Le sens de l'histoire contrarie les idéologues Par Ivan Rioufol

Publié le 2 Mai 2016

Oui, les faits sont têtus. Ayant été de ces quelques journalistes (les doigts d’une main devraient suffire) qui, depuis des décennies, ont alerté isolément sur l’immigration de peuplement, l’islam politique, le multiculturalisme, le somnambulisme des dirigeants, la lâcheté des bons sentiments, l’instrumentalisation des droits de l’homme, je sais ce que ces mises en garde m’ont valu de haussements d’épaules, d’insultes et de kahnneries dans Marianne, de caricatures en franchouillard halluciné, d’exclusions des débats médiatiques bien peignés.

Or, jamais la remarque d’Arthur Schopenhauer, que je rappelle dans La guerre civile qui vient, n’a été aussi vraie : "Toute vérité franchit trois étapes. Tout d’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis elle est considérée comme ayant toujours été évidente". La troisième étape n’est pas loin d’être franchie.

Quelques exemples, glanés ces derniers jours de vacances d’avril. Le Monde du 27 avril accorde une place de choix au livre de Géraldine Smith dans lequel, femme de gauche, elle déplore son propre aveuglement volontaire face à l’emprise islamiste de la rue Jean-Pierre Timbaud, à Paris. Certes, le quotidien s’effraie encore un peu  des "remarques contestables sur l’islam" que la journaliste émet parfois, mais il lui donne néanmoins l’absolution : "Sous-entendre qu’elle est islamophobe (…) serait abusif".  Dans FigaroVox, Géraldine Smith reconnaît : "Ma génération a transformé en une religion intouchable la "culture de l’Autre" alors que la nôtre devait être librement négociable". Laurent Joffrin, qui dressait il y a peu des listes de "néo-réacs" et de "néo-fachos" coupables de ne pas se plier devant l’islam et de parler comme Mme Smith, dénonce à son tour (Libération, 29 avril) la "naïveté" de ceux qui ne veulent pas voir dans le voile islamique la marque de la domination masculine sur le corps féminin. Le voilà en soutien de Soufiane Zitouni,ce professeur de philosophe qui reconnaît l’existence d’un "antisémitisme islamique, si présent dans de nombreuses familles musulmanes depuis des siècles, et à notre époque plus que jamais, hélas". Les lecteurs fidèles de ce blog connaissent aussi cette évidence depuis longtemps...

 Cependant ces quelques cas anecdotiques, s’ils illustrent bien la déroute des idéologies face aux réalités, ne sont rien en comparaison de la vague de rejet massif par l’opinion de l’immigration de peuplement, de l’islam politique, du multiculturalisme, ces sujets dont il était de bon ton d’assurer naguère qu’ils n’intéressaient personne hormis quelques esprits étriqués et nonomaniaques. "Les socialistes, grands déçus de la politique", titrait Le Monde, jeudi. Alors que les "déclinistes", ainsi nommés par le Système pour faire taire leur tocsin,  étaient la cible principale du "progressisme", l’étude 2016 sur les Fractures françaises  fait apparaître que  seulement 31% des sympathisants socialistes pensent que la France "n’est pas en déclin". Selon cette même étude, 65% des Français estiment qu’il y a trop d’étrangers en France. Le rejet de l’Union européenne, construite justement sur l’immigration de peuplement, procède de ce même refus de cautionner une politique d’immigration sacralisée par des commissaires européens non élus. 

Le Figaro de vendredi a mis au jour pour sa part l’image dégradée de l’islam, en France et en Allemagne. En France, 63% des sondés estiment que "l’influence et la visibilité de l’islam" sont "trop importants" (48% en Allemagne). Même les sympathisants socialistes se disent, à 55%, opposés au port du voile "dans la rue". 52% des Français se disent également opposés à la l’édification de mosquées (49% en Allemagne).

Quand Barack Obama dit dernièrement d’Angela Merkel que la chancelière allemande "est du bon côté de l’histoire" dans l’accueil des migrants, le président des Etats-Unis affiche son profond mépris pour les peuples européens qui voient très bien les dangers que recèlent, pour l’avenir des cohésions nationales, l’immigration de masse, l’islam conquérant, la confusion entre l’autre et le même.

Si l’angélisme des faux gentils perdure jusqu’à attiser les rejets entre communautés, le sens de l’histoire rejoindra l’Autriche dont les citoyens, contre toute attente, ont placé un candidat du FPÖ, Norbert  Hofer, nettement en tête du premier tour de l’élection présidentielle. Marine Le Pen s’est empressée de féliciter ses "amis du FPÖ" pour ce "résultat magnifique". La droite officielle, elle, continue de dormir du sommeil du simplet.

Rédigé par Gérard Brazon

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