A quoi sert monsieur Moussaoui?

Publié le 17 Octobre 2012

Le Causeur

Le président du CFCM préfère stigmatiser Copé plutôt que les djihadistes français.

Mohamed Moussaoui du CFCM contre Jean-François CopéC’est un fait, notre président de la République semble obsédé par le détricotage de l’ensemble de l’œuvre de son prédécesseur. Néanmoins un artefact sarkozyste semble échapper à la vindicte liquidatrice de François Hollande : le CFCM (Conseil Français du Culte Musulman), qui se révèle, année après année, être uniquement une organisation de lobbying « anti-islamophobe », aux antipodes, donc, de son intitulé cultuel et de sa vocation initiale de structuration d’un islam de France en phase avec les valeurs de la République.

Ainsi après l’intervention spectaculaire des forces de police contre le réseau terroriste impliqué dans l’attentat de Sarcelles, et après la réception des autorités juives à l’Elysée ce dimanche, le président du CFCM s’est-il fendu d’un communiqué très en deçà du minimum syndical républicain.

Certes, Mohamed Moussaoui a exprimé son indignation et assuré les juifs de France de sa “solidarité fraternelle”, mais Dieu que tout ça est platonique, car pas suivi d’actes concrets, ni même de l’annonce tonitruante d’actes concrets qu’on peut oublier sitôt prononcés, dans les meilleures traditions universelles de la politique.

Ce minimum du minimum-là, son frère ennemi Dalil Boubakeur, lui, s’y est tenu. Le recteur de la Grande Mosquée de Paris a ainsi appelé, ce même dimanche, les organisations musulmanes chargées du culte “à réfléchir aux solutions pouvant permettre d’éviter la propagation d’activités terroristes contraires aux valeurs de la République et aux principes humanistes de l’islam”. Le recteur a carrément enfoncé le clou en rappelant une certaine affaire Merah que beaucoup semblent avoir oublié, six mois seulement après les tueries de Toulouse et Montauban : “Cette affaire, loin d’être isolée et exceptionnelle, révèle malheureusement la présence et la formation de nouveaux candidats à la radicalisation d’un islam djihadiste”. Et c’est bien de la France qu’il parlait.

On cherchera en vain l’esquisse d’une telle démarche, ou annonce de démarche, dans le prêche dominical de M. Moussaoui. Il est vrai qu’elle aurait eu valeur d’autocritique, un exercice dont ce président-là n’est guère friand. Et puis surtout, on ne peut pas courir deux lièvres à la fois, et le gibier qui ce jour-là préoccupait le CFCM n’était pas les franco-djihadistes mais Jean-François Copé.

Je ne suis bien sûr pas dupe du néo-laïcisme « décomplexé » de l’actuel chef de l’UMP. Cet aggiornamento cousu de fil blanc, vise bien plus le laissez-fairisme supposé de François Fillon que les talibanets de banlieue brandissant leur Coran pour bouter les pains au chocolat hors des cités. On aurait été nettement plus convaincu de sa sincérité si Copé avait sonné le tocsin à chaud, en plein consensus médiatico-politique du Ramadan qui, n’est-ce pas, a pour vocation première de rapprocher les communautés. 

Mais halte au feu, je cesse là de flinguer Copé car bien d’autres s’en chargent, et à balles réelles : toute communicante qu’elle soit, cette conversion soudaine de notre néo-néogaulliste aux valeurs basiques de la République, y compris la défense subséquente du droit à l’athéisme glouton au pied des barres HLM a brutalisé tout ce que notre pays compte d’oreilles chastes, depuis l’inexistant François Baroin (“Ces petites phrases sont toxiques et dangereuses et altèrent le pacte républicain”) jusqu’à la dégoulinante Anne Roumanoff qui ce matin a abandonné sur Europe 1 toute velléité comique pour éditorialiser solennellement sur la marinisation des esprits et conclure de son ton le plus concerné qu’ « elle ne mangeait pas de ces pains-là ». Bon appétit, Madame !

On s’en doute, les pieuses oreilles de l’auguste Moussaoui ont été elles aussi horrifiées par la sortie du croisé seine-et marnais. En vertu de quoi le président du CFCM a fort logiquement déduit de l’affaire Jérémie Sidney vs la France qu’il fallait que sa religion et les pratiques qui, d’après lui, doivent en découler cessent d’être “une source permanente de polémiques et de débats publics dont certains contribuent, malheureusement, à nourrir la stigmatisation et le rejet de l’autre”.

Nous qui nous sustentons en plein Ramadan, et même, pardon maman, en plein Kippour, nous voilà accusés de nous nourrir de stigmatisation, ce qui est bien pire pour la santé que le régime Dukan.

Eh oui, les amis, car le problème, le seul problème ce n’est pas la multiplication des « nouveaux candidats à la radicalisation d’un islam djihadiste » contre laquelle nous met en garde Dalil Boubakeur, non, la vraie urgence c’est d’empêcher les zabominables zamalgalmes, comme l’exige Moussaoui : “Au moment où des membres de réseaux extrémistes (…) font l’objet d’interpellations, le CFCM en appelle à la conscience et à la responsabilité de chacun afin d’éviter tout amalgame avec l’ensemble des musulmans qui sont profondément affectés par l’instrumentalisation faite de leur religion par ces individus”.

En conséquence de quoi le CFCM appellera les cinq millions de musulmans de France à descendre dans la rue dès ce soir pour prouver aux terroristes qu’eux non plus ne mangent pas de ce pain-là. Non, là, je blague…

Mohamed Moussaoui du CFCM contre Jean-François Copé

*Photo : Mohamed Moussaoui (Medef).

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Islamisation française

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