L'esclavage existe encore. Témoignage de Simon Aban Deng recueilli par Caroline Fourest.

Publié le 18 Juillet 2009

Caroline Fourest est un personnage étonnant et détonnant. Un exemple à suivre de la liberté d'expression. Elle n'est pas de droite et surtout pas de cette droite qui se conforme, qui se rétrécit au point qu'elle n'ose même plus se revendiquer comme telle. Elle n'est pas non plus de cette gauche lénifiante et béatifiante des "droits de l'hommiste".
Cette femme qui se revendique homosexuelle a un courage que beaucoup de politiques n'ont pas ou n'ont plus.
J'ai pour elle beaucoup d'admiration même si je ne partage pas tout. Je vous met en lecture une vidéo ou explique les dangers des extrémistes et une interview d'un chrétien soudanais capturé et offert comme esclave.
Nous sommes en 2009. L'esclavage existe encore malgré le silence des Américains et des Européens. Pour protéger qui ou quoi?


Caroline Fourest est essayiste, rédactrice en chef de la revue ProChoix ( féministe, antiraciste et anti-intégriste) et journaliste à Charlie Hebdo. 
Elle a écrit de nombreux essais sur l’extrême droite et l’intégrisme. 
Elle a reçu le Prix national de la laïcité en 2005, le Prix du livre politique et le prix Jean Zay en 2006.
Elle tient une chronique “Sans détour” tous les vendredi dans le Monde et une autre sous forme de “Carte blanche” tous les vendredis à 7h25 dans les Matins de France Culture.
Elle enseigne sur “égalité et vivre-ensemble” à Sciences-Po Paris.
Elle siège au Conseil de la Fondation Anne Lindh pour le dialogue entre les cultures. (Euro-Med)


Nom de dieux ! 5
par prochoix

Témoignage que l'ignoble existe encore malgré le silence de nos associations françaises qui préfèrent s'occuper en regardant ailleurs...

A l'heure où l'histoire de l'esclavage subit les réécritures les plus indignes, où l'on s'écharpe pour savoir quelle date sera la plus appropriée pour commémorer le passé,
il n'est pas inutile de rappeler que l'esclavage continue d'être pratiqué dans des pays comme la Mauritanie ou le Soudan, souvent au nom de l'islam.

Le 18 avril dernier 2009, alors que la Commission des droits de l'Homme de l'ONU s'apprêtait une fois de plus à rejeter une résolution condamnant les actions au Soudan sur pressions des pays islamiques, trois ONG (aucune française):
International Humanist and Ethical Union,
Association for World Education et
Association of World Citizens
organisaient un colloque en marge de la commission sur les « victimes du djihad ». Devant une salle émue aux larmes, Simon Deng a raconté comment il avait été réduit en esclavage —
parce que noir et chrétien par le régime arabe islamiste de Khartoum.

Extraits:

Mon nom est Simon Aban Deng. Je suis soudanais, shiluk de par la tribu, chrétien de par la religion. Mon peuple a été soumis au meurtre de masse, à l'esclavage, au viol systématique, à la persécution religieuse, à la famine imposée, à la dislocation, à l'exil. Nous sommes victimes d'un génocide, physique et culturel. Nous avons été annihilés en tant qu'êtres humains parce que appartenant à une culture différente. Tout cela ne nous est pas tombé dessus par hasard : nous avons été et restons les victimes du régime djihadiste de Khartoum.
Durant les deux génocides commis par les islamistes, nos pertes ont été énormes. De 1955 à l'indépendance de 1973, 1,5 million de Soudanais chrétiens ont été éliminés par le gouvernement pro-arabe de Khartoum. De 1983 jusqu'au récent traité de paix, 2 millions d'êtres humains du Sud-Soudan ont perdu la vie dans ce que le régime de Khartoum a appelé "une guerre sainte contre les infidèles". Oui, je suis un infidèle selon leur définition. Je pense que bon nombre d'entre vous le sont aussi. Nous, les Noirs "infidèles" du Sud, chrétiens et autres non-musulmans, nous avons refusé d'obéir aux lois islamiques, nous avons refusé d'être arabisés.
J'ai été enlevé et donné à une famille arabe comme "cadeau".

Pour cette raison, mesdames et messieurs, j'ai été une victime de l'esclavage arabe au Soudan. A neuf ans, mon village a été pillé par les troupes arabes payées par Khartoum. Alors que je courais me réfugier dans la savane pour échapper au massacre, j'ai vu mes amis d'enfance se faire abattre. Les vieux et les malades étaient brûlés vifs dans leur hutte. Les troupes arabes ont fini par me trouver. J'ai été enlevé et donné à une famille arabe comme "cadeau". Quand vous me regardez, mesdames et messieurs, voyez-vous un cadeau ? Est ce que je ressemble à un objet ou à un produit ?
J'ai été un enfant esclave pendant plusieurs années. J'ai été battu à maintes reprises pour un oui ou pour un non. Parfois même par caprice des enfants de mon "maître". Je travaillais durement et j'ai dû subir de nombreuses humiliations. Alors que j'avais été un enfant adoré dans ma famille, j'ai dû m'habituer à dormir avec les animaux et à nettoyer la terre où je dormais. Je ne mangeais que les restes dans les plats de mon "maître". Je me levais le premier et me couchais le dernier, après avoir accompli toutes les tâches domestiques. La vie d'un esclave est comme l'enfer, mais il n'y a aucune honte à avoir été un esclave : ce n'est pas un choix. Celui qui devrait avoir honte, c'est celui qui s'est proclamé le "maître".

Si quelqu'un doit ressentir de la honte, ce sont les intégristes musulmans du régime de Khartoum et leurs alliés dans le monde musulman. Il est important de ne jamais oublier que les chrétiens africains du Soudan méridional sont victimes de l'islamisme. La guerre contre nous a été et reste conduite au nom du djihad.

Il y a 2 ou 3 millions de réfugiés du Sud-Soudan. Ils sont traités comme des chiens. Ils ne sont pas même considérés comme des citoyens, parce qu'au Soudan la citoyenneté est basée sur la religion et que seuls les musulmans y ont droit. Les Africains "infidèles" de cette nation ne sont pas considérés comme étant de pleins citoyens, bien que presque 90 % de la population soit noire.

Arabes et Soudanais, ils ont voulu imposer une culture arabe dans un pays majoritairement peuplé de Noirs. Ils ont effectué leur travail avec une grande efficacité grâce aux armes fournies par leurs amis dans le monde arabe.

Quand ils commentaient leur génocide contre nous dans le Sud, le monde a simplement regardé ailleurs. Quand des millions de Noirs africains étaient abattus et des centaines de milliers d'enfants soudanais étaient asservis, le monde était indifférent. Même l'ONU a tourné le dos. Maintenant, c'est au tour du Darfour. Certains observent, mais la plupart sont habitués à ne plus regarder...


Mesdames et messieurs, je pose cette question en tant que victime de l'esclavage au Soudan : combien de temps le meurtre, l'esclavage, la persécution religieuse, le viol systématique, la famine imposée et "le nettoyage ethnique et religieux" vont-ils continuer ? Quand ceux qui ont le pouvoir d'agir et d'arrêter ces crimes vont-ils le faire?

Je le demande pour mes compagnons chrétiens et animistes du Sud Soudan. Ma voix est leur voix. Combien de temps le monde laissera les "infidèles" être abattus et asservis au nom du djihad?

Combien de temps le monde se taira pour ne pas offenser les meurtriers et les défenseurs de l'esclavage ?

Témoignage recueilli par Caroline Fourest

 
http://carolinefourest.wordpress.com

 

Probablement il y aura encore des personne qui considérerons que mon propos est de l'islamophobie. Je leur demande très sincèrement de réfléchir à ceux qu'ils vont dire et se poser une question, une seule:
Que pensez-vous de la vie de
Simon Aban Deng. Encore un coup de chapeau à Caroline Fourest.
Gérard Brazon

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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Gérard Brazon 23/07/2009 16:07

Pourquoi vous en avez après qui pour l'entartrage? (sourire) Bien à vous.
Gérard

JML 23/07/2009 13:19

J'aime beaucoup Caroline Fourest

Il ne me viendrait pas l'envie de l'entarter, elle.

;-)