinquants; allez Mo, salut et merci…” et il raccrocha…
“C’est l’heure de la prière?” demanda Abdel d’un air étonné.
“Mais non, mais avec ces arabes on n’en finit pas de palabrer dans le vide. Faut couper court…
Fatima svp voulez-vous avertir le ministre de l’extérieur de se préparer à un grand tour à commencer par le Maghreb? Merci Fatima… Karim svp voulez-vous m’appeler Mohamed sur son numéro privé?”
“Lequel?”
“Celui d’Algérie…”
 
La journée fut rude car il y avait 120 nationalités différentes dans les prisons françaises… En réalité c’est toute la semaine qui fut rude car pour téléphoner à
120 chefs d’état et en ne comptant que 30 minutes par conversation cela faisait  120 x 30 = 3600 minutes = 60 heures… et en comptant 10heures de travail par jour, sans compter les pauses café, thé, prières, pipi, pic nique, etc., cela faisait 6 jours en théorie mais 8 en pratique… Mais l’important fût que le message fût envoyé, reçu et compris c.-à-d.  “j’ai déjà assez d’emmerdements avec les délinquants français pour ne pas devoir supporter aussi les vôtres, donc cher ami je vous les remballe.” Offre impossible à refuser étant donné certains back grounds que personne n’avait intérêt à faire apparaître sur le devant de la scène…
Les vols charters de la remigration commencèrent d’emblée avec des délinquants et des demandeurs d’asile en prime. On se serait cru au bon vieux temps des embarquements one way des Manon Lescaut vers Cayenne ou la Louisiane.
 
Heureusement qu’Arif disposait des 130 hectares de parc pour ses chevauchées relaxantes et des nombreux plans d’eau pour les baignades et bains de minuit.  Les présidents précédents avaient fait du jogging et de la bicyclette ou du scooter, Arif comptait bien rester au top pour participer aux compétitions d’avirons et autres disciplines entre séniors de ses anciennes écoles.
 
La question des prisons réglée il fallut bien s’attaquer aux problèmes collatéraux: police et justice… et en premier lieu la racaille des banlieues…
« Voilà – dit Arif à la commission de l’urbanisme – cherchez-vous un endroit isolé et dépeuplé genre Cévennes,  Larzac ou  Lozère et déplacez les derniers indigènes en leur offrant un change avantageux qu’ils ne pourront pas refuser. Vous mesurez 10 km2, entourez tout ça d’une clôture électrifiée munie de miradors, non vous n’appelez pas ça camp de concentration, mais « domaine de réappropriation de l’environnement spatio-temporel » ou quelque chose du genre, vous y installez des préfabriqués avec cuisines, dortoirs, salles de classes, piscines, théâtres, etc. Les « racailles » ce sont des gosses dont la testostérone dérape parce qu’ils sont privés d’activité physique et de sexe. Les incendiaires de voitures, les tagueurs, dealeurs et tous les p’tits connards qui se croient malins à ne pas aller à l’école, on les ramasse et on les envoie en colo où on va leur apprendre les joies de la survie en plein air, de l’apprentissage de la cuisine,  lessive, repassage, jardinage, élevage, études, langues et  sports… Prévoyez une aile de réappropriation du schéma corporel avec musique psychédélique, sauna, massage, guidance érotico sexuelle et méditation transcendantale conduits par des professionnelles blondes et opulentes originaires des pays de l’est.   Faites-vous seconder par les pédagogues, psychologues et autres anthroposophes. »
Sitôt dit sitôt fait.
Il y eut un petit souci quand les pères vinrent rendre visite à leurs fils car nombreux furent ceux qui demandèrent à, eux aussi, pouvoir bénéficier d’un stage de reprogrammation mentale. Il allait donc falloir ouvrir de nouveaux centres. Mais tout ça c’était de la création d’emplois.
 
Il y eut une petite anicroche autour du ramadan. Arif convoqua les responsables religieux et leur expliqua que la syncope le jour et la grande bouffe la nuit c’était terminé et que d’ores en avant on allait mettre de l’ordre car si le ramadan était salutaire, certaines conséquences qui ne l’étaient pas devaient être ajustées.
« Vous n’allez quand même pas nous expliquer la religion ! » s’écria un des dignitaires.
« Mais si, mais si, car il est écrit dans le coran qu’à l’impossible nul n’est tenu ! »
« Ca, ça n’est pas vrai, ça n’est pas écrit dans le coran ! »
« Mais si, mais si, il ne suffit pas de lire les mots il faut aussi lire ce qui est écrit « entre les lignes » comme dit Aymeric Caron et il est temps d’appliquer « l’esprit des lois »
« Mais le coran… »
« Ecoutez cher ami, Paris vaut bien une mosquée, mais faut pas pousser bobonne dans les orties et comme le dit si bien monsieur Juppé, « le coran c’est illisible » contentons-nous des faits ! Vous croyez en Dieu ? Oui ? Alors si le peuple m’a élu, c’est que Dieu l’a voulu, il n’y a plus qu’à se soumettre, amen, que sa volonté soit faite… et retournons à nos moutons.
Donc à partir de maintenant le mois du ramadan, qui est celui de la disette avant les nouvelles récoltes, sera aussi celui des grandes vacances pour tous. On ne peut pas risquer d’accidents causés par l’hypoglycémie,  par conséquent à part le minimum indispensable comme les pompiers, la police ou les ambulances il sera interdit de conduire quelque véhicule que ce soit : pas de moto, auto, métro, camion, train, bus, avion, car c’est trop dangereux. A la limite on pourra circuler à vélo. Toutes les activités fonctionneront donc au ralenti. Ce sera le mois de la santé avec interdiction de consommer des protéines animales et par contre obligation de consommer des céréales, fruits et légumes du terroir à km zéro ce qui sera bon pour nos maraichers et surtout de boire des tisanes dépuratives tout en pratiquant la prière, le yoga, le tai chi ou la méditation transcendantale… »
« Pas de transports ! et comment on va faire pour le tourisme ? et les longs week-ends ? et les sports d’hiver ? »
« Ben non, tout ça c’est fini car contraire à la santé donc anti-islamique. En plus nos caisses sont vides et les soins de santé au bord de l’implosion, donc plus de centaines de kilomètres de bouchons qui polluent, provoquent des cancers et des crises de nerfs. Plus de jambes et bras cassés à la neige. Plus de soi-disant vacances dont on revient encore plus fatigués qu’au départ. D’ailleurs le Prophète n’allait pas aux sports d’hiver, ni au club med donc tout ça c’est haram. »
Argument auquel il était difficile de faire objection…
« Mais, hasarda un des participants, que vont devenir les stations, téléphériques, domaines skiables et dérivés ?… »
« On recycle, on réoriente, on renaturalise les pentes herbeuses, on ramasse toutes les crasses abandonnées par les skieurs et on relance l’économie alpestre avec des vaches, des moutons et des chèvres et on produit de l’excellent fromage. Avec notre taux de chômage il est inadmissible d’importer du gruyère suisse ou du parmesan italien alors que nos alpages sont à l’abandon. »
« Et les hôtels ? et les touristes étrangers ? »
« N’y a-t-il pas de crise du logement ? on recyclera les hôtels et les touristes étrangers seront ravis de voir le pays sous un autre angle… »
« Et nos belles autoroutes alors ? »
« Ah, les autoroutes, les bretelles et les ronds points, ça mes amis, ça va être le chantier du siècle : on arrache le béton, macadam, tarmac et autres bitumes, on renaturalise et on plante de la patate bio, car on va en avoir besoin et le ciment ça ne se mange pas… »
Décidément ce nouveau président avait réponse à tout et manifestement il avait tout mijoté depuis longtemps…
« Ben oui, conclut-il en se levant pour signifier que l’audience était terminée, aux grands maux, les grands remèdes… et quand on n’a pas ce qu’on aime, on aime ce qu’on a … »
 
Quand la premier ministre allemande entendit tout ça et en plus apprit qu’en France la police recevait carte blanche avec tirs à balles réelles et que les magistrats étaient invités à prononcer des peines à effectuer décentralisées directement dans les pays d’origine des condamnés, elle n’y tint plus et téléphona très indignée au président français qui lui répondit dans la langue de Goethe comme sa gouvernante bavaroise le lui avait enseigné:
“ Ma chère collègue, ici en France, les Français m’ont élu pour que je remette l’église au milieu du village et il faut c’qu’il faut n’est ce pas madame… Je suis très modéré parce que nous les descendants des beni Abbes nous sommes des hommes du désert, des poètes, les chantres des ciels étoilés au dessus des oueds verdoyants  et des dunes roses, mais vous en Allemagne votre prochain président sera sans doute un Turc… Nous on les connait ces Turcs, ils ont tyrannisé nos pays depuis 1519 jusqu’à ce que les Français viennent nous en délivrer en 1830… Et eux, comme le dit leur poète Zia Gokalp “Les minarets seront nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées seront nos casernes et les croyants nos soldats”… Vous avez eu les Turcs aux portes de Vienne et aux frontières de la Pologne, mais aujourd’hui vous les avez chez vous à tous les niveaux, et comme ils sont intelligents et travailleurs, vous pouvez vous attendre à ce que les Allemands les élisent pour qu’eux aussi ils remettent de l’ordre dans le bordel unioneuropéen… Sans Don Juan d’Autriche à Lépante et le Béat Marco d’Aviano a Vienne, vous seriez déjà ottomane et nous n’aurions ni les croissants, ni le café crème « cappuccino »… *  D’ailleurs c’est pas par hasard que le Pape Jean-Paul II a béatifié Marco d’Aviano… »
Ecoutez chère Angela, venez me rendre visite dès que j’aurai pris mes marques et on en discutera devant un petit cardamome…”
Il avait failli ajouter “Tchüss schatseli” comme le lui disait sa gouvernante Brunehilde…
 
Le roi Philippe des Belges se demanda si Harry n’allait pas devenir un bon parti pour sa fille Elisabeth qui était la future reine. Bien sûr il y avait la question de la religion mais l’œcuménisme n’était pas fait pour les pandas chinois du parc animalier Pairi Daiza… Harry se serait fait une bonne expérience comme PDG de la France, après il allait pouvoir devenir le partenaire consort idéal dans un couple multiculti, souverain d’un pays composite de flamands, wallons, bruxellois + les 190 autres nationalités existantes. Il pensa qu’il fallait demander à Mgr Leonard de faire des avances auprès du recteur Boubakeur de la mosquée de Paris.
Ce qui ne gâchait rien c’était que Harry comme la plupart des arabes était beau garçon tandis qu’Elisabeth en bonne descendante des  Saxe-Cobourg était une belle blonde aux yeux bleus, ces deux extrêmes ne pouvaient que s’attirer et produire des descendants basanés naturels qui n’allaient pas avoir besoin de lampes UV qui provoquent le mélanome et après les siècles de consanguinité dans les mariages entre toujours les mêmes maisons royales, un apport de sang frais n’allait pas être un luxe.
 
Arif avait eu une longue conversation avec son ministre de la santé:
“Ca va dans ton secteur?”
“Oui, oui, sois tranquille, les miens, médicaux et paramédicaux et aussi les pompiers, protection civile, secours en montagne, samaritains, ambulanciers, etc. ce sont des idéalistes qui, avec leur serment d’Hypocrate, sont prêts à travailler jour et nuit pour un salaire de misère… Tu te souviens de Patrick Pelloux? Eh bien ils sont tous plus ou moins aussi boy scout… à part évidemment le pourcentage de requins qui ont des cliniques privées et des instituts de beauté, mais là la police des mœurs est en train de faire le ménage… Non, non, fais moi confiance, il y a sûrement plus urgent…”
 
Mais Arif sentait bien qu’un autre gros morceau lui pendait au nez et qu’il ne servait à rien de renvoyer à demain ce qu’il aurait déjà dû avoir entrepris hier… l’éducation…
 
Donc, ce lundi-là il convoqua le ministre de l’éducation.
Dès que le thé fut servi, Arif passa à l’offensive:
“ Voilà, le situation est claire: dans le classement PISA la France occupe le 29ième poste sur 34… Ici aussi : aux grands maux, les grands remèdes, donc à partir d’aujourd’hui les normes du privé seront appliquées dans l’enseignement et le salaire, l’âge de la retraite et le montant de la pension des enseignants seront calculés en fonction des connaissances acquises par leurs élèves…”
“ Ya Allah! – s’écria le ministre de l’enseignement – mais depuis des années les connaissances n’ont plus d’importance, l’école pointe sur l’empathie sociocommunautaire de la diversité du vivre ensemble…”
“Fort bien – coupa Arif en tendant une chemise qui contenait un dossier – jusqu’à aujourd’hui, mais aujourd’hui on change, alors voici les nouvelles directives
- primo table rase de tout ce qui précède
- secundo à tous les niveaux tous les profs ont carte blanche quant aux méthodes il n’y a plus que les résultats qui comptent et la fin justifie les moyens.
- tertio à la fin de chaque année scolaire des objectifs doivent être atteints par exemple à la fin de la première année primaire tous les gosses doivent être capables de lire et d’écrire et à la fin du primaire tous les gosses doivent être capables de lire et écrire sans faute et de jongler avec les quatre opérations arithmétiques de base en plus des connaissances fondamentales de géographie et d’histoire.”
“ Mais c’est le retour à la préhistoire de la pédagogie…”
“Ben oui, les premiers seront les derniers… Vous trouverez les programmes avec les objectifs pour l’enseignement secondaire en annexe.”
“Oui mais, nous sommes tributaires des capacités des enfants…”
“C’est prévu: après évaluation du QI des élèves ceux-ci seront scolarisés dans des établissements adaptés à leurs possibilités de façon à tirer un max des moins doués pour qu’ils aient quand même une formation qui les valorise et qu’en même temps ils ne retardent pas les plus doués dont il faudra tirer le max possible à leur niveau.
Dès les premiers jours d’école dans chaque classe la compétition sera lancée entre les élèves pour repérer les premiers en math ou premiers en gym ou premiers dans n’importe quoi pour qu’on puisse les orienter vers les domaines dans lesquels ils seront les plus efficaces, comme dans la vraie vie : c’est celui qui a le plus de goals qui est champion du monde, celui qui arrive en tête qui a le maillot jaune, celui qui saute plus haut qui a la médaille olympique… C’est même une question de millièmes de seconde… Eh bien, les meilleurs ça se prépare dès le berceau, chefs d’entreprises compris… »
“Ces enfants vont être traumatisés…”
“Ils seront encore plus traumatisés quand à l’âge adulte ils seront au chômage… ah, j’oubliais, évidemment chaque semaine : interrogations écrites avec des notes chiffrées et des bulletins mensuels pour que tout le monde sache clairement où on en est, des examens trimestriels, des examens de fin d’année, des examens de passage pour les échecs et des redoublements de classes ou des réorientations … J’exige un enseignement de l’excellence démocratiquement accessible à tous les enfants sans distinction de race, couleur, religion e tutti quanti…”
“Et la ministre du numérique ?…”
 
“Ne vous inquiétez pas, tous les ordinateurs, tablettes et téléphones portables vont passer au recyclage et à l’école uniquement des cahiers, des bics et des livres. Quand nos gosses auront une formation solide, maitriser les nouvelles techniques sera un jeu d’enfant. Dans les écoles de la République on ne joue pas, on apprend. Vous allez voir, cela va vous enthousiasmer surtout avec des salaires proportionnés aux performances à tous les niveaux, du primaire au ministériel…Allez mon vieux, un vent de rajeunissement nous fera du bien…”
Le ministre décontenancé comprit que l’entretien était terminé et qu’il ne lui restait plus qu’à consulter les nouvelles directives qu’il allait devoir communiquer à ses collaborateurs, inspecteurs, directeurs d’écoles, enseignants, élèves, parents d’élèves… Ben oui, tant pis pour eux puisqu’ils allaient avoir ce pour quoi ils avaient voté…
 
Les affaires sociales allaient être un autre gros morceau…
“Mon cher ami je vous ai nommé ministre des affaires sociales parce que je connais votre pragmatisme… Notre dénominateur commun, à nous tous, c’est qu’on est dans la merde et que les caisses sont vides. Donc toutes les allocations, participations, subventions et aides en tous genres sont supprimées.”
“Même les allocations familiales?”
“Les allocations familiales en premier lieu ! Quand on fait des gosses on sait ce que ça coûte et plus on en fait plus on doit travailler pour les entretenir. Même le Pape des cathos a dit qu’on n’a pas à procréer comme des lapins.”
“Et le droit au logement?”
“Le logement n’est pas un droit. C’est le travail qui doit être un droit. Mais puisque sur tout le territoire il y a des villages abandonnés et des structures vides comme les abbayes, les monastères, couvents et autres usines désaffectées, les familles y seront logées et elles seront chargées non seulement de l’entretien des bâtiments mais aussi de la production alimentaire nécessaire à leur survie. La France a toujours été un pays agricole, nous devons arrêter l’importation qui nous ruine et nous empoisonne et acquérir l’autosuffisance et l’indépendance. Comme le Fonds Koweitien, nous allons « aider les gens à s’aider eux-mêmes ». Pour combattre la surpopulation, à partir de maintenant, au delà de deux enfants il faudra payer un impôt car plus d’enfants signifie plus de dépenses en eau, électricité, gaz, pipelines, routes, écoles, hôpitaux, etc. Plus il y a de gens plus ça coûte à l’état il est donc logique que ceux qui font des enfants en payent les conséquences. Corollaire: tous ceux qui voudront se faire stériliser pourront le faire gratuitement.”
Il y eut bien quelques réclamations de la part des religieux puisque les textes sacrés disaient qu’il fallait procréer et couvrir la terre, mais il leur fut répondu que ça y était, la terre était couverte et surpeuplée, donc mission accomplie et on n’en parle plus…
“Et les bénéficiaires des prestations sociales?”
“Il n’y a plus de prestations sociales, ceux qui n’ont pas de travail peuvent rejoindre les communautés rurales où, contre leur travail, ils pourront bénéficier du gîte et du couvert. Nous n’avons plus les moyens d’entretenir des parasites.”
“Les syndicats vont hurler…”
“Il n’y a plus de syndicats, les anciens syndicats sont devenus les organes d’application des directives gouvernementales…”
 
Là, c’était ce qui se passait dans les hautes sphères des petits appartements de Fontainebleau. Au niveau UE, le moins qu’on pouvait dire c’était que  la consternation était saisissante…  D’autant plus que les autres pays s’attendaient eux aussi à l’élection d’allochtones aux plus hautes fonctions… Tout de même il y eut des remarques du genre “Mais, monsieur le président, vous êtes en train d’établir une dictature”… Ce à quoi Arif répondait tranquillement: “Mais pas du tout, il s’agit d’une petite discipline tout à fait librement consentie de la part des électeurs qui m’ont tout aussi librement élu justement pour que je réalise ce que je suis en train de rétablir c.-à-d. l’ordre et par conséquent la prospérité. Il faut ce qu’il faut et tout a un prix…”
 
Au niveau du citoyen et de monsieur et madame tout le monde les changements étaient plus spectaculaires…
 
Etant donné le taux de chômage suicidaire on décida que toutes les femmes seraient restées au foyer, non pas pour les priver de leurs droits et de leur émancipation si chèrement acquis, mais par simple effort patriotique. Tandis que les hommes allaient travailler dehors, les femmes feraient leur part au dedans par exemple en cultivant un potager et en cuisinant frais, sain et bio au lieu d’acheter des plats préparés on ne sait où, importés on ne sait pas comment, bourrés de sel et d’additifs alimentaires qui étaient des neurotoxines qui rendaient les gosses irascibles, hyperactifs, insomniaques et cancres à l’école.
 
Elles furent aussi invitées à participer à des groupes d’auto-entr’aide puisqu’en temps d’austérité il fallait faire des économies à tous les niveaux. Elles allaient se réunir entre copines, tu coupes mes cheveux, je couds l’ourlet de ta fille; tu m’apprends à faire la tarte aux pommes je t’apprends à faire les loukoums… Je t’aide à refaire le carrelage de ta salle de bains, tu m’aides à retapisser mon salon…
 
Il y eut l’affaire de la burqa : burqa ou pas burqa ? On laissa le choix entre rien du tout et toutes les longueurs de l’arc en ciel depuis le bandana jusqu’à la burqa intégrale style  yéménite… Mais là aussi le mieux fut l’ennemi du bien car ce fut l’occasion de déferlements libidineux quand on s’aperçut que la plupart des femmes, nues sous leurs burqas, fantasmaient les luxures des esclaves des Mores comme celles nues sous leurs bijoux de Baudelaire.
Pire : les extrapolations nées des consonances entre « niqab » et « niquer » avaient poussé des petits malins à inonder le marché underground avec « the niquer’s niqab, the niqab du niqueur qui nique sous qab »…  Ce qui n’était vraiment pas le genre de la maison. Donc la police des mœurs ne fut pas enthousiaste avec de trop longs voiles…
 
Toutefois,  l’éducation des filles ne fut pas négligée, bien au contraire, il fallait prévoir une réserve de professionnels bien qualifiés toujours prêts à intervenir en cas de nécessité et en vue de l’amélioration de la situation générale et surtout pour ne pas devoir faire appel à du personnel étranger qui déstabilise immanquablement l’équilibre de la nation.
 
D’ailleurs les accords de Schengen reçurent une petite apostille : la libre circulation fut précisée : la liberté à sens unique c.-à-d. permis de sortir mais pas d’entrer car on ne voulait plus laisser entrer d’éléments potentiellement déstabilisateurs.
 
Autre grande nouveauté: finalement la polygamie fut officialisée, ce qui simplifia de beaucoup les relations entre hommes et femmes puisque au lieu de se perdre entre épouse, secrétaire, amie, collègue, amante et autres belles passantes, tous les hommes pouvaient ouvertement se débrider avec leurs quatre femmes. Les femmes furent satisfaites car même les single y trouvèrent le soutien de la famille comme cela avait été le but dès les origines en l’an zéro de l’islam. L’enthousiasme masculin faiblit cependant quand on se rendit compte qu’une famille avec quatre épouses coûte  quatre fois plus qu’avec une seule car si on achète un petit déshabillé froufroutant pour l’une il faut également l’acheter pour les trois autres… fatalement, ça chiffre… Ce dont les messieurs préférèrent ne pas trop parler c’était que la polygamie épuise car si on honore l’une des quatre épouses on est tenu aux même performances avec les trois autres…   Mais bon à chacun son choix…  Les gosses, éternels profiteurs, trouvèrent cela extra car il y avait 25 % de chances de trouver une mère poule qui allait les gâter et les gaver de leurs desserts favoris.
 
Autre changement remarquable: l’heure artificielle fut remplacée par l’heure solaire. L’application « mobile-muezzin » fut installé sur tous les téléphones tant fixes que portables et chaque matin ils sonnaient pour la prière d’avant l’aube, les trois autres prières et enfin celle d’après le coucher du soleil. Donc on prit l’habitude de se lever très tôt et de travailler très tard en été tandis qu’en hiver on se levait plus tard et on se couchait plus tôt ce qui était bien meilleur pour la santé et tout à fait en harmonie avec la nature.  Il s’en suivit une forte baisse des dépressions nerveuses, burn out et autres raptus de folie. En plus les pauses café au travail furent remplacées par des pauses prière / méditation qui elles aussi étaient nettement plus saines que les shoot de caféine. Donc, là aussi on remarqua une baisse de la consommation de calmants, somnifères et autres psychotropes.  Bref, malgré les changements exotiques, en général, l’expérience fut convaincante et on commença à penser que vraiment tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes.    
 
Il y eut un peu de frottement avec les éleveurs de cochon et les viticulteurs puisque la consommation de porc et d’alcool resta interdite. Mais on trouva un compromis tout  à fait satisfaisant en ce sens que  la consommation était interdite mais pas la production qui allait doper l’exportation. La situation devint winwin puisque non seulement l’exportation augmentait mais surtout il y eut encore une amélioration spectaculaire de la santé publique due la diminution de consommation de protéines animales et il n’y eut plus aucun fait divers désagréable causé par l’excès d’alcoolémie  comme accidents de la route, violences conjugales,  etc.  
 
Mais enfin, on n’était pas chez des sauvages et à un certain nombre d’établissements, en nombre très limité, certes, mais quand même, il fut autorisé d’écouler le stock d’alcools encore présent dans les caves jusqu’à épuisement et avec interdiction formelle de nouvelles productions. Il y eut donc, à côté des producteurs officiels qui travaillaient exclusivement pour l’exportation quelques licences exceptionnelles pour épuiser les caves de pastis, cognac, mirabelle ou calvados. Il s’y produisit le même miracle que dans le Val de Travers pour la production de l’absinthe où, bien qu’on ne produisit plus, les tonneaux ne se tarirent jamais…    
 
En outre la gastronomie se trouva devant de nouveaux défis: cuisiner sans porc mais avec de nouvelles recettes à base de protéines végétales. Par conséquent les éleveurs se tournèrent vers de nouvelles cultures ce qui à son tour eut un effet favorable sur la qualité de l’air puisque l’élevage et les pets des vaches étaient pour beaucoup dans les différentes pollutions. 
 
Les bars, bistrots, restaurants et autres se lancèrent dans les cocktails les plus étonnants à base de thés, jus de fruits et de légumes, eux aussi, nettement meilleurs pour la santé. C’était le grand renouveau dont on avait besoin.
On avait tant crié au loup avec cette effrayante islamisation de la France et voilà que ça marchait comme sur des roulettes.
 
Hélas c’était sans compter avec l’inévitable grain de sable…
 
Li Phi Pih pédicure chinois installé depuis des lustres à Saint Dié, s’était fait une spécialité de non seulement soigner les pieds des dames qui se les abimaient avec des chaussures trop étroites et des talons trop hauts, il avait aussi acquis une solide réputation de soins des mains. Or là; tout d’un coup, non seulement les dames se mettaient à se soigner elles-mêmes entre copines, pendant leurs après-midis interminables, mais encore et surtout il fut interdit aux hommes de soigner des femmes et qui plus est de regarder leurs pieds et chevilles qui constituent les parties féminines  les plus érotiques.
 
Li pensa d’abord de passer de l’autre côté du Rhin et s’installer a Appenweier mais tout compte fait et tous renseignements pris auprès d’autres Chinois, la situation n’y était guère meilleure et l’islamisation y était également en cours…
 “ Fang ni ma de gou chou pi ! ** ” pensa-t-il très fâché (très vilain juron qui signifie à peu près « lâche le pet puant du chien de ta mère » oui, oui, les chinois disent cela…) Il ferma sa boutique, confia sa famille à des amis et alla à Frankfort prendre le vol Paris-Pékin.
 
Arrivé à Pékin il pensa qu’il devait tout de suite viser très haut mais ne savait pas à quelle porte aller frapper, alors il se dit qu’il valait mieux s’adresser au Grand Mandar plutôt qu’à ses Mandarins et le lendemain matin de bonne heure il se rendit au « Jardin du dragon bleu parfumé  à la fraise après la pluie de printemps» où il savait que le Grand Mandar faisait son Tai Chi de l’aube rose naissante. Dès qu’il l’aperçut il alla se mettre en parallèle et accompagna le « tirer la queue du paon » en murmurant à intervalles “Wopei… Wopei …” c.-à-d. qu’il ronchonnait en désapprouvant…
Quand le Grand Mandar eut terminé toutes les séquences du Grand Enchaînement depuis « la grue blanche déploie ses ailes » jusqu’au « coq d’or se tient sur une patte »  il referma l’enchaînement, médita encore quelques instants et puis murmura
“Wopei? Pourquoi protestez-vous en désapprobation?”
Li lui emboita le pas et commença à voix basse à raconter ce qui était en train de se passer en France à cause de l’islamisation.
Ils marchèrent lentement jusqu’au palais mandarinier, entrèrent, allèrent s’asseoir sous un litchier en fleur et devant une table basse qui portait une théière bouillante et des biscuits aux pistils de fleurs de colchique.
Le grand Mandar se fit expliquer toute l’affaire et puis il dit
« Wo cao (holy fuck) quels emmerdeurs ces geiteneukers ( expression qu’il avait apprise lors d’une escale à Schiphol – niqueurs de chèvres : langage troupier que dès les années 1900 les Hollandais employèrent pour désigner des asiatiques ) nous aussi, ici, chez nous, nous avons un tas d’ennuis avec nos Ouigours… »
 
“Oui mais –rétorqua Li – le comble c’est que les Français marchent dans la combine, ils sont tout contents…Même les curés sont euphoriques car leurs églises qui s’étaient vidées de leurs ouailles catholiques sont maintenant bondées de mahométans et de flopées de convertis. Par conséquence l’Arabie Saoudite a lancé un vaste programme de restauration des édifices et de modernisation des équipements avec  chauffage central, assainissement des taches d’humidité et détartrage des vitraux.  Ils ont coupé la poire en deux : au lieu de supprimer les cloches, ils ont reprogrammé les carillons dans les clochers qui maintenant ne sonnent plus « Avemaria » mais « Achadoualla. »  et tout le monde est satisfait. Il y en a d’autres qui sont encore plus satisfaits, ceux qui vendent leurs terrains, les architectes, les entreprises et corps de métiers qui construisent des mosquées… sans compter les hôteliers qui grâce aux demandeurs d’asile remplissent leurs hôtels qui sinon seraient en faillite…
 
Il n’y a plus que des banques islamiques puisque les autres étaient pleines de scandales et de fraudeurs. Il y a de moins en moins de travail non seulement parce qu’il y a de plus en plus de machines mais parce que, par-dessus le marché, on ferme les industries toxiques qui sont nuisibles et donc anti-islamiques comme l’industrie chimique… On ne produit plus de bœuf aux antibiotiques, ni de poulet aux hormones et donc la santé s’améliore ce qui signifie la faillite de l’industrie pharmaceutique… ça ne s’arrête plus… et les Français sont cool, contents, satisfaits…tout va très bien madame la marquise…»
 
“Gongfei ! (bandit communiste)  – s’exclama  le Grand Mandar en fronçant ses sourcils – Ce type a instauré la décroissance sans qu’on ne s’en rende compte ! Mais nous, nous n’allons pas être satisfaits du tout car si nous avons investi des milliards en France c’est pour avoir le rendement de la France et pas celui de Zanzibar ou de Ouagadougou… Vous comprenez, nous avons acheté l’aéroport de Toulouse, le Club Med, Cochonou, GDF, Peugeot, Citroën, les vignobles, les fromageries, après le port du Pirée maintenant celui de Toulon et plus tard Le Havre et même Pirelli…  business is business… Bon, on va réfléchir à la question, mais je puis vous assurer que “quand la Chine se réveillera, la France aura la gueule de bois”…
 
Li Phi Pih rentra chez lui à Saint Dié et prit patience.
 
Un soir vers 22h les portables des 800 000 Chinois qui, en suivant les injonctions du président Mao, vivaient en France dans le peuple comme les carpes Koï vivent dans l’étang,  sonnèrent et délivrèrent le message suivant :
« pom pom pom pom, pom pom pom pom … ici Pékin, les Chinois parlent aux Chinois… le poisson vert a la rougeole…je répète : le poisson vert a la rougeole… »
 
Ensuite les choses allèrent assez rapidement : la Chine demanda la réunion d’urgence du Conseil de Sécurité de l’ONU et en moins de trois semaines des bataillons de casques bleus Inuit, Malgaches, Gilbertins et Tuvaluanes investirent les points névralgiques  et tout commença à rentrer dans l’ordre en attendant que la Chine installe son protectorat sur la France qui, en effet, commença à avoir la gueule de bois.
 
Anne Lauwaert
 
* voir l’histoire du Siège de Vienne par le même auteur

Rédigé par Gérard Brazon

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