A qui profite la « politique des droits de l'homme » ?

Publié le 24 Juillet 2014

par Edouard Boulogne

Je ne ferai pas l'éloge du cynisme en politique. Je me contenterai de constater qu'il est au coeur de la politique depuis toujours, un fait aussi regrettable qu'irréfragable, sauf pour les niais qui sont, il est vrai, assez nombreux. A dire vrai, les mêmes qui défilaient, il y a quarante ans en bêlant « paix au Viet-Nam » et croyaient au slogan, sans se douter un instant qu'il obéissaient, comme des moutons, aux ordres de Moscou, ou / et de Pékin, les deux Mecques du communisme totalitaire.

C'était le temps de la guerre froide, le temps béni pour les amateurs de simplification bipolaire. Il n'y avait pas à barguigner, entre le Moscou d'alors et la politique de Washington, il fallait choisir le camp du BIEN.

Les esprits les plus lucides, et les âmes les plus fortes, ne se laissaient pas, cependant, posséder par ce jeu trivial du manichéisme ordinaire.

La France, alors, avait à sa tête un chef exceptionnel, un véritable homme d'Etat. De Gaulle maintenait à la tête d'un pays devenue une « grande puissancemoyenne », la flamme d'une intelligence aigüe, et la fierté d'une âme forte, qu'il savait communiquer à son peuple. Sans jamais perdre de vue l'inéluctabilité d'un alignement relatif, sauf à se briser sur l'airain de la réalité, il savait biaiser, surfer, ruser, et sauver, bien plus que des miettes, du moins l'honneur, sans lequel la France eut roulé, sans espoir d'en sortir jamais, dans le flot visqueux des vaincus et déchus de l'histoire.

Visite officielle à Moscou, à Phnom-Penh. Distances officielles prises avec la politique américaine en extrême orient, et dans le monde. Politique européenne, mais non européiste, tendant à une meilleure coopération des nations du vieux continent, mais non à l'abolition des Etats dans une Europe fédérale, cheval de Troie des Etats-Unis d'Amérique jouant leur jeu de grande puissance à grands coups de trompettes « humanitaires » et « droits de l'hommiste, cheval de Troie d'une ambition sans mesure. Notre grand homme s'appuyait, pour ce faire, sur le réarmement économique et militaire de la France, perpétré sous son égide, au grand désespoir des sirènes de la décadence, les mêmes qui avaient conduit, si peu de temps auparavant, la France, au désastre de 1940.

En 1970, à Colombey, un jour d'hiver, tandis qu'au dehors la neige tombait à gros flocon dans un silence de deuil, le général trop âgé, vaincu par une coalition de médiocres, après un référendum de sinistre mémoire, confiait à André Malraux :«  Vous verrez, ils vont détruire tout ce que nous avons fait. Ils retourneront à leurs jeux médiocres ».

Le général était bon prophète.

Aujourd'hui, à Moscou du moins, l'idéal du socialisme en marche a glissé dans le sang poisseux de ses oeuvres. Vers 1991, la victoire de l'autre impérialisme, celui des USA, apparaissait définitive. Un universitaire d'origine japonaise proclama « la fin de l'histoire » et l'avènement définitif d'une ère de progrès, de prospérité et de paix. Dix ans plus tard, c'était le onze septembre, et le retour du tragique.

D'autres puissances se dressèrent contre la volonté de puissance yankee, et son cynisme humanitaire.

Dans l'univers revenu à son état naturel, la guerre de tous contre chacun et de chacun contre tous, la vieille Europe peine à reprendre son droit de vivre dans la paix relative, celle qui est possible, à condition qu'on soit vigilant, lucide, et surtout fort, matériellement et surtout spirituellement, et intellectuellement.

La politique gaulliste inspirée de Maurras, redevenait d'actualité. Dans le monde, plus incertain que jamais, il y a une place pour les grandes moyennes puissances, suffisamment fortes, économiquement, technologiquement, pour jouer un jeu d'intermédiaire entre les petits et les grands, ces petits qui ont tout à craindre de la volonté des « grands » ( USA, Chine, par exemple ), tout en bénéficiant de l'apport de ces petits ( géo-stratégiquement, commercialement ) pour se préserver elles-mêmes.

Nos politiciens actuels ignorent même qui fut Maurras, et quand ils le nomment ( comme Nathalie Kosciusko-Morizet ) c'est dans la plus parfaite ignorance de sa pensée profonde.

Un François Hollande n'est plus qu'un petit télégraphiste de Barrack Obama ( « notre président »comme s'écrièrent des antillais aveugles et stupides, parce que Barrack a la peau basanée, alors que cet Américain n'est, et c'est d'ailleurs logique, et en un sens à son honneur, que le commissionnaire des intérêts de la puissance américaine ).

On se souvient de cette guerre ( d'ailleurs insensée du point de vue politique ) quasiment déclarée par les USA, avec le concours de la France, contre le régime syrien de M. Hassad. Le début des hostilités n'était plus qu'une question d'heures, quand Hollande fut informé, sans avoir au préalable été consulté, de l'annulation du processus. Toute honte bue, il dut l'annoncer aux Français.

Âme du général, revenez-vous encor?
Est-ce vous qui parlez avec la voix du Cor ?

Il y a pourtant place encore pour une politique française, et une politique des vieilles ( et grandes ) nations européennes.

Cela ne se fera pas cependant sans rupture avec tout ce qui se fait présentement dans nos chancelleries, sauf peut-être en Allemagne.

Et d'abord en choisissant l'effort, le courage, en refusant le lâche alignement sur les mensonges par lesquels on trompe nos peuples et d 'abord nos jeunesses.

Rupture avec le mensonge de l'humanitarisme officiel, masque éternel des loups de l'éternel chaperon rouge.

Dans le conflit ukrainien, par exemple, il faut oser s'interroger sur le pourquoi de la politique des USA, suivie béatement, en choeur par les européens, et d'abord par la France du limaçon Hollande.

Pour assurer l'indépendance de la France, de Gaulle osa braver l'Amérique des Kennedy et des Johnson, se rendre à Moscou. Et Dieu sait pourtant qu'il n'était pas communiste.

Aujourd'hui la Russie n'est plus la Mecque du communisme, ce nazisme rouge.

Et Poutine qui est Russe, et poursuit, légitiment les intérêts de la Russie, n'est pas, sérieusement, le symbole le plus représentatif de l'empire du mal. Pas plus que d'autres, nous ne devons l'ignorer.

Mais enfin la Russie est une grande force. Dans les conflits d'ambitions pourquoi nous priverions-nous de parler avec elle, de combiner, ne fut-ce qu'un temps, nos forces?

Dans l'article qui va suivre et que j'incite à lire et à méditer, d'Aymeric Chauprade, l'on perçoit la supercherie qui consiste à faire pression sur la France pour l'empêcher de respecter ses accords commerciaux avec la Russie.

Sinon Obama, du moins ceux dont il est le porte-parole ne voudraient-ils pas simplement faire fonctionner leur économie au détriment de celle de la France. Et tout ceci au nom, évidemment, de la morale.

Et si Clausewitz avait raison, et toute l'histoire ( sauf pour les niais ) montre que c'est le cas. Si «  la paix n'était que la poursuite de la guerre par d'autres moyens ». Et vice versa.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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