En Suisse, c'est comme en France, la hiérarchie policière a les mêmes travers.

Publié le 21 Décembre 2015

bonfanti

On laissera à d’autres le soin de décider si Mme Monica Bonfanti est le plus mauvais patron que la police genevoise ait connu; ce qui est sûr, c’est que sa gestion des événements et sa communication sont clairement nuls. Au point qu’on ne serait pas étonné de sa prochaine éjection, si elle n’a pas le bon goût de démissionner.

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Les ravages épouvantables provoqués par une poignée de casseurs dans la nuit de samedi à dimanche sont peut-être la goutte qui a fait déborder le vase, et les explications de Mme Bonfanti, dimanche soir sur La Première, étaient à la fois surréalistes et irrecevables, tout comme l’était le ton utilisé pour répondre au journaliste.

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Mme Bonfanti est coutumière de la méthode: elle commence par dire aux journalistes qu’ils sont des menteurs, et qu’avec une présentation mensongère des faits, ils font croire des choses inexactes aux auditeurs et lecteurs. Pour un détenteur d’autorité, ce n’est pas une façon très efficace de communiquer avec le public, c’est même une faiblesse, surtout si, comme c’est tout de même généralement le cas, les journalistes ont fait une présentation correcte des faits.

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Comment la responsable de la police peut-elle affirmer sans nuance que la situation a été parfaitement gérée, alors que le centre ville de Genève était littéralement sinistré dimanche matin ? Elle s’est embarrassée dans des circonlocutions absurdes sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’une manifestation, mais d’un rassemblement. La belle affaire! Ce qui nous intéresse, c’est que les casseurs ont pu casser à loisirs, alors que la police, présente 90 minutes plus tard sur le théâtre des opérations, n’a rien fait pour éviter les dégâts, ni n’a tenté la moindre arrestation ! Libres comme l’air, les casseurs, merci Madame !

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Mme Bonfanti a expliqué que la police s’était tenue à carreau pour ne pas aggraver la situation. Tactique justifiée dans certains cas, mais enfin, les manifestants n’étaient que 500, ils n’était pas 1’000 ou 12’000, et leurs intentions étaient connues de la police depuis deux jours. Or la mission de la police, comme elle l’a rappelé elle-même, est de protéger les personnes et les biens, mission à laquelle elle a clairement failli en l’occurrence. En ce sens, le satisfecit qu’elle s’auto-décerne est insupportable.

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On ne peut pas, comme le fait Mme Bonfanti, se réclamer des suites judiciaires qu’il y aura dans les mois à venir, pour rejeter les critiques face à ses erreurs tactiques. Ni se prévaloir des visites que les policiers de proximité feront auprès des commerçants dont le magasin a été saccagé, «pour leur expliquer comment déposer plainte». Lesdits commerçants auraient certainement préféré qu’on protège leurs vitrines, plutôt que de voir débarquer les pompiers une fois que tout à brûlé.

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D’autant qu’on ne doit pas se faire d’illusions sur les résultats de ces prétendues suites judiciaires: d’abord il faudra identifier les responsables des déprédations – masqués ou cagoulés, ce ne sera pas facile -, puis prendre acte dans quelques mois ou années de jugements lénifiants et de sursis divers appliqués à des personnes qui auront toutes sortes de circonstances atténuantes. Donc, rien à attendre.

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Mme Bonfanti aurait mérité quelque indulgence si elle avait reconnu avoir tant soit peu mal évalué et mal géré l’affaire. Mais son déni de l’évidence, sa satisfaction affichée face à un ratage spectaculaire démontre hélas qu’elle n’est pas à la hauteur. Genève a une image à défendre, et de tels événements sont dévastateurs pour cette image. Sa démission spontanée éviterait au gouvernement genevois un nouveau psychodrame.

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Philippe Barraud

Rédigé par Gérard Brazon

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