Antiterrorisme. Des failles qui inquiètent - Par Hervé Chambonnière

Publié le 22 Août 2013

Par Hervé Chambonnière

Un an après l'affaire Merah, comment se porte l'antiterrorisme français ? Mal. Organisation datée, outils jugés archaïques... Le « FBI à la française » ne serait tout simplement pas adapté aux profils et méthodes des nouveaux apprentis terroristes.

Un 357 Magnum, deux pistolets automatiques de calibre 7.65. Et de quoi fabriquer des explosifs pouvant provoquer des « dégâts considérables sur plusieurs centaines de mètres ». Tel est l'arsenal découvert par la police antiterroriste, il y a un mois, au domicile de trois apprentis terroristes présumés, âgés de 21 à 27 ans, à Marignane, dans les Bouches-du-Rhône. Comment les suspects ont-ils été repérés ? Un seul était connu de la police (quelques mois de prison en 2012 pour une affaire de cannabis). Aucun ne fréquentait les mosquées ou un quelconque réseau islamiste. Pas un ne priait. Pas un voyage à l'étranger. 

Indétectables... mais stupides 

« Ils étaient quasi indétectables, assure une source judiciaire. Heureusement pour nous, ils étaient stupides ». Sur le toit du domicile de l'un d'eux, ils avaient hissé le drapeau noir des salafistes. Sur Internet, ils surfaient sur des sites islamistes, mettaient en ligne des photos d'eux, armes à la main. L'un d'eux faisait ses courses, tee-shirt al-Qaïda sur le dos, et avait même envoyé un e-mail de menaces à Barack Obama... « Les terroristes "professionnels", organisés, on en voit de moins en moins, témoigne Marc Trévidic, juge d'instruction au pôle antiterroriste du TGI de Paris. Nous rencontrons, en revanche, de plus en plus d'amateurs. C'est ce qui les rend paradoxalement peut-être plus dangereux. » Parmi ces nouveaux islamistes : de plus en plus de femmes et de mineurs. 

Mineurs radicalisés en deux mois 

« Les mineurs, on n'en voyait jamais auparavant », s'inquiète Marc Trévidic. Dans son dernier livre (*), le magistrat décrit des jeunes « influençables, sans repères, avec des notions de bien et du mal relativement floues, une culture générale absolument nulle ». « Ils sont devenus le sujet idéal de radicalisation. En deux mois, pas plus, un jeune de 16 ans peut devenir un salafiste convaincu sans avoir rien compris à l'islam et encore moins au salafisme. » Ces nouveaux profils ont changé la donne. « Nos schémas sont dépassés », confie Marc Trévidic dans son livre. Avant, « les coups des fous de dieu étaient prévisibles (...) Ils discutaient à l'infini de l'engin explosif le plus approprié, de la cible la plus adéquate. Nous les écoutions changer d'avis, hésiter pendant un an, deux ans (...) Rien ou presque ne nous échappait (...) Nous étions si habitués à travailler sur leurs communications, leurs déplacements, leurs recherches sur Internet, leurs rendez-vous trop peu secrets. » 

L'aveu du patron de la DCRI 

Les islamistes n'ont pas seulement changé de visage. Ils ont aussi changé de méthodes, appris à se dissimuler. « Il est fini le temps du barbu en djellaba, confirme un policier antiterroriste. Les éléments radicaux les plus inquiétants ne parlent plus au téléphone. Ils cryptent leurs e-mails et sécurisent leur accès à Internet. Ils sont capables, pour arriver à leurs fins, de mener une vie à l'occidentale, avec tous ses excès... » Cet art de la dissimulation et du mensonge (Taqiyya) est la nouvelle arme des terroristes. C'est, en partie, grâce à cette stratégie que Mohamed Merah, bien qu'ayant été repéré dès 2006, a pu déjouer la vigilance de nos services de renseignement, et frapper durement la France, en mars 2012. Mais pas seulement. Les outils de l'antiterrorisme, eux, n'ont pas évolué. « Nous en sommes restés à des moyens d'actions presque archaïques », confessait le nouveau patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), Patrick Calvar, devant un parterre de députés, sidérés, de la commission de la Défense nationale, en février dernier. 

Logiciels espions... introuvables ! 

« Les écoutes téléphoniques n'ont plus aucun intérêt sinon pour localiser celui qui parle, car tout le monde se méfie, poursuivait le directeur. D'ailleurs tout passe désormais par l'Internet ». Exemple du dénuement policier : le service serait aujourd'hui dans l'impossibilité d'écouter les conversations passées depuis le web avec l'application Skype ! Depuis la loi LOPPSI 2 votée en 2011, les services ont pourtant le droit de recourir au piégeage informatique (logiciels espions). Souci numéro un : aucun fournisseur disponible ! Le FBI, auquel la DCRI a été comparée à sa création en 2008, a trouvé la solution (en 2001) : il a lui-même développé son propre logiciel. La DCRI aurait volontiers procédé de la même manière... si elle avait dans ses rangs des ingénieurs. Problème : elle ne recrute que des policiers. Pas d'ingénieurs. Ni analystes financiers. Ni interprètes : il ne faut compter que sur une ou deux poignées de policiers arabisants (à Toulouse, il n'y en avait qu'un seul) sur un effectif de 3.000 personnes ! Souci numéro deux : le recours à ces logiciels espions n'est possible que dans le cadre d'une information judiciaire (contrôle d'un juge d'instruction). Absurde paradoxe ! Le juge n'est saisi que si la dangerosité du suspect est avérée. Pas d'éléments ? Pas de juge. Sans juge... pas d'éléments ! Résultat : les services vivent dans la psychose d'un nouveau Mohamed Merah. Depuis quelques mois, la DCRI « arrête tout ce qui bouge ». Chaque semaine, selon Marc Trévidic, « plus d'un djihadiste parti à l'étranger » est déféré au parquet antiterroriste. 

(*) Marc Trévidic, « Terroristes, les 7 piliers de la déraison » (Éditions J.-C Lattès, 18 euros).

Hervé Chambonnière

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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Pivoine 23/08/2013 12:12


« Les terroristes "professionnels", organisés, on en voit de moins en moins, témoigne Marc Trévidic, juge d'instruction au pôle
antiterroriste du TGI de Paris. Nous rencontrons, en revanche, de plus en plus d'amateurs. C'est ce qui les rend paradoxalement peut-être plus dangereux. » Parmi ces nouveaux islamistes : de plus
en plus de femmes et de mineurs.


Et quand on sait que malgré tout, l'immigration musulmane continue, il y a de quoi se poser des questions sur les buts non avoués de nos gouvernements...

Marie-claire Muller 22/08/2013 17:23


PLUS DE FRONTIERES, PLUS DE SECURITE INTERIEURE A LA HAUTEUR, PLUS DE MAGISTRATS INTEGRES MAIS POLITISES, PLUS PERSONNE POUR PROTEGER LES CITOYENS= TOUTES LES CONDITIONS SONT LA POUR UNE
INSURRECTION!!!