Alexandre Arcady : « Humaniser Merah, c’est charger la société de tous les maux »

Publié le 27 Février 2013

 

Le 6 mars prochain, France 3 consacrera sa soirée à un documentaire sur Mohamed Merah dans lequel plusieurs de ses proches s’exprimeront. Une programmation contre laquelle les avocats des familles de victimes s’insurgent, mais également le réalisateur Alexandre Arcady. Dans une lettre publiée en exclusivité par leJDD.fr, le cinéaste estime que la chaîne publique devrait s’interroger sur ses choix.

Alexandre-Arcady

La diffusion par France 3, le 6 mars prochain, d’un documentaire consacré à Mohamed Merah crée la polémique. Pour le triste anniversaire des tueries de Toulouse et de Montauban, la chaîne publique consacrera en effet une soirée entière au tueur au scooter avec un documentaire en prime time, suivi d’une enquête.

 

Le sujet est douloureux et surtout sensible. La diffusion en novembre dernier d’Enquête Exclusive (M6) dans lequel la sœur de Mohamed Merah se disait « fière de son frère » ou celle par TF1, dans Sept à huit en juillet 2012, des enregistrements des échanges entre Mohamed Merah et les hommes du Raid pendant le siège de son appartement toulousain, avaient déjà scandalisé les proches des victimes et suscité de nombreux débats.

 

Cette fois, les avocats des familles des victimes souhaitent que la chaîne déprogramme le documentaire intitulé « Affaire Merah, itinéraire d’un tueur », où apparaissent Souad, la sœur aînée de Mohamed Merah et Zoulikha, sa mère. « Il y a une forme d’indécence et d’obscénité à mettre en avant les deux personnes les plus proches de Mohamed Merah, tant familialement qu’idéologiquement », dénoncent-ils.

 

Une position que le réalisateur français Alexandre Arcady partage également. Dans une lettre intitulée « Pourquoi les bourreaux fascinent davantage que les victimes? » et publiée en exclusivité par leJDD.fr, le cinéaste dénonce le choix de France 3. « Je ne connais pas le contenu de ce programme mais j’entends la publicité qui lui est déjà faite pour créer l’évènement », explique-t-il avant de s’interroger : « sous le prétexte de vérité ne dissimule t-on pas une sorte de voyeurisme détourné et d’autant plus répugnant?

 

France 3 maintient la diffusion

« La recherche de la ‘vérité’ n’est pas une excuse face à la barbarie », poursuit-il avant de pronostiquer qu’ »on finira par trouver (aux bourreaux) des circonstances atténuantes, voire de bonnes raisons ». « Je ne ressemble pas à Merah, ni à ses proches qui trouveront naturellement les mots pour excuser ses actions. Je refuse qu’on puisse accorder une quelconque indulgence aux bourreaux, ceux d’hier, les nazis les plus abjects, comme ceux d’aujourd’hui : les fondamentalistes du 11 septembre, les bouchers du GIA, les meurtriers de Casablanca, de Madrid, ou de Londres », s’indigne-t-il encore.

 

Pour lui, les journalistes, les auteurs, les cinéastes doivent s’interroger sur leur responsabilité. « Réaliser un reportage, écrire un livre ou faire un film sur les assassins met inévitablement en lumière les assassins au risque d’en faire des héros », prévient-il citant les nombreux exemples de jeunes qui revendiquent « haut et fort » le nom de Merah depuis ses crimes. « Humaniser Merah face à Myriam Monsenego (l’une des victimes de la tuerie de l’école Ozar Hatorah, Ndlr) c’est vouloir charger la société de tous les maux et c’est le faire au mépris des victimes », considère-t-il. « France 3 (..) devrait s’interroger sur ses choix », estime enfin Alexandre Arcady. Pour l’heure la chaîne du service public a fait savoir qu’elle maintiendra la diffusion de la soirée consacrée au tueur au scooter.Thierry Langlois, directeur de l’antenne et des programmes, a d’ailleurs assuré jeudi matin sur Europe 1 que l’objet de ce programme était une analyse, un décryptage et non une apologie.

 

Lire l’intégralité de la lettre d’Alexandre Arcady :

LA FASCINATION DU BOURREAU
Pourquoi les bourreaux fascinent davantage que les victimes ?
Depuis « Portier de nuit », au cinéma, la fascination pour le bourreau est
souvent au-devant de la scène tant à la télévision que sur le grand écran
et en littérature.
Pour être en phase avec notre actualité, France 3, chaîne du service
public, ce qui n’est pas accessoire, a décidé de programmer à la date
anniversaire de la tuerie, un documentaire sur Mohamed Merah en
interrogeant, entre autres, la famille proche du tueur de Toulouse et de
Montauban. Les familles des victimes, encore accablées de douleur,
s’insurgent avec raison et demandent au Président de France Télévisions
de déprogrammer ce reportage.
Je ne connais pas le contenu de ce programme mais j’entends la publicité
qui lui est déjà faite pour créer l’évènement et je m’interroge sur cette
fascination que provoquent les bourreaux dans les médias.
Sous le prétexte de vérité ne dissimule t’on pas une sorte de voyeurisme
détourné et d’autant plus répugnant ?
Je pense à cette phrase de Jean-Luc Godard : « La pire des barbarie,
c’est de donner la parole aux bourreaux ».
La recherche de la « vérité » n’est pas une excuse face à la barbarie et
par reflexe humaniste, on en viendra sans doute à tenter de comprendre
comment des hommes sont devenus si monstrueux, on finira par leur
trouver des circonstances atténuantes, voire de bonnes raisons…
Aller tuer à bout portant une petite fille ou un soldat désarmé, avec une
caméra accrochée à son blouson, ne mérite aucun pardon. C’est
simplement, le visage hideux de l’abjection.
Pourquoi fallait-il aller interroger la famille proche de cet assassin ?
Pour comprendre ? Pour apprendre ?
Mais quoi exactement ?
Pourquoi fallait-il que les médias diffusent en boucle les images de ce
voyou aux multiples passeports, faisant des pirouettes en voiture ?
Pour nous dire qu’il est comme nous ? Qu’il nous ressemble ?

Non, je ne ressemble pas à Merah, ni à ses proches qui trouveront
naturellement les mots pour excuser ses actions.
Je refuse qu’on puisse accorder une quelconque indulgence aux
bourreaux, ceux d’hier, les nazis les plus abjects, comme ceux
d’aujourd’hui : les fondamentalistes du 11 septembre, les bouchers du
GIA, les meurtriers de Casablanca, de Madrid, ou de Londres.
Non, je ne ressemble pas à Fofana, ni à ces barbares, les tueurs d’Ilan
Halimi.
Il faut que les journalistes, les auteurs et les cinéastes s’interrogent sur
leur responsabilité.
Réaliser un reportage, écrire un livre ou faire un film sur les assassins
met inévitablement en lumière les assassins au risque d’en faire des
héros.
Ne voit-on pas, depuis le drame de Toulouse une multitude de jeunes
revendiquer haut et fort le nom de Mohamed Merah ?
France 3, qui s’apprête – coïncidence – à financer un film sur le supplice
d’Ilan Halimi, vu du côté de ses assassins, devrait s’interroger sur ses
choix.
Humaniser les barbares, ceux qui veulent tout, tout de suite, face à Ilan
Halimi, c’est choisir, quoiqu’on dise, la voie de la compréhension, de la
compassion.
Humaniser Merah face à Myriam Monsenego c’est vouloir charger la
société de tous les maux et c’est le faire au mépris des victimes.
Quand l’immonde Merah a tué, il l’a fait de sang froid, il a rattrapé des
enfants qui fuyaient la mort et il a filmé leur exécution. Nous sommes là
au-delà de l’atroce.
Quand les barbares humilient, torturent, mutilent, puis tuent Ilan Halimi
au prétexte qu’étant un juif, il est riche ou que toute une communauté
derrière lui va payer, cet assassinat, non plus, ne mérite aucune excuse,
aucun pardon.
Il suffit. Je me fous des justifications, des enfances difficiles, de la
méchanceté de la société et du fatras de la bien-pensance.
Merah comme Fofana, sont complices dans l’abominable. Ils sont faitsde chair et d’os, ils ont un cœur, des mains, peut être même un cerveau,
mais ce n’est pas la société qui a levé leur bras, tenu leur main quand ils
ont donné la mort.
J’ai plus à apprendre des faibles que des amis des assassins.
Je ne veux entendre que la douleur des victimes et de ceux qui leur
survivent.
J’ai plus à apprendre et à m’enrichir de la force des parents de Myriam,
de Mme Sandler, de la maman d’Ilan, de ce qu’ils ont subi et de ce qu’ils
trouvent en eux, pour vivre encore.
Ma compassion n’est pas extensible à l’infini, et je ne perds pas mes
repères.
Quant à ceux qui construisent la légende des bourreaux au prétexte de
roman, de film ou d’information, qu’ils s’arrangent avec leur conscience.

Alexandre Arcady

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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LA GAULOISE 28/02/2013 08:29


DANS QUEL BUT UNE TELLE EMISSION? J 'ESPERE QUE FRANCE 3 A INVITE LES FAMILLES DES VICTIMES OU MIEUX ENCORE : LEUR CONSACRERA UNE EMISSION ENTIERE.

aupied 28/02/2013 04:20


scandaleux, c'est peut être un héros aussi non ? il a tuer des innocents et vous avez le courage de le poser en victime?? et les parents des vrais viticmes ils doivent dire amen a toutes cette
racaillent qui trainent partout en Françe  , HONTE A VOUS MONSIEUR , donnez donc ce triste type dans les mains des parents des victimes et vous verrez ce qu'ils en ferons , croyez vous qu'il
faut laissez faire tout ce qu'il ce passent en ce moment ??? c'est abus de  faire un pied de nez a la France , que justement ces gens là devraient remercier , car sans notre france il
n'exciterai plus, dans un sens ce serait pas plus mal