Bourrage de crâne sur les migrants (suite). Bourdin en mission contre les mauvais Français - Par Monique Bousquet

Publié le 8 Septembre 2015

francaisTout récemment, quand  la député italo-congolaise Cécile Kyenge avait signifié aux Italiens d’accueillir des réfugiés dans leur propre maison, l’idée avait paru alors si incongrue  qu’elle  n’avait provoqué qu’ire et  sarcasme. Et pourtant, une photo plus tard, et nous y sommes. L’Histoire s’accélère et dans le mauvais sens.  Aujourd’hui on accueille des migrants rebaptisés réfugiés et, puisque selon le sociologue Thomas Guénolé, nous sommes en retard sur les Allemands dans l’éducation antiraciste, puisque selon l’historien Benjamin Stora, nous les Français, souffrons d’un déficit d’informations,  nos médias organisent le 7 septembre  une journée pédagogique, afin de nous  préparer à  accueillir les nouveaux arrivants.  En attendant,  sans aucun doute, d’employer des méthodes plus coercitives si nous nous obstinions à nous  montrer, à l’inverse de leurs voisins, frileux, rances et récalcitrants.

Le 7 septembre donc  sur les ondes, journée de sensibilisation sur la crise des réfugiés. Si vous avez réussi à y échapper, voici quelques morceaux choisis.

Jean-Jacques Bourdin sur RMC,  laisse parler sur son antenne successivement Alexandre, Marina, Maryse Joissains, maire d’Aix-en-Provence et  Samir. C’est équitable: Alexandre et Madame le Maire sont contre le fait d’accueillir des migrants, Marina et Samir sont  pour. Mais l’équité s’arrête là. Le ton de Jean-Jacques Bourdin, lui, ne laisse place à aucun doute quant à ses préférences. Le simple citoyen qu’est Alexandre, aussi bien que  l’élue au solide argumentaire fondé sur l’expérience de terrain,  se défendent contre les tentatives de déstabilisation du journaliste, qui devant leurs arguments de bon sens, tente l’approche historique : on a bien accueilli des Harkis, des Espagnols et des Portugais. Ce à quoi j’aurais personnellement  envie de  répondre in petto que cela ne saurait nullement constituer une raison. Ce n’est pas parce qu’on a bu un verre ou deux qu’on doit boire toute la bouteille.

Alexandre fait remarquer, à juste titre, quel était  le statut particulier des Harkis qui avaient choisi la France et n’en avaient pas pour autant pas été bien accueillis. On aurait pu également rappeler quel accueil chaleureux  Gaston Defferre, maire de Marseille, avait réservé aux Pieds Noirs en 1962: « Qu’ils aillent se réadapter ailleurs », ainsi que les banderoles de la CGT : « Pieds-noirs à la mer », sans oublier le Parti Communiste pour qui  ces populations étaient  des esclavagistes, des capitalistes, qui avaient fait « suer le burnous« . Ce même Parti qui s’était montré d’ailleurs plus accueillant avec les soldats allemands. Pour rappel, on pouvait lire dans l’Humanité du 4 juillet 1940:  « Il est particulièrement réconfortant en ces temps de malheur de voir de nombreux travailleurs parisiens s’entretenir avec les soldats allemands, soit dans la rue, soit au bistro du coin. Bravo camarades, continuez.. ».

Il serait grand temps  de déconstruire cette antienne qui consiste à dire de la France qu’elle a toujours été une terre d’accueil, une terre d’asile, une terre d’immigration, enfin  la patrie des Droits de l’homme, comme si cela constituait son ADN et sa finalité, sa seule raison légitime d’être, l’alpha et l’omega,  ce qui interdirait de fait aux Français d’être les occupants légitimes de leur terre et qui ferait de la France, le pays des droits de l’Autre. Ces quelques exemples précédents montrent bien que non. L’acceptation et l’intégration de nouveaux venus est toujours chose difficile, surtout quand elle nous est imposée. On accueille bien ceux que l’on invite, ceux dont on se sent proches, ceux que l’on aime, et encore à condition que les invités n’excèdent pas les règles de la bonne hospitalité.

Fort heureusement les deux autres intervenants se démarquent de ces Français-là et Samir de clore l’émission en disant  à quel point il a honte de Français tels qu’Alexandre et Maryse Joissains, sans d’ailleurs se croire tenu de justifier le moins du monde ses propos. Cela va de soi.

Sur France 2, la chaîne de service public,  la charmante Sophie Davant monte au créneau dans son émission   Toute une Histoire. Ils ont dû fuir leur pays, titre son émission qui  la joue sur un autre registre, non historique, non culpabilisant, le registre édifiant, sensé faire vibrer notre corde sensible.

Invités: Haytham, un syrien, Zimako, un nigérian, Anina, une jeune Rom d’orgine roumaine et une famille française, la mère Bénédicte qui abrite des demandeurs d’asile sous son propre toit et ses quatre enfants.

Que du beau linge. Des invités triés sur le volet. Casting parfait. Après nous avoir parlé des souffrances qu’ils ont endurées dans leur long périple vers la France et dans les centres d’accueil, les réfugiés nous racontent leur histoire exemplaire. Chacun joue sa partition: le jeune Syrien a eu son bac, Anina confie qu’elle envisage de devenir avocate sous le  regard émerveillé de Sophie Davant.

Mais la cerise sur le gâteau est, je dois le dire, la famille française. Enfants impeccables, brushing soigné, têtes de premiers de la classe.  La  famille Duquesnoy  de La vie est un long fleuve tranquille.  D’ailleurs, ces enfants  sont tellement épatants que l’animatrice leur demande de quitter les rangs du public pour venir prendre place sur le plateau. Tout comme les réfugiés, les enfants jouent leur rôle à la perfection.  Ils  régurgitent le discours ambiant:   rencontres enrichissantes, ouverture aux autres, respect des différences. Leçon bien apprise! Prix d’excellence en Education Civique.

Et au cas où nous n’aurions pas perçu le message, la psychologue du plateau explicite  les conclusions qu’il convient de tirer de cette expérience: une famille qui accueille chez elle des réfugiés reçoit et s’enrichit autant qu’elle donne.

J’ose quand même espérer que la grossièreté de la manipulation saute aux yeux  du téléspectateur, même  le plus indulgent ou le moins averti.

Monique Bousquet

Rédigé par Gérard Brazon

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Hamonic 10/09/2015 08:47

J ' avais commencer à regarder l ' émission de Sophie Davant: quand j ' ai vu la tournure ( parfaitement decrite ci dessus) , j ' ai zappe !