À un adversaire musulman par Farid Hannache

Publié le 25 Avril 2011

          Un discours qui mérite d'être entendu et signifie surtout, qu'il y a des musulmans qui ne sont pas totalement stupides, sourds et muets ou trop craintifs pour affronter la oumma! Même si Farid n'est pas de droite, il reste que c'est encourageant. Toutefois, je ne partage pas son point de vue final sur les FN et FM.

Gérard Brazon  

       

          Au moment où les peuples arabes ou musulmans se révoltent pour la démocratie et la liberté d’expression, en France, démocratie laïque, des voix, religieuses ou politiques, se sont élevées pour interdire un débat, pour réduire la liberté d’expression en prétendant défendre une communauté réduite à une épithète : “musulmane”. Coupés de la France et à rebours de l’histoire musulmane moderne, certains représentants de l’islam de France brandissent l’islamophobie et instrumentalisent le malaise musulman comme les dictatures arabes brandissent l’anti-impérialisme et instrumentalisent la cause palestinienne : pour se maintenir au pouvoir.

         Devant l’échec de soi, on brandit la haine de l’autre. Ceux qu’on appelle les musulmans se plaignent de n’être visibles que par dérogation et audibles que par procuration. Alors, pourquoi se terrer dans l’autostigmatisation ? Pourquoi se taire ?

          Deux éléments m’ont poussé à participer au débat de l’UMP : une tribune publiée par un journal du soir, aussi haineuse qu’injurieuse, aussi gauchiste que communautariste, intitulée « Eh bien, le “musulman”… il t’emmerde ! » Le “t” pouvait représenter n’importe quel Français qui ne se “tait” pas, y compris moi. Et puisque l’auteur s’identifiait comme musulman, alors je m’exprime ici en tant que français. Le second mobile, c’est que la veille du débat de l’UMP, la télévision officielle de mon cher pays d’origine, l’Algérie, le seul au monde à n’avoir qu’une seule chaîne de télé, avait organisé un débat en direct, ce qui est rare dans une dictature, dont l’intitulé était : “Islam et laïcité : débat en France”. Et surprise, le plateau algérois était pour, le plateau parisien était contre !

           L’intitulé du débat n’est ni stigmatisant ni absurde. J’ai participé le 13 décembre à un débat intitulé “Islam et laïcité”organisé par le Grand Orient de France, une loge maçonnique de gauche. Le PS lui-même avait organisé le lendemain, 14 décembre, un débat sur la laïcité en se focalisant sur les sujets polémiques que posent les musulmans : “contestations d’enseignements scolaires, refus de la mixité, oppositions à des pratiques médicales ou à des recherches scientifiques, affirmations de coutumes vestimentaires et alimentaires, construction de lieux de cultes” (sur le site du PS.)

         J’aurais volontiers participé à ce débat s’il avait été rendu public. J’ai participé ainsi à une rencontre semblable organisée par un autre parti républicain qui dirige l’État et qui débat avec la société, en prenant le soin de dire que je ne représentais pas les musulmans ; d’ailleurs, ils sont, nous sommes, très mal représentés. Mal représentés médiatiquement avec des clichés et des fantasmes. Mal représentés auprès des pouvoirs publics avec un Conseil français du culte musulman solennellement moribond et un mouvement Ni putes ni soumises caricaturalement belliqueux.

            Dans ce débat sur le débat, c’est la France qui a été stigmatisée et non pas l’islam. Le spectacle donné ces dernières semaines est une affligeante régression. La carte d’un parti politique datée de 2004 et déchirée dans un lieu de culte – la Grande Mosquée de Paris, envahie par les médias et dirigée par un pays étranger – est un dérapage intolérable ; ce n’est pas seulement une violation de la laïcité, c’est surtout une atteinte à l’esprit de notre démocratie et à la souveraineté de notre République.

          Le pire, c’est que la régression n’a plus de limites ! Les parallèles avec les années 1930 sont stupides, abjects et dangereux. L’étoile verte est le symbole de la médiocrité qui triomphe au nom du communautarisme victimaire. On veut banaliser ou relativiser la Shoah, diviser ou diaboliser la France… et faire de l’islamophobie une fatwa permanente pour prohiber la critique et inhiber la vigilance.

          La laïcité est une bénédiction pour l’islam et une protection du vivre-ensemble. La laïcité est devenue un refrain pour deux extrémismes : l’un nationaliste et l’autre islamiste. La laïcité est utilisée comme une couverture par le FN et par les FM : par le Front national et par les Frères musulmans. La politique de la chaise vide profitera aux prophètes du néant. La laïcité ne signifie pas la lâcheté. La laïcité a toujours été un combat de gauche. “Islam de France” est un concept lancé par le ministre socialiste Pierre Joxe. Mais certains brandissent le racisme pour empêcher les idées de progresser. Devant le vide chez soi, on critique l’action de l’autre.

           Alors, vous qui vous présentez comme musulman ou qu’on n’ose représenter que comme tel, la France n’est pas votre adversaire. L’ensemble des Français, y compris les musulmans, ont deux ennemis communs : l’extrémisme islamiste et le racisme antimusulman.

Farid Hannache est l’auteur, avec Hassen Chalghoumi, de Pour l’islam de France  (Le Cherche Midi, 424 pages, 18 €).

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Islamisation française

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Nancy VERDIER 25/04/2011 22:51



C'est l'expression "racisme antimusulman" qui ne recouvre pas la vraie réalité qui me gêne. On bute toujours sur la même question : la nature de l'islam qui recouvre un tout
allant de l'espace de vie privée à l'espace de vie publique et politique. Et c'est ce sur quoi la Laïcité bute également, en introduisant dans un pays de libertés une nouvelle religion
pratiquée par un grand nombre et inaugurant ainsi des potentiels de modifications profondes de notre société. Je connais des gens (des couples mixtes) qui ont dépassé ce stade et pour qui le fait
religieux est réduit à sa plus simple expression. Nous souhaitons tous - justement au nom de la laïcité - aller vers une "dilution" du fait religieux dans la société Laïque que
nous avons mis des siècles à élaborer.
Or, ce que nous constatons, c'est que la Laïcité aujourd'hui, - et ce gouvernement en particulier - au lieu d'accompagner - voire de favoriser  cette dilution, permet au contraire le
renforcement et l'installation de cette religion. C'est ce fait qui rend la population inquiète.
L'inquiétude de la population est dirigée contre les gouvernements successifs UMPS  plus que contre les Musulmans. Les Français ne veulent pas - à raison - perdre leurs racines, leur
histoire, leurs fondements. C'est l'Etat qui n'est pas à la hauteur de la tâche et c'est la raison pour laquelle, la population se tourne vers le FN. La raison de ce revirement électoral (à
prévoir pour 2012), n'est donc pas "un racisme antimusulman", mais un dégoût face à des élus laxistes, lâches qui persistent à ignorer le peuple.