La pub nous rend cons, la pub nous prend pour des cons. Par Alain Nueil

Publié le 22 Avril 2015

Dans une récente interview au Point, Alain Finkielkraut énumérait les forces du politiquement correct : une grande partie de la presse et des médias, le théâtre, le cinéma, etc. Il oubliait l’une des pires : la publicité.

Quand j’entre dans la gare de ma petite ville de Dordogne, je vois les deux seules affiches d’une salle rénovée et plutôt pimpante : une petite fille noire bien nattée nous invite à prendre des abonnements pour le TER Aquitaine, et en face, M. Pistache, un Sénégalais hilare, vante la chaîne de vendeurs de journaux Relay.

Le Grand Remplacement, redouté ouvertement par Renaud Camus et en secret par beaucoup d’autres qui n’osent pas le dire, a-t-il déjà eu lieu ? Les Blancs, responsables de tous les maux du monde et de l’Histoire, ont-ils dégagé le terrain ? Je sors et constate que, malgré la solide implantation de Comoriens par le conseil général socialiste de la Dordogne, il reste encore des visages pâles dans les rues.

Récemment, dans les couloirs du métro République, même constatation. Quatre affiches côte à côte sur le même mur. Deux affiches Levi’s : un Chinois et une Maghrébine bien serrés dans leurs jeans. Deux affiches Nike : une Africaine et un Africain enjambant des vallées sur un fond de montagnes, avec la fière légende :« Deviens une force de la nature. » Je sors dans la rue et, là encore, je vois qu’il reste quelques Blancs à Paris.

L’affiche Nike est un pur chef-d’œuvre de maladresse : elle réussit à être raciste à la fois contre les Noirs et contre les Blancs. Le Noir est assigné au sport, à la nature, il tire sa force de sa proximité avec elle. En hors champ, le Blanc est assigné à la culture, au manque de muscle et de vitalité, il n’est pas sur la photo, il ne deviendra pas « une force de la nature ». C’est exactement comme dansIntouchables : le Noir est fort, gai, rieur, il se moque du Blanc triste, tétraplégique et amateur de poésie. Je rappelle que des associations de Noirs américains ont protesté contre la vision stéréotypée du Noir dans ce film.

Une question aux voyageurs qui fréquentent ce site : voit-on à Pékin beaucoup d’affiches Nike avec des Blancs qui sautent la Grande Muraille d’un bon coup de jarret ? Voit-on à Dakar des pubs avec des Européens aux fesses serrées dans leur Levi’s ? La réponse est non. Chez nous, c’est chez tout le monde, mais ailleurs, c’est chez les gens d’ailleurs.

J’imagine sans peine le concours permanent d’antiracisme qui doit sévir chez les publicitaires parisiens, bobos d’entre les bobos. « Comment, il y a huit personnages dans ta pub Vache qui rit, et tu n’as mis que trois Noirs et deux Maghrébins ? » « Tu as raison, on va m’accuser d’être lepénisé. Je vais rajouter trois Asiatiques et un métis plutôt clair, histoire de rappeler un peu les racines européennes de l’Europe. »

Une seule idée à conserver de Mai 68 : la pub nous rend cons, la pub nous prend pour des cons.

Rédigé par Gérard Brazon

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