Albanie : la dictature de la corruption, meilleur allié de l’islamisation par Camille Galic

Publié le 6 Mars 2011

Un article qui reprend en l'approfondissant ce que j'écrivais il y a peu sur ce blog. Vous constaterez combien nos "responsables" d'hier ne sont pas si clairs que ça dans cette affaire qui n'en finit pas de faire des vagues acides.

Gérard Brazon


          Le 22 février 2011, le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, annonçait l’instauration imminente d’un « Emirat islamique de la Libye orientale » dans la région pétrolière de Tobrouk, frontalière de l’Egypte, donc première touchée par la révolte, qui venait de se libérer de la tutelle de Muammar Kadhafi.

         Dans son dossier intitulé « De la Révolution de jasmin à la Révolution islamique » et mis en ligne par Polémia, Yves-Marie Laulan notait que «le communisme ayant disparu comme mythe mobilisateur, porteur de rêves de progrès, reste l’islamisme qui est le déversoir naturel de populations en désarroi et en quête de références». Sur les ruines du communisme, l’Europe risque-t-elle de voir émerger en son sein un « Emirat islamique » ?

           La situation est en effet explosive en Albanie où se succèdent les manifestations depuis celle du 21 janvier 2011 qui, à Tirana, avait fait (dans l’indifférence générale) trois morts et des dizaines de blessés. Dans toute la Shkiperijë – ou Pays des Aigles –, les contestataires appellent à l’union contre le gouvernement de Sali Berisha. Ils s’insurgent surtout contre la corruption frénétique marquant ce régime qui inaugura, dès son avènement, la pratique des « pyramides financières », que le méga-escroc américain Madoff devait porter à son apogée.

           L’auteur de ces lignes était allée pour la première fois en Albanie en 1988, petite nation de 2,5 millions d’habitants, coincée entre l’Adriatique, la Yougoslavie et la Grèce, encore maoïste à l’époque (où la Chine, elle, amorçait sa révolution mercantile). Elle y est retournée en 2005.

Entre-temps, la tyrannie communiste, instaurée en janvier 1946 par le psychopathe Enver Hoxha, le « Staline des Balkans » indéboulonnable jusqu’à sa mort en 1985, son dauphin Ramiz Alia lui succédant alors, avait laissé place en 1992 à une République réputée «parlementaire, démocratique et représentative ». Quant au goulag local où avaient été exécutés après la Seconde Guerre mondiale plus de 8.000 condamnés à mort (pour une population n’excédant pas le million), il avait officiellement cessé d’existé.

Mais ce qui n’avait pas changé, c’étaient la mentalité tribale, l’extrême dénuement, l’arriération structurelle (unique voie ferrée avortée, routes éventrées, hôtels et bâtiments officiels fissurés, voirie absente) où stagnait le pays, tout comme la rapacité d’un pouvoir détournant toutes les aides à son profit exclusif, d’une fonction publique pléthorique ou plutôt d’une « clientèle » qui, sous-payée, sautait sur toutes les occasions de se revancher sur la bête.

Ce n’est pas un hasard si sept millions d’Albanais vivent à l’étranger, essentiellement dans le sud de l’ex-Yougoslavie qu’ils ont totalement déstabilisé comme l’ont prouvé, d’une part, le drame du Kossovo (1), où les avait attirés Tito pour faire pièce aux Serbes orthodoxes, et, d’autre part, les troubles endémiques qui agitent la Macédoine où l’on compte 1,2 million d’Albanais. Il faut ajouter à cela des problèmes d’hébergement et surtout de sécurité, posés à la Grèce et à l’Italie par l’afflux de ces musulmans, qui ont fuit un pays à côté duquel la Tunisie de Ben Ali faisait figure de Californie par son modernisme, son dynamisme, la mise en valeur de toutes ses ressources et son niveau de vie, toutes classes sociales confondues.

L’élection de Sali Ram Berisha, né en 1944, à la présidence de la nouvelle République le 9 avril 1992 avait pourtant suscité un immense espoir. Mais rien ne s’étant amélioré, sinon la cassette de la nouvelle Nomenklatura, ce distingué cardiologue devait démissionner en juillet 1997 à la suite de violentes manifestations.

Cela ne l’a pas empêché de revenir en septembre 2005, cette fois comme Premier ministre. Il assume encore cette fonction, malgré des preuves de fraude électorale majeure aux législatives de 2009, un bilan toujours négatif… et l’enrichissement exponentiel de sa famille et de son clan, accusés non sans vraisemblance, en 1997 comme aujourd’hui, de couvrir les trafics les plus juteux : drogue (en Albanie, de notoriété publique, haschich et pavot poussent comme chiendent), contrebande, traite humaine et traite des blanches.

Originaire de Tropojë, à la frontière avec le Kossovo, le clan Berisha a-t-il également prêté la main au trafic d’organes organisé par l’Armée de Libération du Kossovo (UÇK) et dont, après la Suissesse Carla Del Ponte, ancien procureur du Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie (dans son ouvrage, La Traque, les criminels de guerre et moi, éditions Héloïse d’Ormesson), un rapport du Conseil de l’Europe publié le 14 décembre a établi la réalité ?

Ce qui a conduit l’hebdomadaire français Marianne à découvrir qu’au Kossovo, « les bourreaux étaient aussi albanais », ce que l’on savait depuis 2003, la Serbie, de son côté exigeant le 17 février de l’ONU la constitution d’une commission d’enquête sur les agissements criminels de l’UÇK de son comandante supremo, Hachim Thaçi. 

Selon le rapport élaboré par le magistrat (également suisse) Dick Marty, qui a auditionné des rescapés et d’anciens membres de l’UÇK, Thaçi a bel et bien fait exécuter en 1999 et en 2000 quelque trois cents prisonniers serbes, mais aussi des Kossovars favorables au statu quo, à seule fin de prélever leurs organes, vendus aux plus offrants. Pour mener à bien cet horrible négoce, les captifs étaient acheminés du Kossovo vers les villes albanaises de Cahan et de Kükes. Le gouvernement de Tirana ne pouvait l’ignorer, vu la superficie si exiguë du pays (28 748 km2, comme l’Auvergne) et d’autant moins que Kükes, par exemple, est située à cent kilomètres à peine de Tropoyë, berceau du bon docteur Berisha, ce qui n’empéchait nullement ce dernier de toujours soutenir mordicus que l’Albanie n’avait pris aucune part à ce honteux négoce.

Ce négoce, selon un autre médecin bien connuBernard Kouchner, relevait de la pire invention. Interrogé récemment par un journaliste, celui qui était administrateur de la province serbe du Kossovo de 1999 à 2001, donc au moment des faits, pour le compte de l’O.N.U., « ne manifeste aucune compassion pour les victimes et leurs familles. Avec arrogance et mépris, il dément la complicité passive qu’on lui impute en niant l’existence du crime ». Pis, il « éclate de rire avant, visiblement crispé et haineux, d’insulter le questionneur et de lui recommander « d’aller consulter » un psychiatre et de traiter de « salauds et d’assassins » ceux qui dénoncent les atrocités commises au Kossovo par les Albanais » (cf. LePost du 24 février).

Devant un tel déni, on ne peut que partager l’indignation de Dick Marty flétrissant dans son rapport la scandaleuse « attitude des organisations internationales en place au Kossovo » qui, « estimant devoir favoriser à tout prix la stabilité à court terme et sacrifiant ainsi d’importants principes de justice », ont accepté la fiction de la mafia kosovare travestie en « armée de libération ». Contribuant par-là même à faire naître un climat selon lequel « les uns [les Serbes] étaient nécessairement considérés comme des bourreaux, les autres comme des victimes, donc inévitablement innocents ».

« Inévitablement innocent », Hachim Thaçi, scelle l’union sacrée avec son second Agim Çegu et ses protecteurs Bernard Kouchner, le général britannique Michael Jackson et le général américain Wesley Clark (2), a donc été promu Premier ministre du Kossovo après l’indépendance du nouvel Etat, présidé par Fatmir Sejdiu.

Le 22 février 2011, Sejdiu a été remplacé par le milliardaire Behgjet Pacolli, mais Thaçi est toujours Premier ministre. Et pour cause, les deux compères ont de multiples points communs. En commençant par la Suisse dont Pacolli, qui y est surnommé « le Berlusconi des Balkans », a acquis la nationalité (que Berne faillit lui retirer en 1999, le soupçonnant de blanchir l’argent de diverses mafias), cependant que Thaçi, étudiant à Zurich, y fut inculpé de trafic d’armes. Autre point de convergence : leur passion pour les « affaires » les moins ragoûtantes.

En 2009, un rapport de la Commission européenne décrivait le Kossovo de Thaçi comme «un foyer et un centre pour les activités du crime organisé» malgré la présence de 10.000 soldats de la KFOR, des 2.000 policiers et des centaines de magistrats détachés par l’Union européenne. Lui-même était accusé dans un autre rapport (émanant du Conseil de l’Europe, toujours en 2009) de « collusion avec la criminalité organisée ». Nul ne sait comment Pacolli, ancien plongeur dans un restaurant de Hambourg devenu intime des oligarques russes et commensal de l’ex-président Boris Eltsine, a réussi à se constituer une fortune colossale à la tête l’empire Mabetex, basé à Lugano, employant 16.000 employés dans le monde entier et dans les branches les plus diverses (construction, surtout en Libye, en Russie et au Kazakhstan grâce aux bons offices du président-dictateur Noursoultan Nazarbaev, hôtellerie, presse et télévision). D’où, à l’en croire, « un bénéfice de 1,4 million de francs suisses par jour » pour Mabetex.

Ce pactole, c’est juré, profitera à ses compatriotes : « Je mets ma fortune à la disposition du Kossovo », a promis Pacolli avant son élection. Une promesse qui rappelle le slogan de son alter ego albanais pendant la campagne électorale de 2005 : « Professeur Docteur Sali Berisha, avec des mains propres» pour une meilleure répartition des fonds publics et, surtout, une lutte sans merci contre la corruption qui n’a cessé d’empirer depuis 2005.

Pour tenter de mettre fin à la révolte populaire, Berisha s’est débarrassé de son ancien vice-Premier ministre Ilir Meta, déchu le 16 février 2011 de son immunité parlementaire sous prétexte de faits de corruption bien sûr avérés, mais que le Premier ministre en titre avait jusque-là couverts, voire encouragés. Cette ultime manœuvre sauvera-t-elle son régime ou, exaspérés par la pauvreté et la disparité croissante entre leur triste sort et le train de vie ostentatoire de la clique au pouvoir, les Albanais vont-ils finir par imiter les Tunisiens, les Egyptiens et les Libyens et sombrer dans la violence ?

Revenus en force après la chute de la dictature communiste qui interdisait toute pratique religieuse, les imams attendent leur heure, convaincus qu’ils sont, dans les mosquées qui ont champignonné grâce aux largesses de l’Arabie saoudite, qu’ils seront les grands gagnants de l’épreuve de force.

            Pour limiter les dégâts, Washington et l’Union européenne favorisent une évolution « à la turque », avec un parti prônant un islam « modéré » comme l’AKP du Premier ministre Erdogan. Dans un pays profondément féodal, arriéré, violent, et qui n’a jamais connu une profonde réforme de la société comme celle qu’avait entreprise le kémalisme, un tel dessein – dicté également par l’obsession de remettre la Sublime Porte au centre du jeu eurasiatique – semble toutefois relever de l’irénisme. En cas de révolution en Albanie, bien plus probable apparaît la victoire d’un islam radical, qui ne mettrait pas longtemps à l’implanter également au Kossovo. Pacolli prétend faire de ce dernier pays un phare « du cosmopolitisme et du multiculturalisme » dont lui-même est un si bel exemple, mais qui, tout comme l’Albanie, est dévasté par la corruption de ses dirigeants… et désormais musulman à plus de 90%.

Les mêmes causes produisant les mêmes faits, l’actualité récente a maintes fois démontré que la dépravation des élites était le plus sûr allié des fous d’Allah dans leur montée au pouvoir. Même si les fondamentalistes sont eux aussi éminemment corruptibles. Voir l’Afghanistan.

Camille Galic

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Faits Divers- Sociétés

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