Une élection se gagne à la marge : Marine Le Pen l’aurait-elle oublié ?

Publié le 4 Mai 2016

Par  pour bd Voltaire

Il y a quelque chose d’assez fascinant dans la manière dont Marine Le Pen sabote avec conscience ses chances de gagner l’élection de 2017. Et les événements du 1er Mai confirment que la droite nationale n’est pas près de s’installer à l’Élysée, à moins d’un sursaut auquel, en ce qui concerne le FN, il devient de plus en plus difficile de croire.

La mise à l’écart du Menhir était nécessaire, compte tenu de son incapacité à se taire et de ses provocations permanentes. La manière dont elle été opérée est critiquable, et le patriarche n’a pas manqué d’en jouer, avec le talent oratoire qu’on lui connaît. Alors qu’il fallait le neutraliser en conservant quelques liens, sa fille a préféré la manière brutale. Le père s’en délecte, évoquant encore, dimanche soir, le fait qu’il n’a pas peur de la « Gestapette » (rire gras) : la finesse de l’allusion n’aura échappé à personne…

Au moins cette retraite bien méritée aurait pu permettre de gagner au sein de la droite « classique » les voix qui se détournaient du FN à cause de Jean-Marie. En réunissant autour d’elle une équipe incluant quelques membres de la vieille garde au profil bourgeois-compatible, Marine Le Pen pouvait rassurer cette frileuse bourgeoisie en mal de respectabilité et lui montrer son souhait de mettre en œuvre un projet dont l’Algérie française et l’antigaullisme à la papa serait passés de mode. Certes, elle a résolument tourné cette page d’Histoire. Mais, influencée par l’inquiétant Florian Philippot, la présidente du FN s’est engagée dans une voie jacobine, laïcarde et républicaine. Au lieu de capitaliser sur les déceptions et les mécontentements de son électorat potentiel en lui proposant un programme de droite, elle s’évertue à faire le grand écart dans une position ni droite-ni gauche illisible.

Une élection se gagne à la marge : en méprisant le mouvement né en 2013 de La Manif pour tous, Marine Le Pen se prive de quelques centaines de milliers de voix. Certes, la question de la loi Taubira, aussi importante soit-elle, n’est pas l’alpha et l’oméga de la politique française. C’est la position de Philippot. Mais il faut être aveugle pour ne pas voir que ces manifestants ont contesté bien plus qu’une loi imbécile : c’est tout un système perverti par le libertarisme qu’ils ont dénoncé, en comprenant bien – n’en déplaise aux cathos de gauche qui les insultent à longueur de blog — le lien étroit entre la marchandisation d’une société libérale devenue folle et l’abandon des piliers traditionnels de la société humaine. Il fallait aller chercher ces électeurs-là, qui ne demandaient qu’à être entendus, au lieu de les laisser à des candidats respectables mais incapables de se hisser jusqu’au premier tour en 2017. En dépit des avertissements, Marine n’a rien entendu.

La question économique, souvent évoquée, constitue toujours un repoussoir pour une grande partie des électeurs de droite. Ceux-là non plus ne donneront pas leur voix à une candidate qui prendrait comme Premier ministre le susnommé Philippot…

Pendant ce temps-là, l’ex-UMP se prépare à faire élire un centriste libéral bon teint,(Ali Juppétin? ndlr G.B) qui prolongera les désastreux quinquennats de ses deux prédécesseurs.

Au fait, verrons-nous Jean-Frédéric Poisson au Rendez-vous de Béziers ? Quand on lit ses propositions, on se dit qu’elles ressemblent fort à celles d’un Front national revenu aux fondamentaux. Chiche ?

Rédigé par Gérard Brazon

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