Non ! Nos voix ne sont pas une honte, par Hamid Zanaz - Par Bernard Dick

Publié le 28 Avril 2015

Oui ! Nos voix sont courage et fierté, c’est le titre que je proposerais pour ce livre car il est largement positif, même s’il est une réaction d’opposition aux establishments musulmans.
 
C’est avec des questions concises que Hamid Zanaz (*) a réussi à faire s’exprimer 17 intellectuelles arabo-musulmanes sur les raisons qui les ont poussées à se révolter contre la société musulmane, l’islam et ses imams, les régimes arabes et leurs dictatures. Ces femmes et ce journaliste illustrent une opposition contemporaine à l’islam archaïque.
 
Non ! Nos voix ne sont pas une honte est paru le 10 avril 2015 (1). Un livre de 80 pages, soit en moyenne 4 pages par entretien. Il répond parfaitement au proverbe arabe : Le meilleur discours est celui qui dit tout en peu de mots.
Calligraphie du proverbe arabe
Dans cet ouvrage, Hamid Zanaz joue ainsi dire le rôle d’un confesseur laïque en recueillant les émouvantes déclarations d’intellectuelles musulmanes ou non-musulmanes qui parlent, en toute liberté, de leurs luttes, de leurs expériences, de la situation de la femme arabe musulmane ou arabe non-musulmane aux prises avec l’archaïsme d’une religion qui a monopolisé la société et « marchandisé » la femme, dans son corps et dans son esprit.
Tout au long de ces 17 témoignages, je n’ai cessé d’abord de penser à nos soi- disant féministes qui, face à l’islam en France, sont tétanisées, comme atteintes d’une maladie d’Alzheimer qui les a rendues sourdes, muettes, sans mémoire. Car on ne les entend pas face à l’entreprise de sape que mène l’islam politico-religieux dont la conquête se concrétise au premier coup d’œil à travers le voile, qui est un étendard, et la burqa, qui est le linceul noir de la femme. Nos féministes qui, jusqu’à présent, ne manquaient pas une occasion pour manifester, certes à juste titre, pour réclamer un salaire identique à celui de l’homme, pour réclamer le droit à l’avortement, pour s’opposer à la guerre du Vietnam etc. … se sont évaporées dans cet espace du politiquement correct et peut-être par crainte de se faire traiter d’islamophobes. Elles se disent de gauche. Elles ont démissionné, elles ont pratiqué une auto-mutilation, une excision de leurs cordes vocales, elles ont abandonné leur plume aux femmes arabes, qui, elles, n’ont pas froid aux yeux, n’ont aucune crainte des qualificatifs dont les affuble la société, les hommes comme, hélas les femmes : putains, femmes occidentalisées, apostates, femmes qui se promènent nues dans la rue, femmes aux mœurs dissolues, femmes sans chasteté, impures et même folles etc.
Pour ces 17 femmes, si l’homme s’est attribué « la plume », il leur a laissé « l’aiguille » (p. 9) pour l’enfermer entre quatre murs dans les taches ménagères. Mais je vois bien que l’aiguille, pour elles, c’est ce qui sert à aiguillonner la société qui considère la femme comme un « accessoire pour l’homme », comme une pondeuse pour faire prospérer la oumma islamique. Je pense que ce n’est que par les femmes que l’obscurantisme sera vaincu. Il faut les soutenir.
Ces 17 intellectuelles engagées et révoltées se sont donc soumises, pour une fois et de bonne grâce, à l’interrogatoire de Hamid Zanaz. Chacune a son angle de tir.
 
Raja’ Ben Slama
Raja’ Ben Slama, tunisienne, exprime sa colère contre la polygamie, une institution rendue immuable par la « fermeture de toute interprétation » et le bannissement de la raison. Elle décoche son dard contre le wahhabisme et « sa religiosité délirante », contre les Frères musulmans et les salafistes dont le slogan « L’islam est valable pour tous les temps et tous les lieux » ne mène qu’à « l’application de la charia ». L’islam « est très lié à l’au-delà » et pousse les croyants vers le martyr. Pour elle, la religion est « une névrose obsessive collective ».
Faouzia Charfi
Faouzia Charfi, professeur de physique à Tunis, se lamente sur la disparition de la raison critique, perdue depuis des siècles, et veut, éperdument, la retrouver. Si elle se félicite du « rayonnement » de la civilisation musulmane et de l’apport de l’algèbre en particulier, elle oublie de dire qu’une bonne partie de cette civilisation a été entreprise par des non-musulmans et des athées, que l’islam s’est fait une spécialité de se les intégrer. On peut citer le cas de Khawarizmi (inventeur de l’algèbre) qui est mazdéen (مجوسي) selon al-Tabari et de bien d’autres comme al-Jâhez, al-Quindi, Averroès, al-Fârâbi, le célèbre médecin Avicenne, appelé « l’imam des athées » etc. … Mme Charfi critique à juste titre les ouvrages qui tendent à octroyer au Coran des « miracles scientifiques » (إعجاز علمي) et qui prétendent que toute la science, même moderne, « est » dans le texte coranique.
Ilhâm al Manea
La troisième voix vient du Yémen, c’est celle d’Ilhâm al Manea qui dénonce l’islam comme « une idéologie politico-religieuse désignant la femme comme source de vice », comme « une idéologie qui considère l’homme comme un animal enragé, avide de chair féminine et incapable de maîtriser ses pulsions ». elle poursuit : « Si nous reconnaissons l’origine humaine du Coran, il devient plus facile d’admettre que son contenu n’est plus adapté à la réalité d’aujourd’hui et de séparer la religion de l’État ». Elle s’élève contre l’enseignement de la pensée islamiste dans les mosquées qui canalise l’allégeance « vers la Oumma ». Pour Ilhâm, « on ne peut se libérer que lorsqu’on décide de casser le mur du silence ».
Âmâl karâmi
Pour Âmâl karâmi, le but ultime du discours religieux est la « consolidation des privilèges masculins ». Elle critique les femmes islamistes qui se soumettent par « discipline au service de l’intérêt général » et qui estiment qu’elles « sont une condition nécessaire du travail politique » (p. 24). Elle trouve cependant positif « la concurrence entre les femmes islamistes et les muftis » dans le travail prosélyte. Sa critique acerbe, elle la lance aux Frères Musulmans qui n’acceptent que la femme « épouse, mère, sœur ou fille » et ne font « aucune place pour la veuve, la célibataire … ». Car pour réaliser la oumma, il faut « domestiquer la femme », ce qui conduira au but ultime, l’instauration de la charia. Ce cri de révolte d’ Âmâl karâmi tranche avec l’enfumage des dirigeants musulmans en France qui clament que la charia est compatible avec la République.
Joumana Haddad
De son côté, Joumana Haddad, journaliste libanaise, considérée comme apostate, ne demande rien pour s’émanciper, elle exige et elle prend. Pour elleة cette émancipation commence par l’éducation, l’indépendance financière et l’égalité des droits entre les deux sexes. Elle récuse le voile qui n’exprime pas une « diversité culturelle » mais est « un outil de différenciation et de discrimination religieux ». Une femme en burqa ne peut être féministe. Elle veut émanciper la femme dans son corps et son esprit. Pour cela, elle a lancé un magazine culturel érotique, Jasad (corps). La femme doit vivre ses désirs et les revendiquer.
Randa Kassis
La Syrienne Randa Kassis, sa proche voisine, opposante au régime d’Assad, a quitté le Conseil National Syrien à la vue de la montée en puissance des islamistes et des jihadistes dans ses rangs. Elle vient de publier avec Alexandre del Valle Le chaos syrien.
Elle dénonce la culture islamique qui empêche toute libération de l’imaginaire de l’être humain car en islam « Tout vient d’Allah ». Il s’agit d’une culture de masse qui « écrase l’individu ». Elle dénonce la culture « de l’hymen », de la virginité comme « certificat de bonne conduite ». Sur ce sujet de la virginité dans l’islam, on peut souligner l’absurdité des interventions de réfection de l’hymen, cette pseudo-virginité répondant à l’hypocrisie de la société islamique. Pour Randa, « Le sexe est devenu le moteur principal et inconscient de la façon de penser des musulmans (p. 37) ».
Oulfa Youssef
Oulfa Youssef est tunisienne. Elle est l’auteur de Démunies de raison et de religion et de Confusion d’une musulmane, son livre le plus connu. Pour Oulfa, il n’y a qu’Allah qui possède la vérité sur le Coran car « toutes les lectures restent relatives ». Elle omet de dire que beaucoup de versets du Coran sont clairs et qu’ils n’exigent pas d’autres lectures. Quand elle a fondé sa collection « Et Allah sait mieux » (والله أعلم), elle paraphrasait les muftis qui emploient cette phrase pour camoufler leur ignorance d’un sujet et éluder ainsi une difficulté. Elle reconnait que son problème n’est pas avec Allah mais avec les humains.
Abnousse Shalmani
C’est l’Iranienne Abnousse Shalmani qui est la plus virulente contre les mollahs et leurs sosies, les Frères Musulmans, qui ont l’obsession du corps de la femme L’ « enfoulardement » de la femme (et des enfants), par mesure de pudeur, vient du fait que « les barbus ont sexualisé à outrance le corps de la femme (p.43) ». Elle chante la mixité qui fait apprendre à dépasser « la concupiscence et accepter l’Autre comme un être humain ». Elle est attristée de voir à Paris « qu’une femme, au pays de la Révolution française, se couvre d’un voile noir ». Ce « voile est avant tout politique » et « la loi islamique ne peut être supérieure à la loi de la République ».
Elle dénonce l’emploi du mot « islamophobie » « qui est un terme utilisé par les barbus et les corbeaux (2) pour faire taire les critiques ». Elle apprécie l’esprit libertin de Sade pour qui « le corps et l’esprit doivent être libérés ensemble ». C’est le refus de toute croyance, c’est la liberté totale ».
Sana’ el-Aji
Sana’ el-Aji est sur la même ligne qu’Abnousse Shalmani. « L’homme qui ne maîtrise pas ses instincts est un animal ». Elle dénonce ainsi le harcèlement sexuel, conséquence de l’apartheid hommes/femmes dans l’espace public et de l’absence de mixité.
Elle critique la société musulmane car tout ce qui touche au droit privé, « mariage, divorce et relations sexuelles est directement dérivé de la loi coranique ».
Elle dénonce l’imposition « d’une croyance qui permet d’arrêter des personnes qu’on accuse d’athéisme ». Mais, très curieusement, elle accorde « au pouvoir, le droit d’imposer l’obligation de la prière, la punition des non-jeûneurs du ramadan (p. 54) ».
Sa’ida Keller Messahli
Sa’ida Keller Messahli, universitaire vivant à Zürich, clarifie d’emblée sa position : « Oui, il est possible pour la femme et pour l’homme de s’émanciper sous l’islam ». Elle préside le « Forum pour un islam progressiste ». Elle observe « le viol de la place publique par un islam devenu un programme politique » mais elle semble ignorer que l’islam a toujours été un projet politique. Elle fait la distinction entre « islam et islamisme » et elle en veut à la droite suisse qui « présente les crimes des islamistes, les crimes d’honneur, le mariage forcé, la mutilation génitale, la burqa, l’antisémitisme, le jihadisme, etc. comme étant l’islam ».
Zinab al-Rahzoui
Zinab al-Rahzoui a été journaliste au Maroc puis en France (collaboration avec Charlie Hebdo). Elle est devenue plus libérale. Elle avait prôné au Maroc la liberté de ne pas jeûner pendant le ramadan. Elle est opposée au voile et au niqab qu’elle considère comme un « symbole d’appartenance à une identité islamique imaginaire (p. 61) », une identité islamique illusoire. Elle est sur la même ligne que Joumana Haddad, elle veut émanciper le corps de la femme : « Les jeunes musulmans d’Occident sacralisent la virginité au moment où les jeunes ont dépassé cela au Maroc ». Elle contredit Malek Chebel qui avance que l’islam n’a rien à voir avec les difficultés d’intégration des musulmans en France : « Je crois que l’islam est la cause principale qui empêche ses adeptes, qui veulent appliquer ses principes à la lettre, de s’intégrer dans la société française ».
Mounia Sanekli
Mounia Sanekli, professeur à l’université de Tunis, considère le voile ou le niqab comme « une violence et un meurtre exercé contre le corps ». « Le message du voile est très clair, il annonce la mort du corps ». « La civilisation arabo-islamique ainsi que toutes les religions, avaient une relation castratrice et de mépris » par rapport au corps. L’islam, par le voile, punit le corps parce qu’il a commis des crimes de vie.
Elle nous dit, pour terminer, la femme « peut jouer la pute ou la vertueuse, elle peut tout faire sous le voile ». Voile et burqa sont pour elle des monuments d’hypocrisie.
Leila Slimani
Leila Slimani, marocaine vivant à Paris, franchit un autre cap dans son livre Dans le jardin de l’ogre en traitant un sujet tabou : la dépendance sexuelle au féminin, la « nymphomanie » qui désignait à l’époque victorienne des femmes que l’on considérait comme folles. La société est moins dure pour l’homme qui collectionne les conquêtes. Son héroïne, Adèle, recherche à travers le sexe des sensations et une évasion par rapport à sa vie bourgeoise qui l’ennuie profondément.
Ola Abbas
Ola Abbas est syrienne. Présentatrice vedette de la télévision d’État, elle a démissionné avec fracas en 2012 après 12 ans de bons et loyaux services. Elle a publié récemment, en arabe, La révolution d’une femme. D’expérience, elle considère que « l’arabe est condamné à collaborer, se taire, s’exiler ou aller en prison » et qu’elle « n’a jamais été libre en Syrie, comme toute femme dans ce vaste Orient ». Ce qui perpétue aussi la situation de la femme, ce sont les autres femmes qui ont été elles-mêmes des victimes et qui finissent par reproduire dans leur descendance les mêmes situations d’asservissement. Et, en fin de compte, « sans la libération de la femme, nulle liberté, ni pour l’homme ni pour la société ».
Nadia el Fâni
Pour Nadia el Fani, militante et cinéaste tunisienne, « sans laïcité, point de démocratie ». Sous le titre Ni Allah ni maître, son film a été projeté en salle à Tunis en 2011. Menaces de mort, insultes, mensonges ont été suivis d’une campagne calomnieuse. Elle était vouée aux gémonies. Le titre a paru trop provocateur pour être diffusé en France où il a été changé en Laïcité inchallah.
On sait qu’elle a essuyé toutes les injures possibles, du genre : « L’athée tunisienne chauve …, qu’Allah la fasse périr » ou « La malédiction était sur toi le jour de ta naissance et le sera le jour de ta mort ». Ce qui laisse deviner l’obscénité de la société musulmane.
Si la nouvelle Constitution tunisienne peut paraître moderne sous certains aspects, Nadia el-Fâni ne la considère pas comme laïque. En effet, le texte commence par « Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux (p.73) » référence séculaire à l’appartenance religieuse musulmane. Pour elle, la loi divine doit rester une affaire privée et non une affaire civile.
Farah Kay
Une autre voix, autant libre que courageuse, est celle de Farah Kay, une Belgo-marocaine, comédienne de profession. Elle a publié Mon père, Allah et moi. Ce livre est un cri car c’est au nom d’Allah qu’elle a été battue et abusée par son père, avec la complicité de sa mère. Traumatisée par un inceste qui figurait dans son dossier, elle a été placée dans une famille d’accueil et a connu les services sociaux. Pour Farah, « jouer devant le public est assez jouissif et lui sauve la vie ».
Son message : « C’est bien qu’il soit possible de se sortir d’un traumatisme violent : cela s’appelle la résilience (p. 77) ».
Zohra Ibrahim
C’est une Marocaine qui vient clore ce parcours en compagnie de 17 intellectuelles, arabo-musulmanes pour la plupart. Zohra Brahim est anthropologue et universitaire, spécialiste des arts dramatiques. Elle a publié, en arabe, à Damas, en 2010, L’éros et le sacré. Pour Zohra, « le corps physique se réalise expressément dans le spectacle social car il est la présence existentielle et culturelle de l’être ». Elle ne considère pas le titre de son livre « comme une réconciliation entre l’éros et le sacré car le sacré n’a jamais banni l’éros ni ne s’est embrouillé avec lui ». « Le sacré dans l’islam codifie l’existence de l’éros dans les écrits coraniques et la sunna en inscrivant les limites du licite (halal) et de l’illicite (haram) ». D’où les interdits de l’islam, les fameuses lignes rouges qui différencient le halâl du harâm (p. 78) ».
Tout compte fait, cet aperçu du livre Non ! Nos voix ne sont pas une honte se veut une approche et surtout un tremplin pour découvrir, à travers leurs œuvres, le combat courageux des intellectuelles arabo-musulmanes contre l’obscurantisme dont des millions de femmes sont les premières victimes. Et si nous devions trouver quelques dénominateurs communs au combat de ces intellectuelles, nous dirions :
NON ! au voile et à la burqa qui signifient la mort du corps
NON ! à la culture de l’hymen, à la polygamie, aux mariages forcés, aux crimes d’honneur…
NON ! à la domestication de la femme
NON ! au bannissement de la raison
NON ! à la culture qui écrase l’individu et célèbre la oumma
NON ! à la charia
NON ! à la religion qui s’immisce dans la sphère privée
NON ! à l’islam politique
NON ! à la dictature politique et religieuse
OUI ! pour casser le mur du silence
OUI ! la femme doit posséder son corps, elle doit pouvoir vivre ses désirs et les revendiquer
OUI ! à la liberté
Bernard Dick
(*) Hamid Zanaz est l’auteur de nombreux essais, notamment deL’islamisme, vrai visage de l’islam, en 2012 et de L’islamisme. Comment l’Occident creuse sa tombe, en 2013, aux Editions de Paris
(1) Hamid Zanaz, Non ! nos voix ne sont pas une honte, CollectionActuels, Les Editions de Paris, Max Chaleil, avril 2015
(2) métaphore évidente de la femme en burqa noire
Au 26/04/2015, nombre d’attaques terroristes islamiques mortelles :
Non ! Nos voix ne sont pas une honte, par Hamid Zanaz - Par Bernard Dick
Non ! Nos voix ne sont pas une honte, par Hamid Zanaz - Par Bernard Dick

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Islamisation française

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