Alain Finkielkraut : au pays de la galanterie

Publié le 25 Novembre 2011

Société/Causeur

Leçon sur le "vivre-ensemble"

Que signifie l’interdiction du voile dans un monde qui prétend se délivrer des interdits ? Voici la réponse que donne Claude Habib dans Galanterie française (Gallimard) :
« Cette interdiction ne s’explique certainement pas par l’égalité des hommes et des femmes qui fut le critère constamment invoqué dans le débat public. Si l’égalité était en cause, les autres sociétés démocratiques, qui ne sont pas moins égalitaires que la nôtre, n’auraient pas manqué de prendre une mesure analogue. L’égalité des sexes ne préoccupe pas moins la classe politique au Canada, en Hollande ou en Suède. Les islamistes ont eu beau jeu de multiplier les images de femmes voilées insérées dans la vie active, attentives devant des écrans, penchées sur des livres ou l’œil rivé sur un microscope. Ils n’ont pas manqué de seriner que le voile n’empêche pas la participation au monde du travail et que ce qui l’empêche à coup sûr, c’est l’exclusion des jeunes filles voilées hors du système scolaire. »

Mais pour Claude Habib, ce n’est pas non plus comme symbole religieux, et donc pas au nom de la laïcité, que le voile est visé. « L’interdiction devient compréhensible si on la rapporte à cet arrière-plan de la tradition galante qui présuppose une visibilité du féminin, et plus précisément une visibilité heureuse, une joie d’être visible, celle-là même que certaines jeunes filles musulmanes ne veulent plus arborer. Le port du voile est un affichage de chasteté qui signifie l’interruption du jeu galant et même son impossibilité définitive. Une femme voilée affirme tacitement que tout homme est un danger dont il faut se garder. Le voile interrompt la circulation de la coquetterie et de l’hommage, en rappelant qu’il existe un autre règlement possible à la coexistence des sexes : la stricte séparation. »

La laïcité libérale peut bien, ici comme ailleurs, prendre le pas sur la laïcité républicaine, ce qui résiste au voile islamique, c’est la mise en forme galante de la coexistence des sexes. Qu’est-ce que la galanterie ? Dans la langue classique, galanterie signifie distinction, élégance dans les manières. Balthazar Gracian explique, dans L’Homme de cour qu’« un brave homme doit se piquer d’être tel que si la galanterie, la générosité et la fidélité se perdaient dans le monde, elles se retrouveraient dans son cœur. » On aura compris qu’un brave homme n’est pas un brave type, mais un homme valeureux.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Islamisation française

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