Je suis « proche » de l’extrême-droite, je suis donc en enfer - Par Jean Sobieski

Publié le 2 Novembre 2015

« Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance ». Tels sont les premiers mots de l’Enfer de Dante. À Joseph Scipilliti, qui savait parfaitement tout cela. Et qui en est mort l’épée à la main.

Alors ainsi, l’extrême-droite, c’est moi. Enfin, presque. Je suis plutôt « proche de l’extrême-droite » à ce qui se dit. L’Enfer est pavé de ces approximations-là. Allez, Jean, courage. Traverse bravement les flammes qui lèchent ton bucher. Elles ont des noms : raciste méprisant, ignoble anti-sémite, prêcheur de haine xénophobe, machiste. Ça brûle la plante des pieds, tout ça d’un coup, pas vrai ? C’est étrange pourtant. J’ai justement laissé mes souliers à l’entrée d’une mosquée, là où, très précisément, j’ai entendu les propos racistes en question, les paroles anti-sémites pointées du doigt, les menaces xénophobes dénoncées et le mépris pour la femme en général. Même que je les a retrouvés sur Internet, tels quels, proférés par des barbus sous serviettes à carreaux. Erreur ! En fait, c’est de moi qu’on parlait, et c’est pour ça que je suis en Enfer sur ordre des gérants du moment, en compagnie du Front National et quelques électrons libres capables de tenir encore debout face à la vague puissante du conformisme. C’est très injuste, pour ne pas dire scandaleux.

Moi l’extrême, le pelé, le galeux, je ne parle pourtant ici ni des races, ni des Juifs, ni des étrangers assimilés, ni des femmes. Je parle de la France qui contient tout cela et par quoi elle a très longtemps conforté son génie et sa paix civile. Je parle de l’amour que j’ai pour elle, pour ses couleurs. Je l’appelle patrie, est-ce une insulte ? Je la prétends nation, dois-je bannir ce mot de mon vocabulaire ? Je la sens pays, terre, racine profonde, femme-matrice que je respecte infiniment. Dois-je renier ce sentiment puissant d’exister par elle et pour elle, moi son enfant, son citoyen, son inlassable défenseur ? Cela dans le seul but de plaire à ceux qui, de Doha à Wall Street en passant par Paris 6è, ont décidé de l’annihiler ?

Juste au-dessus de ma pauvre tête en flammes se tient le Purgatoire. C’est un chaos d’opinions concordantes sous les masques de la division, un cloaque où barbotent, au pied du Mur des Cons, ceux qui redoutent d’être déportés plus bas et ceux qui piétinent aux marches de l’étage supérieur. C’est la mare aux ambitieux et aux lâches, aux spadassins et aux petits malins, aux félons authentiques et aux traîtres en puissance. On y trouve pas mal de crétins congénitaux, un assez joli lot d’idiots utiles (leurs cousins par la branche manip), ce qu’il faut de refoulés, de pervers, de pleutres, de Concinis et d’auto-satisfaits, le tout oint par la courtisanerie tant préfectorale qu’épiscopale, avec un zest de militaire et le liant judiciaire idoine, le tout dans une sauce universitaire très pimentée à l’harissa. Comme son nom l’indique, le Purgatoire est le lieu où l’on libère la diarrhée qu’ont les gens d’être, comme disait je ne sais plus qui, « célèbres pendant vingt minutes« . À ceci près que les candidats à ce jeu dégradant s’agitent au bout des ficelles que tirent les locataires du dernier étage.

Eux sont au Paradis. Tandis que je me consume avec quelques autres dans les brasiers de la honte patriote, ils respirent les éthers divins du pouvoir apatride. Il y a là un trio de musiciens hors-pair. Au piano et dirigeant les autres de derrière un épais paravent, la gens d’argent sans autre patrie que son golem dérisoire et puant ; à la batterie, bruyant et servile, mendiant à genoux la pitance que lui sert son bailleur de fonds comme d’autres satisfont les messieurs derrière les arbres du Bois de Boulogne, le faiseur d’écho des médias (costumes de Donald Cardwell, décors de Roger Hart) ; au violon, maître de ce qu’il pense être son jeu, l’éminence grise, l’expert en conseils multi-cartes, l’agent de toutes sortes de commanditaires-pourvu-que-ça-paye, porte-coton guettant l’étron du maître ou de la patronne pour en nettoyer les traces après en avoir humé à loisir le parfum.

Tous ceux-là, rassemblés en groupement d’intérêt économique sous l’auréole commune, sont les Intouchables, les seuls, les vrais.

Les politiques, me direz-vous ? Des spectres. Ils sont ailleurs, interchangeables, éphémères et stupidement livrés au vote des insectes qui en prime les piquent de toutes parts. Je ne désespère pas d’en voir quelques uns me rejoindre dès lors qu’ils auront fait leur deuil d’une résidence pérenne chez les Grands-Non-élus-d’en-Haut. Venez, amis, là où je suis, j’ai de quoi chauffer tout le monde. Mais attention ! Pas les petits nazillons de l’extrême-crasse ! La Gauche française a aimé Staline, Pol Pot, Mao, Mengistu, Hitler même par la voix de ses transfuges Déat, Doriot, Laval. Ses milices « antifa », prêtes à mourir pour lui, adorent déjà le Calife. Ces gars-là ont besoin d’un tuteur-tueur fiable. C’est pour eux et pour leurs financiers, le Salut, dans la continuité de la soumission. Un cauchemar brun cagoulé, masqué, lunettes de soleil et coup par derrière dès que tu lui tournes le dos. Je n’en veux pas à mes côtés, même en Enfer.

Reste la France. Pauvre et grande chose. Elle est comme les paniquards censés périr pour elle. Ailleurs, en fuite. Sauf que je la sais mourante. Elle ne brûle pas en Enfer, elle ne grenouille pas au Purgatoire, elle ne rayonne pas sous le soleil du Paradis. Elle est six pieds sous terre, enterrée vivante, asphyxiée, criant grâce et réclamant un peu d’air. L’aléa est son sort. Il n’est aucune illusion à se faire. Ce siècle scellera son destin : soit quelques dizaines de lustres de plus à espérer vivre dans des semblants de liberté, soit la fermeture définitive de sa tombe avec, pour l’éclairer de temps à autre, le croissant blême, psalmodiant le bizarre venu d’Orient, d’une lune fossoyeuse.

Jean Sobieski

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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