2012 : quelle est la méthodologie du PS ? - Par Chantal Crabère.

Publié le 31 Mars 2011

par Chantal Crabère

             Pour les sympathisants du PS il n’avait pas été facile de comprendre le cheminement du parti lors de l’élection à la présidentielle de 2007. Difficile désignation, par les adhérents, d’un candidat qui avait finalement été une candidate. Ségolène Royal, à qui l’on avait reproché de s’affranchir du parti était allée chercher  sa légitimité  sur le terrain au contact du peuple, sans demander vraiment l’avis du parti et avait emporté sa désignation sur le fil au finish, en la jouant perso. Reconnaissons-lui le mérite d’une campagne courageuse, tant ses chers petits camarades lui avaient tiré le tapis sous les pieds. Elle s’était engagée sans aucun  soutien de son groupe, rappelons-nous  des douceurs machistes de Jean Luc Mélenchon : «  la  Présidence de la République n’est pas un concours de beauté », ou celle de Laurent Fabius : «  Qui va garder les enfants ?».  Elle avait, avec une petite équipe, créé une dynamique et un site : « désir d’avenir » sur lequel elle sollicitait le Français lambda afin qu’il apportât suggestions et/ou projet innovateur ce qui était, tout de même, un signe d’ouverture et d’écoute.

           Aujourd’hui, comment expliquer que le désamour des Français pour Nicolas Sarkozy et l’UMP ne profite pas  au PS ?  Au-delà des appréciations de fond sur l’abandon de valeurs  fondamentales de la gauche, et sur lequel Riposte laïque a déjà longuement disserté n’y a-t-il pas aussi une difficulté de compréhension, pour ceux qui voudraient participer aux primaires en faveur de ce parti, un manque de lisibilité méthodologique ?

          Qu’est-ce qui a  changé pour 2012 ? Depuis un moment Martine Aubry martèle dans les médias que les têtes pensantes du parti travaillent pour construire un projet PS et avancer des solutions sur TOUS les sujets, dont acte. Mais alors comment va s’articuler la compétition entre tous les prétendants à la désignation ? Va-t-on demander au candidat (e) désigné(e ) de porter l’intégralité du projet élaboré en commun ? Pourra-t-il/ elle n’en prendre qu’une partie et refuser de cautionner des éléments avec lesquels il/ elle ne serait   pas d’accord ? Peut-on croire à une véritable entente cordiale alors qu’on sait très bien que les divergences sont profondes entre tous les courants et les candidats ? Le  projet estampillé PS  de quoi sera-t-il le bilan, et qu’adviendra-t-il au cours des mois à venir ?

        Ne vaudrait-il pas mieux que les candidats réfléchissent à leur projet pour la France ? Ils le font sans doute aussi, dans leur coin, puisque chacun y va de son livre (1), et a une équipe perso de fidèles. Ne serait-il pas plus logique que les militants puissent associer un projet à une personne ? Faut-il au contraire dissocier projet et personne ? Est-ce que cela signifie que le projet PS, immuable et défini par le groupe devra être obligatoirement accepté par le prétendant (e), auquel cas pourquoi ne pas désigner  l’élu( e) par simple tirage au sort, et suivant la formule consacrée ouvrir une enveloppe : « le gagnant est » ? Ne s’achemine-t-on pas d’ailleurs vers cette solution si la personnalité miraculeuse s’avère être DSK ?

Il y a là un point de méthode qui est particulier au PS et qui est un peu curieux, et source de bien des questionnements.  Les autres partis s’acheminent plutôt vers un projet, une personne.

Si le PS arrive au second tour, il y aura aussi les marchandages d’alliance avec le Parti de Gauche, les Verts, le  PC, etc.. pour un grand rassemblement. Quelles incidences auront ces discussions  sur le projet PS ? Au-delà  des promesses de postes  ministériels il y aura des questions  de fond, notamment avec les Verts, qui réussissent assez bien dans les cantonales, et qui vont sans doute chèrement monnayer leur soutien,  le nucléaire par exemple sera le sujet sensible. Ne serait-il pas honnête, avant le premier tour, que le PS annonçât les points sur lesquels il pourrait bouger. Si le PS doit composer avec les autres, l’attelage ne risque-t-il pas de tirer à « hue et à dia » ?  Mélenchon pourrait-il se renier complètement et venir sous la coupe d’un candidat potentiel PS qui pourrait être DSK (actuel chouchou des médias et des sondages) ?

Que va-t-on privilégier alors, le projet, la personne, la nécessité  des alliances ? La stratégie du PS doit se préciser car elle manque de clarté.  Outre que l’ouverture des primaires à tout le monde peut être un véritable piège et faute d’une  personnalité forte  autour de laquelle pourrait se grouper une large majorité de militants, la démarche adoptée, à ce jour, ne semble pas  propice à  galvaniser les foules. Le PS doit d’abord redonner aux Français de l’appétence pour la vie politique, et aussi  reconquérir  la gauche qu’il a perdue. Il ne faut  jamais oublier que, alliance ou pas, rien n’est jamais acquis d’avance et que l’électeur reste propriétaire de sa voix.

Chantal Crabère

 

(1)   « Pouvoir » de Manuel Valls  éditions  Stock , A Montebourg « Des idées et des rêves » Editions Flammarion, déjà ancien :« Ma part de vérité » de François Hollande  Editions du Seuil

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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