Les clandestins de Calais sont à Paris sous les ponts! Silence des Radio-télévisions !

Publié le 29 Avril 2015

"L'arrière-cour de Calais", en plein Paris

Quelque 450 migrants, venus du Soudan et d’Érythrée, se sont installés sur deux sites parisiens. 

Sur le terre-plein d'un boulevard parisien qui charrie son jet continu de voitures, les tentes s'amoncellent. Au nord de la capitale, environ 80 abris de fortune s'étalent sur une courte portion de bitume sous le métro aérien. Au vacarme des rames de métro s'ajoute celui des trains qui partent et arrivent de la gare du Nord, juste à côté. "On les entend sans cesse dans nos têtes et avec le bruit du métro, on devient fous", explique posément Ahmed, dans un anglais très fluide. Voilà un mois qu'il est ici. Entre La Chapelle et un autre site, vers la gare d'Austerlitz, ils sont environ450 migrants, essentiellement venus de la Corne de l'Afrique – Soudan et Érythrée. Depuis le début d'année, leur nombre a quasiment doublé. Entre les deux pissotières qui bornent ce campement, ce sont surtout de jeunes hommes que l'on voit, même si les femmes ne sont plus totalement absentes.
"Un point de passage plutôt qu'un point d'ancrage"
"Ce sont des gens qui ont vécu des traumatismes dramatiques, avec des parcours migratoires éprouvants. Ces campements sont en train de s'étendre dans des conditions qui ne sont pas dignes", alerte Bruno Morel, directeur général d'Emmaüs Solidarité. Problèmes d'hygiène, de santé, de nourriture, tout s'accumule. Emmaüs a été récemment mandaté par la Ville de Paris pour coordonner l'action des associations humanitaires. Distribution de brosses à dents, de savons, de vêtements, de nourriture… "Nous donnons des premiers secours humanitaires mais il faudrait des solutions d'hébergement", alerte Morel.
Tee-shirt et chemisette saumon, Ahmed mange dans sa tente des coquillettes qu'une passante vient de lui donner. Au Soudan, après des études à Khartoum, il était retourné chez lui, au Darfour, pour cultiver ses terres et s'occuper du bétail. "Ce n'était pas une vie merveilleuse mais on l'appréciait." La guerre l'a poussé à rejoindre la Libye. "J'y ai fait tous les petits boulots que je pouvais, j'avais du travail, un endroit pour dormir et de quoi m'acheter à manger", se souvient-il avec regret. Sept mois plus tard, à nouveau, la guerre le chasse. Il traverse la Méditerranée. Le passeur lui avait promis que, pour gagner les rives européennes, il lui faudrait deux heures. Cinq jours et cinq nuits, et une somme de 1.000 dollars, lui ont été nécessaires pour gagner l'Italie.
Tous décrivent ce voyage comme étant très dangereux. "Regarder la mer, c'est comme regarder la mort", ajoute Sami, un autre Soudanais. L'Italie, Nice, le train et enfin Paris. "Pour l'instant, La Chapelle est un point de passage plutôt qu'un point d'ancrage", explique Morel. "C'est devenu l'arrière-cour de Calais, avec des personnes vivant dans des conditions infra-humaines", déplore Pierre Henry, directeur général de France terre d'asile. Certains espèrent pouvoir gagner l'Angleterre ou la Belgique. "L'an passé, une filière congolaise leur proposant de les emmener à Calais pour 50 euros a été démantelée", rappelle le commissaire Julien Gentile, de l'Office central pour la répression de l'immigration irrégulière et de l'emploi d'étrangers sans titre (OCRIEST). Mais "50 à 60% d'entre eux souhaitent demander l'asile", précise Henry.
"Même les animaux ne sont pas traités comme ça"
Sami, un Soudanais un peu plus âgé que les autres, sort de sa poche un sachet en plastique, en guise de portefeuille et d'unique bagage. Il y pioche une feuille qu'il déplie et sur laquelle on peut lire : "Diplôme initial de langue française". Il a rejoint le campement de La Chapelle depuis dix jours seulement. Lui aussi a fui le Darfour et aimerait vivre dans un endroit "tranquille". Alors que les réfugiés partagent leurs tentes à deux ou trois, lui dort sur un matelas à même le sol. "Ici, pour manger, parfois on a un sandwich, parfois il n'y a rien. C'est la loterie." Sami souhaite rester en France mais ne sait plus comment s'y prendre.
À ses côtés, Djamel l'Éthiopien, arrivé il y a deux jours, dort par terre sur des cartons. "Nous sommes des êtres humains. Même les animaux ne sont pas traités comme ça." Comme tous ici, il manque d'information sur ce qu'il est possible de faire et sur les démarches à suivre. Cette nuit, lui qui veut rejoindre Londres peinera encore à dormir à cause du bruit de ces trains si proches et si inaccessibles.

Rédigé par Gérard Brazon

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