Et si les Français imposaient leur vision des choses à leurs dirigeants ? Par Christian Vanneste.

Publié le 9 Septembre 2015

Dans ce monde inversé qui est le nôtre, il serait réjouissant qu’un peuple anticonformiste impose sa conception à ses dirigeants, les rappelle à un élémentaire bon sens dont ils ont perdu l’habitude.
 
Le bon sens des Français fait de la résistance. Malgré le battage médiatique, les images chocs, les pétitions du show-biz, les gestes de bonne volonté mis en valeur sur les écrans et l’icône d’une Allemagne tellement exemplaire, les Français sont toujours majoritairement hostiles à l’élargissement de l’accueil des migrants (entre 56 % et 52 % des sondages).
 
Ils sont maintenant favorables à une intervention au sol contre l’État islamique (61 %) et considèrent que l’appel d’air germanique est irresponsable (62 %). 8 Français sur 10 jugent le gouvernement inférieur à ses obligations sur cette question, mais ils ne sont pas opposés à des quotas d’immigrés, c’est-à-dire à une solution mesurée (65 %).
 
Contrairement à ce que prétendent les joueurs de flûte du microcosme politico-médiatique, cette attitude prudente et réfléchie est la véritable tradition française, celle qui fait prévaloir la raison classique sur le sentiment romantique, Molière et La Fontaine sur Goethe et Schiller, Descartes sur Nietzsche.
 
L’Allemagne a une identité marquée par la démesure, le « kolossal ». Les applaudissement frénétiques pour recevoir les migrants à Munich font penser à d’autres ferveurs qui, dans la même ville mais dans le passé, allaient dans une autre direction. La France a toujours mieux réussi lorsqu’elle a choisi l’équilibre, la mesure, le juste milieu. En revanche, l’originalité de la situation actuelle et des événements qui s’y produisent, c’est que les débordements vont de pair avec le conformisme et que le marginal devient celui qui essaie d’être raisonnable.
 
Il est plus confortable de suivre la foule sur le chemin tracé par les médias que de s’en écarter avec le souci de raison garder. Le confort du conformisme actuel s’appuie sur deux sentiments, d’une part l’autosatisfaction narcissique d’être en phase avec la pensée dominante, de recevoir de celle-ci l’onction morale, d’autre part le soulagement de ne pas être stigmatisé comme un hérétique qui ose contester le prêt-à-penser nécessaire au vivre ensemble.
 
Les sondages semblent indiquer qu’un miracle français est en train de se produire. Alors qu’un fleuve de bons sentiments aveugles inonde l’actualité, les Français renâclent et continuent de faire preuve d’un bon sens anticonformiste. Ils se rebellent ! Si on veut résoudre le problème des migrants, il faut d’abord terrasser ceux qui justifient en réalité ou en apparence leur fuite : les islamistes. Voilà ce qu’ils pensent !
 
Les Français souhaitent également qu’on distingue les vrais réfugiés qui fuient les persécutions des migrants économiques qui cherchent une société où il fait mieux vivre. La France n’a ni le besoin ni les moyens d’accueillir les seconds. Elle peut en revanche, conformément aux valeurs qu’elle proclame, ouvrir ses portes de manière sélective aux premiers. Mais alors, il faut tenir compte des régions et du pays d’où ils viennent et de leur appartenance à un groupe en danger.
 
L’accueil des chrétiens et des yézidis paraît, à ce titre, justifié. En revanche, les Kurdes bénéficient d’une autonomie géographique. Les chiites ont également leur emprise régionale et l’appui de l’Iran. Les sunnites majoritaires ont le soutien des riches États du Golfe qui offrent des possibilités d’emplois considérables. Que les chrétiens soient une fois de plus, comme les Arméniens jadis, tentés de trouver refuge en France ne serait pas surprenant, la laïcité républicaine en fût-elle quelque peu bousculée. De telles idées, très raisonnables, sont cependant originales. Elles sont peu répandues dans les médias, et encore moins dans les milieux dirigeants.
 
Dans ce monde inversé qui est le nôtre, il serait réjouissant qu’un peuple anticonformiste impose sa conception à ses dirigeants, les rappelle à un élémentaire bon sens dont ils ont perdu l’habitude.

Rédigé par Gérard Brazon

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DURADUPIF 09/09/2015 16:10

Par un raz de marée, un tsunami politique qui renvoie les alternants sempiternels bienpensants dans les cordes ficelées. Mais ceux qui veulent le pouvoir dans les urnes ont-ils, enfin, mesuré leur pensée et leur geste pour rendre ce pouvoir au bulletin de vote, juste avant celui des urnes ?

sybarite 09/09/2015 17:14

Le pouvoir est dans les urnes. N'oubliez jamais qu'il a plus de 50% d'abstentionnistes à chaque fois. IL suffit au citoyen que nous sommes de convaincre ceux-là d'aller voter pour le raz de marée que nous souhaitons. Il n'est cependant rien de moins sur que ces Français couchés nous suivent, tant leur silence est un renoncement à tous les combats.