«Nos libertés sont menacées par le discours totalitaire des islamistes» affirme Céline Pina

Publié le 22 Septembre 2015

«Nos libertés sont menacées par le discours totalitaire des islamistes» affirme Céline Pina
Les socialistes sortiraient-ils de leur torpeur, de leur idéologie imbéciles, de leurs fadaises suicidaires... et bien non puisque Céline Pina a été menacée d'exclusion du PS après sa dénonciation vigoureuse du Salon de la femme musulmane à Pontoise. En exclusivité, elle s'explique sur FigaroVox.

 

Par Isabelle KERSIMON pour le Figaro.

 Suite à vos propos dans les colonnes du FigaroVox, réaffirmés avec vigueur sur des plateaux télé, Rachid Temal, patron du PS du Val d'Oise, vous a publiquement mise en cause lors d'un conseil fédéral. Le Parti socialiste a publié vendredi soir un communiqué de presse qui a provoqué des réactions négatives jusque dans ses propres rangs. Qu'avez-vous à répondre?

Céline PINA. - J'ai lu le communiqué de presse. Je ne pense pas qu'un texte aussi peu abouti ait pu être validé par le premier secrétaire de mon parti. Pour le reste, je pense vraiment que la question de l'avenir d'une future ex-conseillère régionale PS n'a vraiment aucun intérêt et qu'il serait dommage de se concentrer sur l'écume et d'oublier la vague. Ce qui est en cause ici, c'est l'embarras du politique face à des phénomènes qui préoccupent la société civile. Comme j'ai eu déjà l'occasion de le rappeler, ce qui développe un fort sentiment d'insécurité chez les Français, ce sont moins les attaques des islamistes que le silence de la classe politique…

Vos paroles ont été, en revanche, unanimement saluées par les internautes. Qu'ils soient de droite ou de gauche, ils en ont loué d'une part le courage, et d'autre part, plus profondément encore, la dimension véritablement politique: vous avez insufflé de l'air dans le débat!

Mon discours a rencontré une forme d'adhésion dont je ne suis guère en mesure d'évaluer la profondeur et l'impact dans la durée. Il n'en reste pas moins que je suis encore sidérée par le nombre de messages que je reçois, de partages qui ont lieu sur la toile, de commentaires qu'ils suscitent. À vrai dire, j'avais très peur d'un déferlement de haine. Il n'a pas eu lieu. Bien au contraire. Si mon discours a touché, c'est qu'en effet il répond à une attente profonde de parole et d'action politique ; c'est qu'il entre en résonance avec les attentes et les ressentis de nombreuses personnes.

Ce sursaut politique qui semble être attendu correspond pour vous à une vision essentielle de la République, voire à sa simple survie…Mais les mots et les idées que j'utilise ne m'appartiennent pas. Je les ai puisés dans notre patrimoine commun. Ils sont à moi, à vous, à nous. Ils ont la puissance des rêves qui ont enfanté des mondes. Nous avons tous le pouvoir de les faire vivre. Voilà pourquoi j'invite les citoyens à reprendre la parole. L'autocensure ne nous grandit pas et elle conduit à accepter l'insupportable, à détourner les yeux de ce qui existe. Mais comment ne pas s'autocensurer quand la puissance publique vous abandonne? La peur distillée insidieusement dans les esprits est le plus efficace des bâillons. C'est ce que mettent en lumière l'ensemble des réactions de sympathie qui m'ont été témoignées et qui ont appuyé la cause que je défendais.

Le propre d'une institution, comme un parti par exemple, est de produire du sens et de l'adhésion en transcendant la qualité de ses dirigeants. Mais quand l'institution pâtit du manque de crédibilité de ceux qui l'incarnent, c'est toute notre sphère publique qui est en danger. Car notre promesse républicaine s'appuie sur les institutions (mairies, préfectures, écoles, hôpitaux, partis politiques…) qui la font théoriquement vivre et en détiennent toutes une part. Encore faut-il que leurs représentants en soient convaincus. Sans quoi, faute de vision et de but, il ne reste que la vente à la découpe de faveurs et de passe-droits. C'est alors que nous détruisons notre monde commun.

Une anecdote m'a profondément marquée. J'ai croisé un vieux copain, très engagé chez Les Républicains, qui m'a dit: «On a gagné les municipales, on vous a mis la pâtée aux départementales, on raflera les régionales, puis tout jusqu'à la présidentielle et aux législatives. Après, le balancier partira dans l'autre sens et vous récupérerez tout, jusqu'à la prochaine fois…»

La France en garde alternée, voilà l'avenir politique que certains imaginent, occultant d'ailleurs que le Front national pourrait abréger de manière brutale ces petits calculs. De telles tactiques nous amoindrissent tous. Il y a une quête de spirituel dans le politique. Répondons-y!

Je ne sais pas ce qu'il en est pour chacun, mais pour moi, les 7, 8 et 9 janvier, mon monde a basculé et il y a des choses que je vivais déjà mal avant, et que je n'admets plus du tout aujourd'hui. Puis il y a eu le 11 janvier. Cette force d'un peuple qui se lève et qui relève les symboles de la République. J'ai trouvé cela beau. J'ai pensé aussi que cela nous obligeait, nous, élus, à essayer de porter notre engagement à cette hauteur.

Vous défendez une vision historique du socialisme, qui vous place en désaccord fondamental avec les idées de Terra Nova, notamment sur la stratégie électorale en matière de conquête de pouvoir (s'appuyer sur les minorités: femmes, homosexuels, immigrés…). Est-ce que pour vous laïcité et féminisme sont encore au cœur du socialisme et cette vision est-elle encore partagée?

Le PS n'est pas mon objet. Nous sommes en période électorale, période propice à l'instrumentalisation de toute parole. Je ne voudrais pas que la mienne soit utilisée pour alimenter des querelles qui ne sont pas mon propos. D'autant qu'en matière de stratégie électorale, il semble que beaucoup de gens à droite trouvent les idées de Terra Nova, en la matière, tout à fait exportables.

La liberté acquise par les femmes n'est pas une tolérance, mais la reconnaissance de leur pleine capacité de citoyennes. S'y attaquer, c'est attaquer la citoyenneté car, en France, nos libertés publiques ne sont pas des propositions dans lesquelles on peut faire son marché, mais un socle cohérent où chaque élément accompagne et renforce les autres... Ainsi, derrière l'abandon d'une parole forte face aux atteintes portés aux droits des femmes, ce sont nos libertés publiques, nos fondamentaux que la classe politique ne paraît plus en mesure de défendre.

Dans l'affaire de Pontoise, nos libertés sont directement menacées par un discours politico-religieux totalitaire qui veut régler l'existence de l'homme dans toutes ses dimensions et n'opère aucune distinction entre sphère publique et sphère privée. Cette influence, réelle dans certains quartiers, ne pourra être combattue si l'on n'a à proposer que le cynisme d'un monde matérialiste où l'homme est interchangeable et sommé de se plier à des diktats productivistes. Ce ne serait que changer de soumission pour continuer à être nié en tant qu'être humain.

Or la République a une dimension spirituelle et c'est paradoxalement la laïcité qui la porte. C'est une exigence forte et extrêmement difficile que celle de s'élever au-dessus de nos identités primaires (sexe, statut social, appartenance ethnique, religion, philosophie…) pour définir ce qui nous est commun, un espace où s'exprime ce qui nous rassemble, qui fait vivre les garanties du présent et grandir les promesses du futur.

Nos temps sont troubles mais notre patrimoine est beau, ce n'est pas un décor mais une partie de la pièce. Réinvestissons-le. Et aux gens de gauche, je rappellerai qu'ils ont un mot magnifique dans leur patrimoine: l'émancipation. Un beau mot pour parler d'une humanité en marche.Cette sphère publique est ce que nous transmet à la naissance la communauté des hommes, comme monde intelligible et déchiffrable, pour y installer notre singularité et y forger notre rapport au monde et aux autres. C'est notre héritage, notre bien commun et notre legs. C'est là que s'enracine notre fraternité. Pour moi, le levier de l'intégration se situe là. Que l'on soit né ici ou que l'on vienne d'ailleurs, c'est par l'adhésion à des principes et à un projet que l'on fait peuple. Le principe laïque, ce ferment de l'égalité, avec son idéal de transcendance, nous met tous en position d'habiter et de faire vivre ce monde commun. Là est notre part d'action politique et de création, là se joue notre rapport à la citoyenneté. Ce rapport qui nous rend tous en partie responsable de la beauté du monde.

Ce combat pour l'émancipation n'est pas personnel, il doit être collectif et je n'aspire qu'à une seule chose: que tous ceux qui veulent le mener, individus, partis, associations… se regroupent, échangent, agissent. Nul besoin de pedigree remontant à plusieurs génération pour y prendre part. Quelle que soit son histoire, tout le monde est bienvenu. Car ce qui compte, ce n'est pas d'où l'on vient, mais ce que l'on veut vivre ensemble.

Votre soutenez les musulmans laïcs qui luttent contre le fondamentalisme, la bigoterie, le cléricalisme, et pour l'émancipation des femmes. Ce féminisme universaliste est mis en cause par des mouvements néo-féministes pour qui se conformer aux diktats religieux, c'est être libre.

Je n'appartiens pas à une association féministe, mon féminisme naît de mon sentiment profond d'être l'égale de tout homme. Je ne prétends pas parler au nom de toutes les femmes, mais je défends les droits de toutes les femmes. Et je pense qu'il est impossible de se construire en tant que femme si le rapport au corps est fondé sur la honte. Si le fait même d'avoir un corps vous rend, en soi, impudique et impure.

Quand la virilité est valorisation du corps et affirmation de soi, le rapport à la féminité, lui, impose de dépasser la honte et la malédiction. Pour être supportable dans certaines sociétés, la femme doit devenir invisible, disparaître. Ce surplomb qui pèse sur certaines femmes est insupportable. Que celles qui ne le subissent pas détournent les yeux au nom du respect de la tradition m'est encore plus insupportable. C'est oublier à quel point nos droits sont récents, fragiles et manifestement encore intolérables à beaucoup…

Je soutiens donc, bien sûr, les musulmans laïcs, ceux qui ne se trompent pas dans la hiérarchie des principes et font passer la loi de la République avant les préceptes religieux. C'est le cas de la plupart de ceux que je connais, d'ailleurs.

Je n'oublie pas que certains et certaines ont payé le prix du sang dans d'autres pays en se battant pour la démocratie, les droits de femmes, le recul du surplomb religieux et la violence qu'il légitime de facto.

Vous souhaitez rendre hommage aux Femen pour leur action spectaculaire le week-end dernier.

Si l'affaire de Pontoise a éclaté, c'est bien grâce au courage des Femen. C'est leur action spectaculaire qui a entraîné l'intérêt médiatique, sans laquelle les pires atteintes au droit des femmes sont reléguées au rang des petites misères du quotidien. S'il y a des héroïnes dans cette histoire, ce sont elles.

Rédigé par Gérard Brazon

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