Lille: la concurrence des misères Entre migrants et locaux, une cohabitation difficile. Par Olivier Prévôt

Publié le 20 Décembre 2016

Dans un quartier très populaire de Lille, les jeunes migrants africains coexistent de plus en plus difficilement avec les pauvres de souche.

Parc des Olieux à Lille, août 2016.

Le jardin des Olieux, au carrefour des rues Lamartine et d’Avesnes à Lille, on en parle depuis mars 2015. Ce campement de migrants, qui a accueilli jusqu’à 150 mineurs isolés sur un coin de parc public, n’en finit pas de semer la zizanie entre représentants de l’État, élus et associatifs… jusqu’à ce que la justice s’en mêle… et donne raison aux sans-papiers.

Pourtant, tout a commencé bien avant l’installation du campement. Dès 2013. À une centaine de mètres du campement, au temple protestant, rue d’Arras.

Le bon pasteur

À cette époque, le pasteur, Christian de la Roque, décide d’accueillir, pour une nuit, un jeune Congolais pour lequel on n’a trouvé aucune autre solution d’hébergement. Il sera « le tout premier ». Un tapis et un sac de couchage à même le sol de la salle de culte, l’accès au WC, à une cuisine. « Pas le quatre-étoiles, mais mieux que les 1 000 du dehors », raconte aujourd’hui le pasteur. Très vite, d’autres jeunes suivront : d’abord trois ou quatre, rapidement une quinzaine.

Christian de la Roque assure que son geste n’avait rien à voir avec un engagement politique. Il a plutôt le sentiment d’avoir suivi les commandements de sa foi. A-t-il, en ouvrant la porte de son église, créé un appel d’air ? Il ne le croit pas, mais reconnaît là l’argumentaire préfectoral. Il pense plutôt avoir révélé une présence longtemps invisible, celle des mineurs isolés, souvent originaires d’Afrique noire, arrivés en France par voie terrestre ou aérienne. « Pour autant que je sache, 10 % d’entre eux sont passés par Roissy ! » Comprendre : que chacun fasse son boulot et qu’on ne demande pas aux hommes d’église de garder nos frontières.

Au départ, l’accueil au temple fonctionne bien. Et même « en autogestion ». Le pasteur n’offre pas les chandeliers comme le curé des Misérables, mais il fait confiance à ses hôtes et les laisse tirer la porte derrière eux quand ils partent le matin. « Les règles sont strictes : rangement et ménage le matin », indique ce fils de militaire. Tout juste arrivés d’Afrique où l’on respecte la figure du pasteur, les jeunes s’y plient. La plupart, en tout cas. Mais un soir de 2014, la situation dérape. Quelques garçons font du grabuge, les autres laissent faire. Pour marquer le coup, le pasteur décide d’une sanction collective : le temple leur sera fermé pendant trois jours. Dans la nuit, les jeunes investissent la salle d’attente des urgences de l’hôpital voisin. Débordés, les médecins informent les autorités… qui demandent elles-mêmes au pasteur de rouvrir son accueil !

Courant 2014, de plus en plus de jeunes migrants affluent. La salle de culte finit par recevoir jusqu’à 50 personnes. Et on refuse du monde. La situation devient intenable. Christian de la Roque alerte les associations caritatives. La Société de Saint-Vincent-de-Paul met à disposition un local et accueille à son tour une quinzaine de jeunes. Mais la demande continue, inexorablement, de croître, « comme s’il en surgissait de partout », me dira-t-on, « alors qu’officiellement il ne se passe rien » : il est vrai que la vague migratoire ignore l’Hexagone, comme autrefois le nuage de Tchernobyl…

L’Etat et les associations

Dans les faits, à l’hiver 2014-2015, tout le monde est débordé. Les associations bricolent des solutions d’urgence : l’accueil Le point de repère offre le petit déjeuner, le centre Ozanam, un sandwich le midi. Pour plus de 100 jeunes, chaque jour. C’est à ce moment-là que la défiance s’installe entre les autorités et les associations. Les pouvoirs publics ont le sentiment que les associations créent le problème (la générosité provoquant le fameux « appel d’air »). Celles-ci s’aperçoivent que l’État et le département, tout en les finançant à plus des deux tiers, se défaussent de leurs responsabilités et attendent que l’orage migratoire passe. Décider de quoi que ce soit serait reconnaître qu’il existe un problème.

En mars 2015, après des mois d’immobilisme des autorités, Christian de la Roque cesse de jouer le jeu. Il décide de fermer son accueil de nuit à l’église.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue, #Politique Française

Repost 0
Commenter cet article

jean-luc 20/12/2016 21:43

Merci pour cette information. Nous ne pouvons que constater la nullité de nos dirigeants et des journaleux. Pauvre France, tu ne seras jamais citée dans la Bible mais tu auras connu, toi aussi, ton lot de calamités.