Afrique: laïcité de l’Etat : un problème de gouvernance démocratique

Publié le 10 Juillet 2012

L'Hebdo du Burkina 

 

La construction d’un Etat démocratique dans les jeunes nations africaines, est une œuvre de longue haleine qui doit surmonter beaucoup de handicaps les uns plus difficiles que les autres.

Prenant exemple sur les pays les plus avancés au Nord ou enjoins de le faire, les pays africains adoptèrent, au début des années 1990, le multipartisme présenté comme la panacée aux problèmes de la démocratisation de leurs Etats.

Non seulement le multipartisme ne résolut pas entièrement le problème de la démocratisation des Etats, mais il créa d’autres difficultés afférentes à leur cohésion sociale et à leur unité nationale.

Des guerres civiles sont ainsi nées en Sierra Leone, au Liberia, en Côte d’Ivoire pour ne citer que des pays de la sous région. Ces conflits ainsi que d’autres crises sociales qui affectèrent plusieurs autres pays comme la crise de gouvernance doublée de problèmes d’intégrité territoriale et de laïcité de l’Etat au Mali, ont mis en évidence que la démocratisation des Etats africains n’était pas à réduire à l’existence du multipartisme, d’élections régulièrement organisées ni même à l’alternance au sommet de l’Etat.

La construction d’un Etat démocratique fait appel à la résolution de problèmes de gouvernance plus large que cela et l’une des leçons que donne l’imbroglio malien au Burkina et à bien d’autres pays africains, c’est celle relative à la laïcité de l’Etat.

De quoi s’agit-il? Il s’agit pour les jeunes Etats africains qui ont pris exemple sur le modèle démocratique occidental d’avoir pleine conscience que l’une de ses valeurs est la séparation du religieux et du politique dans un respect du rôle de chacun.

En effet, la laïcité est une vision de l’organisation de la vie sociale et politique qui induit la liberté de conscience du citoyen. Liberté de conscience pour être croyant ou non croyant et qui implique en matière d’organisation de l’Etat, une séparation juridique d’avec le religieux.

Cette séparation qui ne signifie pas opposition et exclusion implique la garantie apportée par l’Etat à la liberté de conscience et au droit d’exprimer des convictions. Droit de croire ou de ne pas croire, de changer de religion, d’assister ou pas aux cérémonies religieuses.

Ce faisant, c’est la neutralité de l’Etat en matière religieuse qui est proclamée avec pour conséquence qu’aucune religion n’est privilégiée pas plus qu’il n’y a de hiérarchie entre les croyances ou entre croyance et non croyance.

Ainsi vu, la loi fondamentale du Burkina affirme et garantie la laïcité de l’Etat en disposant clairement en son article 7 que la liberté de croyance, de non croyance, de conscience, d’opinion religieuse, philosophique, d’exercice de culte, la liberté de réunion, la pratique libre de la coutume ainsi que la liberté de cortège et de manifestation, sont garanties par la présente Constitution, sous réserve du respect de la loi, de l’ordre public, des bonnes mœurs et de la personne humaine. »

Mais entre les dispositions constitutionnelles et la pratique quotidienne, il y a de temps à autre des hiatus et foi du ministre d’Etat Bognessan Arsène YE, « ce débat sur la laïcité est nécessaire pour un pays comme le nôtre, car il ne faut pas attendre qu’il y ait des crises de religions avant d’organiser ce genre de débat. Il faut mieux prévenir que guérir.»

De fait, le Burkina doit prévenir des situations comme celle du Nigeria où la férule Boko Haram peu ou prou sous l’instigation d’Aqmi et de la pieuvre Al Qaïda met à rude épreuve et la cohésion sociale et l’intégrité territoriale du pays.

Plus près de nous, les mêmes Aqmi et Al Qaïda plus ou moins sous le couvert d’Ansar Dine étendent leurs tentacules au Mali où ils revendiquent la création d’un Etat islamique de l’Azawad.

Le danger de l’intégrisme religieux ne peut pas être plus près du Burkina. Il faut même dire les choses clairement : le Burkina n’est pas à l’abri des mauvais exemples nigérian et malien d’autan plus qu’on a vu récemment un certain marabout de You dans la province du Yatenga faire outrage à magistrat et se faire libérer de force de la prison où il avait été enfermé pour répondre de sa forfaiture.

A l’occasion, la presse avait rapporté que les meneurs du mouvement de foule qui avait conduit à sa libération étaient partis d’une mosquée où après la prière du vendredi il avait été dit que le marabout fautif avait été arrêté sans raison.

Cette histoire du marabout de You à Ouahigouya peut passer comme une petite braise qui ne remet nullement en cause la laïcité de l’Etat burkinabè. Mais les petites braises allument les grands incendies comme celui du Mali et quand le toit du voisin brûle, il faut mettre de l’eau sur le sien.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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