Estrosi, ou la politique roulis-roulas - Par Gabrielle Gluzel

Publié le 24 Novembre 2015

Christian Estrosi s’est dit, dimanche, « choqué par l’attitude de madame Le Pen qui veut faire des musulmans les boucs émissaires de ce que nous subissons aujourd’hui ».
En cause, les propos de Marion Maréchal-Le Pen dans le quotidien Présent : « Il faut que [les musulmans] acceptent d’[exercer leur foi] sur une terre qui est culturellement chrétienne. Ça implique aujourd’hui qu’ils ne peuvent pas avoir exactement le même rang que la religion catholique. Ne serait-ce que parce que nous avons des traditions populaires qui ont des connotations spirituelles qui peuvent s’exercer dans le cadre public, ce qui aujourd’hui ne peut pas être le cas de l’islam. »
Si Christian Estrosi était entouré de bons communicants, ceux-ci lui auraient dit :« Ne va pas par là, Christian, terrain glissant ! »
Car il en est ainsi des devoirs de philo, des créneaux en ville, des manœuvres militaires et des campagnes électorales : les changements de direction in extremiset dans l’affolement se terminent toujours dans le mur. Ne jamais céder à la panique. Panique de se sentir dans une impasse. Panique, en l’occurrence, après les résultats d’un sondage IPSOS donnant le FN vainqueur en PACA, avec 3 points de plus que lors d’un sondage similaire effectué avant les attentats.
Un communicant digne de ce nom aurait dû lui souffler : « Attaque-la autrement, sur sa jeunesse qui est un avantage pendant la campagne mais un inconvénient indéniable, une fois élu, quand on a les mains dans le cambouis et le nez dans les dossiers compliqués, ou sur tel point concernant spécifiquement la région PACA que la fillette maîtrise moins bien qu’un vieux routard comme toi. Mais pas ainsi et pas comme ça ! »
Pas ainsi, car les électeurs traditionnels LR n’y comprennent que couic : les propos d’Estrosi signifieraient donc – soyons logiques -, a contrario, que pour ne point transformer les musulmans en « boucs émissaires », il faudrait donner, en France, « le même rang » à l’islam qu’à la religion catholique, c’est-à-dire, concrètement, lui offrir la même visibilité dans le paysage par autant de minarets que de clochers, la même représentativité dans les jours fériés, les grandes fêtes, les manifestations populaires, les noms de rues, de villes et de villages, les œuvres d’art des musées, la littérature, l’histoire et tant d’autres domaines que la foi catholique a, chez nous façonnés, imprégnés, influencés jusqu’à en devenir consubstantielle ? Mais quel aficionado d’Estrosi, même avec quelques pastis derrière la cravate, signerait pour un tel programme ?
Pas comme ça, parce que si les musulmans, parmi lesquels Estrosi espère glaner quelques voix, ne veulent pas être des boucs émissaires, ils n’aiment guère, sans doute non plus, être pris pour des abrutis : que vient donc leur chanter en battant des cils ce grand serin-là, qui en avril dernier dénonçait sur France 3 la« cinquième colonne » islamiste et évoquait une « Troisième Guerre mondiale »déclarée à « la civilisation judéo-chrétienne » par « l’islamo-fascisme ». La« cinquième colonne » est une supputation quand les racines chrétiennes sont un fait. À tout prendre, les constatations sont toujours moins insultantes que les insinuations.
Oui, un communicant ayant senti le vent aurait dû le prévenir que la politique roulis-roulas – « trois pas en avant, trois pas en arrière, deux pas sur l’côté, deux pas de l’autre côté » – n’allait l’emmener, avec ses grands entrechats, qu’à se casser la margoulette avec fracas.

Rédigé par Gérard Brazon

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michadri 24/11/2015 21:51

Estrosi sent le vent tourner et cela n'est pas bon pour les traitres de la droite molle.

segond 24/11/2015 18:19

bonsoir ,
comme vous dites monsieur estrosi , Marion Le Pen est peu-être une petite fille mais , elle au moins elle sais ce qu'elle dis , et en plus vous êtes surement d'accord avec elle , mais voilà votre courage vous empêche de l'accepter ,