A propos de l'Azawad par Richard Rossin

Publié le 14 Juillet 2012

Azawad

La régle du jeu // Discours prononcé le 7 juillet 2012 sur l'esplanade des Droits de l'Homme au Trocadéro - Paris

 

 

Intervention de Richard Rossin, (co-fondateur de Médecins du Monde, ex-Secrétaire Général de Médecins sans Frontières), au rassemblement de solidarité avec les Touaregs et le MNLA, samedi 7 juillet 2012 au parvis des droits de l'Homme au Trocadéro à Paris.

 

Nul ne peut plus ignorer ce qui se passe en Azawad. Ce vaste territoire du nord de l’ex Mali.

Dès la décolonisation, les peuples Touareg s’étaient officiellement opposés à une union avec les peuples du Sud du fleuve. Il y avait une longue histoire pour cela, elle était violente. Bien sûr on vous dira que Français et Allemands s’étaient bien réconciliés. Encore une façon de se montrer en exemple !

Le colonisateur a voulu imposer cette cohabitation. Les Touareg ont essayé mais ils ont été marginalisés : la règle du plus grand nombre dont certains voudraient faire le stigmate de la démocratie. La démocratie c’est autre chose : des libertés, des droits et des devoirs pour les citoyens. Les Touaregs ont été marginalisés et se sont révoltés à plusieurs reprises. La répression féroce dont ils furent victimes a poussé nombre d’eux à chercher des refuges et des formations ailleurs. Leurs voisins n’étaient pas tous recommandables, je vous l’accorde, mais choisit-on ses voisins? Certains vinrent en France.

A la naissance du MNLA dont la vision affirmée était la création d’un Azawad laïc et démocratique, il y avait donc des francophones et des arabophones avec des visions légèrement différentes du monde. Ils ont triomphalement libéré leur territoire sans déborder sur le Mali Bambara au sud.

Dans une optique de rassemblement national et au nom de la diversité des opinions, ils avaient d’abord accepté le dialogue avec les islamistes parmi les Touaregs. Paradoxe de la démocratie qui porte en elle les germes de sa propre disparition. Ces islamistes, Ansar-din notamment, avaient un instant accepté l’idée d’une séparation de la religion et de l’Etat. Peut-on reprocher au MNLA d’avoir voulu naïvement jouer le jeu démocratique quand nous-mêmes nous appelons à la démocratie ? Qui n’aurait jamais fait d’erreur ?

Ce regroupement n’a duré qu’à peine une journée. Une seule journée pour semer le doute et entendre lâcher les accusations des commentateurs sur le double jeu, la double parole. Les commentateurs qui n’ont pas voulu voir les manifestations de femmes contre les salafistes de tous poils en arme, ni les masses d’argent et d’armes livrés aux islamistes par le Qatar et l’Algérie soucieuse de son rôle de puissance régionale. L’Algérie qui refoule les blessés des forces démocratiques mais pas ceux des islamistes, l’Algérie dont on voit des militaires avec les troupes islamistes. Ceux du MNLA sont seuls.

Seuls, personne en Europe, en Amérique, à l’ONU n’a voulu les écouter… ni aujourd’hui, ni depuis 1958.
 

Seuls peut-être au nom de l’intangibilité des frontières et de la coexistence imposée aux peuples hors toute raison. Impose-t-on aux êtres de vivre ensemble quand ils ne le veulent pas ?

Intangibilité et pourtant un Etat nouveau a vu naissance au Sud Soudan. Mais après 20 ans de guerre solitaire et de massacres. Seuls comme les Darfouris qu’on ne veut pas écouter et qui ont pour droit unique, au cœur des crimes poursuivis par la CPI, celui de vivre dans des camps de l’aumône de la communauté internationale et d’aller signer un papier imposé avec leur bourreau !

Alors en Azawad, les femmes sont victimes et Tombouctou, qui venait la veille d’être classée au patrimoine de l’UNESCO, est minutieusement détruite par les islamistes d’Aqmi, Ansar-Din et de Mujao. Indignation internationale. Et certains sont même surpris qui ont occulté les mêmes vagues destructrices des Wahabites dès qu’ils prirent en 1802 et 1803 Kerbala, la Mecque et Médine. Destruction même du dôme vert du mausolée de leur prophète, exhumation des corps des compagnons de leur prophète, massacres. Ils interdisent tout ce qui n’est pas leur pensée, ils détruisent tout ce que d’autres ont bâti. Ce n’est pas une religion d’amour qu’ils prônent mais un culte à la haine et à l’exclusion. Ils se sentent humiliés par la simple existence de l’autre.

Comme autrefois, en 1744, ils interdisent le café et le tabac à l’argument que le prophète ne les avait pas connus. Mais, avait-il connu les pick-up tous terrains, les armes à feu et les missiles ?

Que nous sommes loin de Cyrus le grand qui abolissait l’esclavage et libérait les peuples de son empire vers 530 avant l’ère commune. Un bond en arrière de de 2550 ans.

 

Jusqu’à quand allons-nous tolérer ça ? Nos pères se sont battus pour la Liberté et une déclaration UNIVERSELLE des Droits de l’Homme.
Universelle : ce n’est pas une pensée colonialiste que de promouvoir la liberté pour les hommes ; seuls les dictateurs qui essaiment sur la planète veulent nous le faire croire, évidemment. Cette déclaration-là n’a pas de patrie, en tous cas j’observe que la France l’a abandonnée depuis bien des décennies. Regardons au fond de notre âme. Certes l’économie est importante mais je dis que la grandeur d’une Nation est d’abord dans la défense de ses valeurs.

Je dis qu’il faut soutenir des mouvements démocratiques et laïcs avec lesquels on pourra vivre en paix et dans la prospérité. C’était le rêve de nos pères aussi.

Je me souviens de notre ministre des Affaires Etrangères d’aujourd’hui qu’en 2007 nous avions accompagné dans les camps de réfugiés darfouris au Tchad puis de sa présence à la Mutualité (il n’était pas le seul). J’avais dit à l’époque que si nous ne faisions rien, ce ne serait plus une Afrique du Nord musulmane qui serait à notre frontière Sud mais une moitié nord islamiste et conquérante de l’Afrique. Le Darfour laïc et démocratique attend toujours. Le MNLA aussi.

Qu’au moins il écoute et tende la main. Ceux-là pourraient être un vrai rempart ou au moins des alliés contre le totalitarisme violent qui ne cesse d’avancer. A moins que la normalité soit de regarder mourir les hommes dans nos propos légers et voir s’évanouir leur liberté avant que la nôtre s’envole.

Richard Rossin  (Co-fondateur de Médecins du Monde et ancien directeur général de Médecins sans frontières)

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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