Algérie : les festivités des 50 ans de l'indépendance à défaut de liberté!

Publié le 19 Juillet 2012

Sur ce site "Puteaux-Libre", nous avons souvent parlé de cette guerre d'Algérie qui ne dit pas son nom. De la souffrance des européens, des harkis oubliés de nos livres scolaires d'Histoire.

Pour moi, né en 1952, l'Algérie c'était un copain qui venait d'emménager dans nos HLM de Chartres. Des HLM qui provoquaient l'envie de tous à l'époque: pas de tag, pas d'escalier crade, pas de dealers, pas de ramadan dans les halls d'immeubles ni de boîtes aux lettres cassées. Des escaliers avec des pots de fleurs entre chaque étage mis par les locataires. Un autre monde! Jean-Claude était un garçon timide, pour nous autres de la bande, c'était un pote de plus. Il ne parlait que très rarement de l'Algérie et nous on s'en foutait totalement. L'Algérie a dix ans, on s'en battait l'oeil.

Pareil pour mon pote Gérard dont le père était un ancien Républicain espagnol. On habitait tous le même HLM et la politique... C'est bien plus tard que j'ai compris la méfiance de Monsieur Lopez qui avait dû connaître les centres de rétention Léon Blum après la guerre d'Espagne. Bien plus tard que j'ai compris pourquoi on ne voyait que très rarement les parents de Jean-Claude. Nous on était des gosses. 

Pour moi aujourd'hui, bien des choses s'éclairent et ce que je croyais comme allant de soi ne l'est plus. Certes, il est facile de juger après coup, de refaire l'Histoire. Cependant, je regrette véritablement ce manque de discernement, ce manque d'humanité que le général De Gaulle a eu face à l'Algérie Française. Je comprends qu'ils ont eu le sentiment d'être trahis tout simplement parce qu'ils le furent. La France n'est pas sortie grandie de cette affaire. Nous en payons encore aujourd'hui le prix.

Ne parlons pas de pardon car lorsque des familles entières ont été massacrées, ont disparu (réservoirs à sang, puis égorgés par le FLN en toute connaissance des autorités françaises), des pères, des enfants assassinés, il est difficile voire, impossible de pardonner. Cependant, on peut essayer de vivre avec et dans le respect. Hélas, un pays comme la France qui traite mieux ses immigrés (enfants du FLN) et qui  vit dans le repentance permanente au lieu d'honorer ses soldats de la métropole ou les harkis, ne prouve pas son respect pour eux.

Monsieur Louanchi me fait parvenir un texte. Je l'édite parce que le gosse que j'étais en 1962 est devenu sensible à cette souffrance d'hier qui ne peut s'éteindre que dans la mort. 

Gérard Brazon

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Harkis : Les camps de la honte.


L'Algérie célèbre cet été le cinquantenaire de son indépendance. La lecture de cet évènement sera diverse: Guerre de Libération, guerre d'Indépendance, modèle unique d'insurrection proclamé au monde, ces 8 années d'horreurs, d'errements et d'injustices continuent de suppurer dans les coeurs et les corps. 

Cinquante ans, ce n'est pas encore le temps historique, qui au sens scientifique ne débutera qu'à la disparition de tous les témoins. Mais cinquante ans c'est encore la possibilité pour les bourreaux et les victimes, parfois confondus en un seul être, de parler, confronter et comprendre.

Dans cette course contre l'oubli, écrasés dans l'étau de l'histoire, écartelés entre les deux rives de la Méditerranée, une cohorte de vaincus tend un miroir à la France. Les harkis, leurs familles, leurs enfants. Qu'avons nous fait de leur exil, de leur arrachement, de leur Arabité, de leur culture?

1975: A l'image des commandos de jeunes palestiniens qui menaient à l'époque des actions de terreur pour dénoncer l'injustice, en France, quelques jeunes harkis, parqués eux aussi dans des camps, décidèrent d'emprunter leur méthode.

Hocine et ses copains, étouffant sous leurs cagoules noires, armés de vieux fusils sciés, ont fait raser leurs camps de rétention. Eux, les oubliés de la guerre civile algérienne, les engloutis du paysage français, ont soudain réussi à parler aux radios, aux caméras, aux gendarmes, aux préfets, aux ministres ! Puis à s'évaporer dans la nature, sans poursuites ni condamnations.


1975-2012...Trente sept ans après son fait d'armes existentiel, Hocine Louanchi le cagoulard du camp de l'Ardoise dévoile son visage, sa vie, son épouse Fattima, la combattante culturelle et syndicale d'aujourd'hui. Le cinquantenaire sera fêté là-bas, les algériens célèbreront leur Indépendance, à défaut de leur Liberté...

Dans leur villa arlésienne Hocine et Fattima, entourés de leurs enfants et petits enfants continueront encore de se demander ce qu'ils font là, loin de leur pays de blanc et de bleu, avec ces tâches rouges par terre et ces visages déchirés qui peuplent le ciel...


Par Hocine Louanchi, Jean-Claude Honnorat et Anne Gromaire

 

Sur radio-alpes.net - Audio -France-Algérie : Le combat de ma vie (2012-03-26 17:55:13) - Ecoutez: Hocine Louanchi joint au téléphone...émotions et voile de censure levé ! Les Accords d'Evian n'effacent pas le passé, mais l'avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi) 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Histoire de France

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