L'Eglise et la Femme, la Femme et les Troubadours. Un Monde...

Publié le 26 Décembre 2008

L’Amie

 

Ne Pas confondre l'Amour au désir malsain

De ceux qui ne conçoivent que de sombres desseins

Tu mérites mieux que l'approche de soudards

L'attouchement de brutes, le renard bavard.

Si tu as en toi, tant et tant de richesse,

Ne lie pas le plomb à l'Or de ta tendresse.

Gérard Brazon

 

L’Amour courtois qui régnait dans l’opulence des grandes cours du Midi d’un XIIe siècle a inspiré des poètes-chanteurs qui vont se mettre au service d’un nouvel ordre amoureux : la « fin’amor ».
Un Amour raffiné, amour en quête d’absolu, à jamais insatisfait
puisqu’il exclut l’acte charnel.
La poésie du trobar, (poésie libre) se déclame et se chante, s’organise en école, au rythme d’une étonnante mutation sociale. Les inventeurs - troubadours - vont propager leurs idées dans toute l’Europe à travers leurs interprètes, les joglars. Ils vont investir tous les domaines. Ils chantent leur Dame, mais critiquent aussi les rois, fustigent l’Inquisition. (Là, c’était autrement plus dangereux que nos batailles d’étudiants attardés nostalgiques de mai 68)

Ce grand vent libertaire donne naissance - et ce n’est pas le moindre de ses mérites - à une vision nouvelle de la femme, en rupture avec le passé :

La chair impure,

La peur de la féminité s’estompe pour quelques siècles.

Sous l’influence de cette éducation sentimentale, la tentatrice, l’Eve fatale, la femme objet sexuel est transcendée : elle devient maîtresse raffinée. La domna, la Dame de noble lignée, se fait inspiratrice, muse.

 

Quand on sait ce que devint la condition féminine après le passage de la croisade contre les Cathares on mesure mieux combien la condition féminine a pu souffrir!

Le projet de l’amour courtois est lumineux :

« Plaire aux dames et les conquérir avec des mots, inventer les vers de la séduction avec les sous-entendus les plus imagés » (Gérard Zuccheto). La fin’amor - c’est là que s’épanouit son chant lyrique, en partie influencé par l’ambiance cathare - se veut sublimation du désir, inachèvement de la conquête, idéalisation de l’amour charnel.

L’amor, c’est l’éros supérieur qui transcende et élève l’âme. Il suppose la chasteté. Là aussi en 2008 nous avons totalement oublié à quel point la femme était respectée dans ce moyen âge du Sud de la France et non mise sur tous les panneaux de pub en situation humiliante !  
Ce « jeu subtil avec le désir contrarié » (Pierre Bec) s’appuie sur des  lois d’amour parfaitement codifiées qui reposent sur:
La joie (extase, allégresse, bonheur, jouissance).
La cortezia (qui consiste à courtiser, honorer, se montrer gracieux).
La mezura (mesure, longue patience, ce qui purifie le désir).

Pudeur des sentiments certes, mais crudité des termes
qui ne choque pas dans une époque dénuée de puritanisme bourgeois :
jamais par amour du con

Je n'ai demandé son amour à ma Dame

Mais bien pour sa fraîche couleur

Et sa bouche souriante

Car je trouverais assez de cons

Auprès de bien des femmes si je leur demandais

C'est pourquoi je préfère la bouche que je baise souvent

Au conin qui tue le désir...  chante le poète Raimont Rigaut.

Pour les amants courtois, l’amour est-il dans la joie du désir plutôt que dans la joie de l’assouvissement. A la fin du XIIIe siècle, l’Eglise rejetait la doctrine de l’amour courtois, selon elle incompatible avec le christianisme.

Mais ce qu’elle voulut proscrire parce qu’elle lui échappait, c’est toute la subtilité d’un attachement à la fois affectif, érotique et spirituel, là où l’Eglise ne voulut voir que désordre libertin par rapport à l’ordre conjugal nous dit  Florence Quentin diplômée d’égyptologie. Journaliste et écrivain.

 

Aujourd’hui en 2008 nous sommes si loin de cette façon de faire et d’être envers nos contemporains et les femmes alors que  nous affirmons sans rougir que le moyen âge était barbare. Surement pas dans le Sud d’une France qui n’existait pas encore dans ses frontières actuelles !

Dans ce cas précis la barbarie est venue du Nord et la femme est entrée dans la spirale infernale de la folie religieuse de l’église et de la faute originelle qui lui a interdit d’exister en tant que personne libre et égale en droit avec l’homme ! Il fallut attendre le milieu du XXe siècle soit 800 ans plus tard  pour qu’elle est droit de citer à nouveau.

La femme est l’avenir de l’homme disait Aragon! Qu’elle reste attentive à tous ces Bergers qui lui veulent du bien à commencer par la faire rentrer au foyer familial ... pour son bonheur bien sûr !

Gérard Brazon
sur des écrits de Florence Quentin.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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