Rubrique: Nouvelle fantastique - Même les serpillières ont une vie.

Publié le 7 Mai 2008

 

Délire, Vérité ou Hallucination !

  J’étais assis derrière mon bureau lorsqu’un homme entra et me dit

 - « Bonjour docteur  comment allez-vous ?»

  - « Bien, lui répondis-je mais…je ne suis pas docteur ! »


 
-  « Ah elle est bonne celle là docteur! Il faut que je vous raconte ! »

 
Il s’allongea sur le canapé, prit ses aises et me dit :


- 
« Docteur c’est une drôle d’histoire qui m’est arrivée. Pensez-vous que l’on puisse être persécuté par une serpillière ? »

 -  « A priori non, lui répondis-je stoïque,  mais il faut sans doute aller consulter un psychologue ! » 
- « Ah, vous me testez docteur? Ce n’est pas drôle !
Un soir de grande fatigue, vous apparaît parfois quelques vérités au détour d’une rue, en haut d’un escalier ou d’un bureau! Je vous raconte ! »


Consterné et amusé devant l’aplomb du « patient » et sa logorrhée verbale. Je m’installais dans mon fauteuil pour mieux l’écouter. Après tout, cela allait me changer les idées.


- « Hier soir, commença t’il,  il m’est arrivé une curieuse aventure ! Etait-ce un mauvais rêve ? Pour moi, c'était un cauchemar. J’ai rencontré une serpillière !
Non, je vous en prie, ne riez pas ! »


Il me coupa net dans mon début d’hilarité !


 
- « Savez-vous, poursuivit-il, ce que c’est une serpillière ? »

 
- « Bien oui, Un bout de tissus absorbant l’eau et servant à nettoyer les sols ! Une vague chose qu’on peut laisser dans un coin, au pied d’un lavabo ou d’une toilette. »

 
- « C’est cela, la femme de ménage la met au bout d’un balai brosse et peut nettoyer chaque recoin de couloirs, chaque marche d’escaliers! En fait, on les trouve partout ! Dans des appartements, des maisons, des Ministères, des Préfectures et même des Municipalités ! C’est tout dire!  En principe, il ne se passe rien d’autre avec une serpillière ! Mais parfois, elles ont une vie !


- 
Une vie lui répondis-je ! Comment cela une vie ?

L’homme paraissait revivre son histoire. Ses yeux s’affolaient. Ses doigts se crispaient et s’appliquaient une lente et longue torture. J'avais mal pour lui !

 - Ne m’interrompez pas sans cesse me dit-il ! Oui, je l’affirme, elles peuvent prétendre, de temps en temps, à remplacer la brosse voire  le balai lui-même et même au plus fort de la crise la femme de ménage !  En fait, on ne se méfie jamais assez d’une serpillière ! C’est traître je vous le dis!  Elles vous font bonne figure et vous pensez qu’elles sont innocentes et serviles. Que vous pouvez en faire ce vous voulez mais… quand le Diable décide de changer les règles.
 

Nous y étions ! Il croyait au diable.  l’homme était maudit. Bigre ! J’étais mal parti. Un coup d’œil vers le téléphone. Un autre sur la pendule. Est-ce que la secrétaire était déjà partie ? Pourquoi l’a-t-elle fait entrer bon sang ? Surtout pas de panique ! Respire…

 
- "Vous m’écoutez docteur" ?

- "
Heu oui, oui bien sûr "!


- "Bref, poursuivit-il, hier soir, j’en ai rencontré une dans un petit bureau minable ! Déposée là sur un fauteuil ! Curieux tout de même.
Au début, elle était normale. Une serpillière classique mais très vite, sa nature diabolique est apparue ! Elle bougea, puis se gonfla peu à peu, elle enfla tant et si bien qu’elle occupa toute la place sur le fauteuil. Puis, elle prit rapidement une apparence humaine !
Je fus  stupéfait et effrayé par la transformation docteur!
Elle s’esclaffa et ricana de mon air étonné et m’ordonna de m’asseoir. Puis, elle prit la parole et me dit des choses ignobles venant tout droit des dernières toilettes qu’elle avait lavé. Son haleine était pestilentielle comme ses propos! Sa méchanceté n’avait d’égale que son ignorance des choses. De petits yeux laissaient passer un flot de haine et de mépris. Je vis tout de suite en elle la volonté de dominer et d’asseoir une autorité que j’ai qualifiée, instinctivement, de  maladive. Une volonté d’être autre chose qu’une simple serpillière!
- « Ah si le destin l’avait voulu elle aurait pu être autre chose » me disait-elle!  Même une brosse à reluire. »
Elle aurait même sûrement accepté d’être une brosse à chaussure tant elle avait l’habitude de les fréquenter et de brosser tout ce qui passait à côté d’elle et qui pouvait lui être utile !  Mais décidément, passer ses journées à laver les abus de toutes sortes, essuyer les vomis, les oublis des chiens de quartier et côtoyer l’infâme chaque jour, c’était beaucoup trop désormais. Et puis, se faire marcher dessus en permanence et tordre sans délicatesse lui déplaisait vraiment! Alors forcément, elle avait passé un pacte avec le diable!

Re-coup d’œil sur la pendule et la porte. Sait-on jamais…

Ah je sens bien que vous êtes dubitatif docteur !


Je ne pris plus la peine de lui dire que je n’étais pas docteur ! Il ne m’écoutait plus tant il était pris par son récit fantastique.
 
- « Devant le ruissellement de ses propos haineux j’ai pris la fuite! Mortifié mais respirant enfin, un air pur ! Son odeur resta longtemps collée à mon souvenir !  

Depuis, je suppose qu’elle est revenue à son état d’origine. Qu’elle doit être quelque part  dans un couloir à se traîner. A faire bonne figure. Mais en fait je l’ignore docteur. Vraiment, je l’ignore. Il m’a semblé la reconnaître en humaine un soir dans une salle de sport, dans un couloir !  Mais je n’en suis pas sûr !

Depuis, elle m’obsède ! Désormais,  j’évite les petits bureaux minables où traîne, dans un coin, une serpillière !


Ouf, je n’ai pas de serpillière dans mon bureau. Et puis, après tout, il n’est pas minable mon bureau!


-
« C’est grave docteur. »

- «  Et bien dis-je, en me raclant un peu la gorge, tout n’est pas parfait bien entendu, comme d’ailleurs rien n’est impossible voire même que nul n’est tenu à cet impossible, et donc qu’il ne faudra probablement pas forcer le destin et que bon an mal an il y avait de l’espoir, etc.

En fait, je ne savais pas quoi lui dire. Je brodais autour du sujet. Il me regardait fixement l’oeil interrogateur.
Puis, il éclatat d’un grand rire, changea de couleur, se rapetissa et devint informe sur le canapé. J’étais stupéfait.

La porte s’ouvrit et je sursautais de frayeur. Mais ce n’était que Clara, la femme de ménage qui entrait pour me reprocher de lui avoir encore caché sa serpillière.

 
- «C’est pas possible monsieur, comment voulez-vous que je travaille ? »

-  « Tiens, je n’étais plus docteur pensais-je ! » 

- "Non vraiment ce n’est pas possible. La dernière fois, je l’ai retrouvé sous votre bureau. C’est bien le diable si je comprends quelque chose à ça.
 

Ensuite, elle se précipita sur mon patient qui était encore sur le canapé et le plongea directement dans son seau. Elle me fit un clin d'oeil puis partit en claquant la porte. Au loin, j’entendis comme un rire… Décidément, il est temps que je m’en aille.   

Gérard Brazon
Cette histoire n’est pas réelle. Toutes ressemblances avec des  personnes existantes ou ayant exister ne peut être que fortuite !

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

Commenter cet article

monique 04/06/2008 18:00

tu as été très inspiré suite à cette rencontre 'minable'

Gérard Brazon 06/06/2008 15:08


Il se trouve que je l'a renconre parfois dans la rue!
Elle sait ce qu'elle a dit et fait. Pour moi c'est un répulsif! 


elisabeth 10/05/2008 23:34

Bonsoir Gérard,
Oui je t'ai demandé si c'était toi qui avait écrit cette histoire pour te féliciter ! Voilà pourquoi, je voulais être certaine de bien féliciter l'auteur. Bravo, elle est marrante ton histoire.

Gérard Brazon 09/05/2008 18:07

Heu ben oui, c'est moi qui l'ai écris cette histoire Elisabeth. Pourquoi cette question? Autrement j'aurais cité l'auteur. Voici pourquoi.
Un soir d'hiver, suite à un rendez vous j'ai été reçu dans un bureau minable, par une personne minable, qui m'a tenu des propos minables. J'ai compris que cette minable personne exprimait en fait, de manière démagogique et minable, sa crise existentielle. Son besoin d'exister. Son ambition de s'élever au dessus du manche à balai auquel elle était soumise. J'étais peut-être l'un de ceux qui pouvait la géner sans doute.
C'est écoeuré par sa puanteur, par son ignorance de l'âme humaine, sa bètise et sa gouardise que j'ai fui ce minable personnage. Il m'en est resté l'idée de la serpillière.
Je déteste ce genre de personnage. A la fois lèche bottre, brosse à reluire, papier toilette, serpillière. Il ne faut jamais leur donner de responsabilités. Ils ne sont pas fiables et vous tirent dans le dos dès que possible. Avec le sourire...

elisabeth 08/05/2008 22:45

C'est toi qui a écrit cette histoire ? Ou bien tu l'as trouvée dans un des livres que tu lis en ce moment.
En tout cas c'est bizarre cette histoire .... Bon week end Gérard et merci de m'avoir emmenée là...

Annie 08/05/2008 00:43

Je crois que je ne regarderai plus ma serpillère de la même façon maintenant. Je lui tordrai les fibres plus délicatement
Bisous