Joffrin, Domenach veulent la tête de Robert Ménard - par Bonapartine

Publié le 6 Avril 2011

           Un long article de Bonapartine sur l'attitude lamentable de Laurent Joffrin par rapport à Robert Ménard. Prenez le temps de lire son analyse qui mérite le détour et nous arme pour répondre à des interrogations aussi diverses que variées. A lire particulièrement le passage ou Monsieur Nissim Zvili, à la radio israélienne 90 FM dit son inconpréhension du CRIF en France au sujet de Marine Le Pen.

Gérard Brazon 

par Bonapartine 

         Vendredi 1er avril 2011 : comme presque tous les jours, je commence ma journée par la lecture de la presse. Non sans une certaine méfiance car dans ce monde qui se met à manquer de tout, d’humour, d’humanisme, de créativité, de passion, je crains que les « meilleures » blagues d’un 1er avril ne deviennent, en fin de compte, des blagues de très mauvais goût. Je parle de celles qui n’ont aucune étoffe, ne laissent aucune empreinte dans une vie, pas même celle de la nostalgie.

          Ce 1er avril 2011, je consulte, là aussi comme à mon habitude, les pages du Nouvel Observateur. Parmi plusieurs titres, celui de l’édito de Laurent Joffrin retient mon attention : « Adieu Ménard ». Pour ne rien vous cacher, j’ai d’abord imaginé le pire avec un titre aussi mortuaire ! Et puis, j’ai poursuivi ma lecture :

« J’ai connu Robert Ménard il y a longtemps, aux débuts de « Reporters sans frontières », quand il défendait les journalistes en difficulté à l’étranger. Ménard n’était pas intellectuel. Fallait-il l’être ? Il agissait avant de réfléchir mais il était utile, chaleureux, opiniâtre. Comme disait à peu près Audiard, un con qui marche va toujours plus loin que deux intellectuels assis …. Ménard était, comme toujours, décidé, courageux, imperturbable sous les balles, âme d’un petit complot médiatique et voyageur destiné à aider un journal libre au siège démoli par les obus serbes, étranger aux querelles nationalistes. »

Ne doutons pas que nombre de journalistes de terrain, envoyés en Afghanistan, en Libye ou en Côte d’Ivoire apprécieront, en temps utile, de découvrir qu’au fond, l’appréciation que porte Laurent Joffrin sur le journaliste Robert Ménard qui risquait sa vie non loin des balles et des obus serbes, pourrait finalement être celle qu’il porterait sur tout journaliste exerçant son métier dans des conditions analogues à celles que connut Robert Ménard il y a quelques années : certes un journaliste « décidé, courageux, imperturbable » mais qui n’en demeure pas moins « pas intellectuel » et c’est péjoratif sous la plume d’un Joffrin qui s’inscrit dans la cour si précieusement ridicule de « l’intelligentsia » dont il parle ensuite. Vous savez, cette « intelligentsia » qui se croit tellement sûre de ses droits, se prend tellement au sérieux qu’elle ne sent même plus ses chevilles gonfler, oubliant qu’en réalité, elle a été, depuis maintenant près de quarante ans, incapable de sortir la France et l’Europe de la situation économique et budgétaire dans laquelle elles s’enfoncent inexorablement aujourd’hui.

Remarquez, à y bien réfléchir, il est vrai qu’il est sans doute plus aisé d’appartenir à cette catégorie de journalistes de salon qui surfent, aux aléas de leurs humeurs et surtout selon le sens dans lequel tourne le vent, entre « La Gauche retrouvée » (Ed. du Seuil, 1994) et « La Gauche Bécassine » (Ed. Robert Laffont, 2007), sans toutefois cracher dans la soupe quand il s’agit d’être placé à la tête de Libération quasiment par Edouard de Rothschild.

Pour tout vous dire, à la lecture des premières phrases de cet édito, j’ai cru, dans un premier temps, à un canular. A « un poisson d’avril ». Puis vint le temps de la lecture de ces lignes que je qualifie, personnellement, d’infâmes tant elles n’ont d’autres objectifs que de servir ses intérêts personnels en se faisant passer pour le nouveau héros de l’anti-lepénisme d’une part, de détruire d’autre part, non sans un certain cynisme, la réputation d’un homme :

« Le voilà lepéniste. Tout est possible en ce bas monde. Il avait commencé chez Trotski, le voilà chez Maurras. Il a crée « Reporters sans frontières ». Il n’aime plus les reporters, trop à gauche, il s’est converti aux frontières, qui doivent arrêter les arabes. A près de soixante ans, il considère donc qu’il s’est trompé toute sa vie. Il veut réhabiliter la peine de mort. A-t-il lu Hugo ? Sait-il que les pays où elle est appliquée ne sont pas plus sûrs que les autres ? Veut-il faire marcher la civilisation à reculons ? Il veut défendre les électeurs lepénistes méprisés par l’intelligentsia. Mais ce n’est pas les mépriser que de les contredire. Au contraire, cette démagogie qui consiste à adopter les idées fausses du peuple en croyant le servir est le pire des mépris. Ménard n’en a cure. Il a rompu avec les intellectuels assis. Il marche … »

1. « Le voilà lepéniste. Tout est possible en ce bas monde. Il avait commencé chez Trotski, le voilà chez Maurras. »

Sous prétexte de parler de Robert Ménard, Laurent Joffrin nous propose, d’emblée, l’équation suivante : « Front National = Maurras ». Equation, me semble-t-il, remise en cause par Marine Le Pen si l’on en juge par ses déclarations faites lors de son interview à la radio israélienne 90 FM, le 30 mars 2011.

On peut apprécier ou détester le Front National. Mais quelle que soit l’opinion de chacun sur la question, c’est véritablement malhonnête de déformer ainsi le discours d’une personne, qu’elle soit publique ou pas, élue ou pas. A titre personnel, j’ai de nombreux points de désaccords avec Marine Le Pen sur son projet de politique économique, l’Europe, la peine de mort, le non déremboursement de l’Interruption volontaire de grossesse, le rejet de l’adoption d’enfants par des couples homosexuels, pour ne prendre que ces exemples là. Pour autant, je ne me plierai pas à la ligne si confortable, amplement promue et diffusée en France, d’une pensée jugée « autorisée » qui prédispose au mieux à la facilité, au pire à la lâcheté et qui conduit tous ceux prioritairement préoccupés à préserver leur statut professionnel et/ou leur carrière, à dévoyer systématiquement les opinions qui ne correspondent pas à la pensée délibérément véhiculée par les « meilleurs esprits » du microcosme médiatique. Je ne veux donc pas laisser Monsieur Joffrin affirmer que Madame Le Pen s’inscrirait dans la doctrine maurrassienne. La pensée de Charles Maurras était incontestablement antidémocratique et antiparlementaire. A cela, personne n’a oublié ce que Maurras disait de « l’Anti-France » qu’il représentait par les quatre Etats confédérés qu’étaient, selon lui, « les Protestants, les Juifs, les Francs-maçons et les Métèques ». Or, à ma connaissance, il n’y a, du moins pour l’instant, absolument rien de semblable à ce discours maurrassien, dans celui de Marine Le Pen.

Et Robert Ménard, là dedans ? Quel serait le lien entre Robert Ménard, Marine Le Pen et Charles Maurras, sachant qu’il n’en existe déjà pas entre Madame Le Pen et Charles Maurras ?
Robert Ménard aurait-il eu, par exemple et en référence à Maurras, des propos antisémites ? Je réponds : « Non ». A partir de là, je n’ignore pas que les esprits tortueux vont inévitablement me ressortir l’épisode de l’émission « Tout le monde en parle » du 18.01.03, animée par Thierry Ardisson sur France 2. Y étaient, en effet, invités Julie Andrieu, Jean d’Ormesson qui comme toujours dans cette affaire a su faire preuve d’élégance intellectuelle et d’éducation, Christophe Alévêque, Arno Klarsfeld, Robert Ménard alors venu parler de son livre au titre déjà bien avant-gardiste « La censure de la bien-pensance ». Le débat s’oriente très rapidement sur la question de la légalité ou non de la diffusion d’objets nazis sur Yahoo. Robert Ménard considérait, à l’époque, que l’intervention de l’Etat était, en la matière, illégitime. Point de vue de Robert Ménard que, pour ma part, je ne partage pas. Mais au-delà de mon avis sur le sujet, à quoi l’expression de l’opinion de Robert Ménard avait-elle abouti, une fois l’émission terminée ? Dans la même logique que celle qui prévaut, aujourd’hui, à assimiler Robert Ménard à un « maurrassien », ce sont les mêmes qui, à l’époque, déduisaient une présomption d’antisémitisme dans la pensée de Robert Ménard. Et ce n’est sans doute, du reste, pas tout à fait un hasard si, en 2011, soit huit ans plus tard, Laurent Joffrin se sent en quelque sorte les mains libres pour reléguer, sans aucune impunité, au rang de « maurrassien » Robert Ménard. Quoi qu’il en soit, je rappelle qu’à aucun moment, au cours de l’émission de Thierry Ardisson, Robert Ménard n’avait nié la Shoah. Il n’avait jamais non plus contesté la douleur des survivants de la Shoah devant la libre expression donnée aux négationnistes ou la « légalité » de la vente d’objets nazis sur Yahoo.
Simplement, Robert Ménard défendait – et défend toujours du reste -, la liberté d’expression, à laquelle il mettait néanmoins deux limites que j’approuve et sur lesquelles, à mon sens, il devrait insister plus souvent qu’il ne s’y emploie actuellement : a) L’appel à la violence ; b) L’insulte personnelle. Et c’est là, effectivement, que le raisonnement d’ensemble de Robert Ménard s’enraye si l’on considère, comme moi et tant d’autres qui n’ont strictement rien à voir avec la bien-pensance des bobos de gauche, que la libre expression du discours négationniste, sur le Net ou pas, ainsi que la diffusion et/ou la vente d’objets nazis sur Yahoo constituent, tant au plan philosophique qu’au plan pénal, à la fois une insulte personnelle à la mémoire des survivants de la Shoah et une incitation à la violence. Faut-il pour autant en tirer des conclusions hâtives sur le discours de Robert Ménard ? Je persiste et je signe en déclarant que non. Pourquoi ? Robert Ménard se situait ici dans le cadre de la liberté d’expression qu’il ne voulait pas interdire aux négationnistes, partant du principe qu’il faut finalement faire confiance à l’intelligence de l’opinion publique pour rejeter ces discours et procédés plus que douteux :

« Evidemment que c’est monstrueux d’aller acheter un certain nombre d’objets du 3ème Reich, évidemment que les gens qui font çà, évidemment ils sont détraqués dans leur tête, mais je ne crois pas qu’avec l’interdiction, on fera avancer les choses. Le pari, c’est de dire « Il y en a marre de faire systématiquement appel à l’Etat. On peut faire confiance aux gens. On peut parier, si des gens ont des idées stupides, on essaie de les convaincre qu’ils ont des idées stupides ».

C’est là l’un des enjeux fondamentaux du débat sur la liberté d’expression : faut-il, au nom de la liberté d’expression, tout accepter et donc tout permettre ? Je ne le pense pas mais j’entends également le point de vue de Robert Ménard, sans exclusive, parce qu’il me renvoie à une certaine humilité indispensable dans tout débat qui m’incite constamment à m’interroger en ces termes : « Ai-je raison d’affirmer, au risque d’imposer mon point de vue à autrui, qu’il est dangereux de laisser circuler et mettre à disposition sur le Net des objets du 3ème Reich sans, à aucun moment, penser que l’on puisse faire confiance à l’intelligence du plus grand nombre pour y mettre un terme ? »

Voici donc pour le premier point que je souhaitais soulever. Mais mon raisonnement, s’il s’arrêtait là, serait, en vérité, incomplet car la démarche intellectuelle de Laurent Joffrin qui consiste à livrer en pâture à l’opinion publique tous ceux qui ne pensent pas exactement comme lui, ne s’applique pas de manière égale et à situation comparable, à tous ceux qui ont le courage de leurs opinions, surtout lorsque ces opinions ne suivent pas la mélodie du politiquement correct.

Un seul exemple : l’interview de l’ancien ambassadeur d’Israël en France, Monsieur Nissim Zvili, à la radio israélienne 90 FM. Suite à l’interview de Marine Le Pen effectuée sur cette même radio le 30.03.11, Monsieur Zvili déclare :

« D’abord, je voudrais vous féliciter sur cette interview. Je crois que c’est une très bonne idée. Je crois que la voix de Marine Le Pen comme elle la présente aujourd’hui, doit être entendue, légitimement en France et en Israël. Je crois que c’est une voix qui doit être écoutée par les Français et par les Israéliens et je crois que ce qu’elle représente aujourd’hui, en France, c’est une prise de conscience que la France a passé, pendant ces dernières décennies, des changements qui sont tellement, tellement profonds qu’ils risquent de mettre en danger la culture et la Constitution française et je veux vous rappeler qu’il y a une semaine ou quinze jours, peut-être un peu plus de çà, un ministre du gouvernement Sarkozy a dit à peu près la même chose. Il a dit « Il y a de plus en plus de Français qui ont des difficultés de se reconnaître en France. » C’est exactement ce qu’a dit Marine Le Pen et je crois que ça a été une très grave erreur du côté du C.R.I.F de ne pas permettre cette interview à Radio J ; ça a été une très grave erreur du côté de l’Etat d’Israël de ne pas recevoir Marine Le Pen malgré qu’il y a six ans, la situation était un peu différente et ce que je n’aime pas, c’est surtout cette hypocrisie qu’il y a dans la politique française et israélienne aussi. …. Aujourd’hui, on parle de la France. On ne peut pas ignorer cette voix, on ne peut pas essayer de faire disparaître complètement la prise de conscience et l’inquiétude qui existent dans la société française. ….. Je crois que c’est quand même une erreur d’essayer de passer toutes les critiques qu’on avait, on avait énormément de critiques justifiées vis-à-vis du père, à la fille. Je crois que la fille est différente. Je crois que la fille a adopté une idéologie différente ; je crois qu’elle a adopté l’approche à la vie politique française qui prend très bien en considération les faiblesses de la société, mais aussi elle propose des solutions qui, d’après moi, ne sont pas applicables mais c’est une autre question …. Et si j’essaie de juger la candidature de Marine Le Pen, il faut la juger vis-à-vis des besoins de la société française et pas seulement vis-à-vis de ses positions vis-à-vis de l’Etat d’Israël. »

Je remercie d’emblée Monsieur Nissim Zvili d’avoir osé cette déclaration que plus personne n’aurait plus « le droit », non pas en théorie mais dans les faits, de prononcer, de nos jours, en France, sans risquer immédiatement un procès. Ce qui démontre, au passage, que la liberté d’expression, n’en déplaise à ceux qui ne cessent de qualifier l’Etat d’Israël de « criminel » se porte, de toute évidence, beaucoup mieux en Israël qu’en France !
En attendant, que remarque-t-on au sujet des déclarations de Nissim Zvili ? C’est Radio Silence du côté de Laurent Joffrin. Radio Silence aussi du côté du C.R.I.F. C’est stupéfiant, non ?
Remarquez, je conçois l’embarras et donc le silence de Laurent Joffrin devant les déclarations de Monsieur Nissim Zvili qui n’offre pas, à certaines de nos élites médiatiques, l’occasion rêvée de dénoncer, une fois de plus, cette si « réactionnaire droite israélienne ». Non, là, pas de chance pour les tenants du politiquement correct en France : Monsieur Zvili, né en Tunisie, ancien ambassadeur d’Israël en France de 2002 à 2005, proche de Shimon Peres, a été membre du Parti travailliste. Et puis, très honnêtement, il serait pour le moins diffamatoire, au vu du parcours politique de Nissim Zvili, de greffer son nom sur la liste noire des présumés « maurrassiens ». Et cela, Laurent Joffrin ne l’ignore pas du tout !

Pourquoi donc ce deux poids deux mesures ? D’un côté, un Robert Ménard voué aux gémonies des petits barons du médiatiquement correct parce qu’il va publier, le cinq mai prochain, un pamphlet intitulé « Vive Le Pen ». D’ailleurs, je me demande encore pourquoi tout ce petit monde est-il déjà tellement en émoi devant l’annonce de la parution de ce pamphlet qu’il n’est pas censé avoir encore lu, non ? De l’autre, au Nouvel Observateur et au C.R.I.F, dès que Monsieur Zvili s’exprime de manière intelligente sur un sujet identique à celui abordé par Robert Ménard, soit le Front National de Madame Le Pen, tout le monde s’aplatit comme une crêpe ! Cela en dit finalement long sur les maux qui rongent en profondeur notre république et notre démocratie. Donc, moi, j’encourage vivement, à l’avenir, Monsieur Zvili, à ne surtout pas hésiter à nous faire part régulièrement de ses analyses sur l’évolution de la classe politique et de la société françaises.

Enfin, je ne peux clore le présent chapitre sans rafraîchir la mémoire de ceux qui, aujourd’hui, donnent des leçons d’antiracisme, mais qui ne sont pas forcément pour autant les mieux placés pour s’ériger en directeur de conscience sur le sujet. Comment comprendre la virulente diatribe de Laurent Joffrin à l’encontre de Robert Ménard, « le voilà chez Maurras », quand on se souvient de l’affaire du dessinateur et caricaturiste Siné renvoyé de Charlie Hebdo pour raison officielle d’antisémitisme. Le fait que Laurent Joffrin ait, dans une tribune publiée dans Libération du 25.07.08, pris position aux côtés de Philippe Val contre Siné, pouvait se justifier. Je n’ai rien à redire sur ce point. En revanche, nettement moins justifiable était la référence à « la race juive » à laquelle se livrera, à l’occasion de cette affaire, Laurent Joffrin, se contentant de rectifier ensuite son propos en déclarant seulement et sans que personne ne trouvât rien à y redire : « Bon, c’est vrai que çà pouvait être mal interprété. » En d’autres termes, quand Laurent Joffrin se risque à des références, toujours nauséabondes, quel que soit leur auteur, sur « la race juive », il faudrait se limiter à considérer que « çà pouvait être mal interprété », là où, à l’inverse, Robert Ménard qui n’a rien dit de tel, devrait faire l’objet d’une chasse aux sorcières ?

2. « Il veut réhabiliter la peine de mort. A-t-il lu Hugo ? Sait-il que les pays où elle est appliquée ne sont pas plus sûrs que les autres ? Veut-il faire marcher la civilisation à reculons ? »

Laurent Joffrin aurait expliqué que Robert Ménard serait  » inculte au point de n’avoir pas même eu, une seule fois dans sa vie, l’occasion de lire Les Misérables, Claude Gueux ou Le dernier jour d’un condamné de Victor Hugo » qu’il ne se s’y serait pas mieux pris. Quel mépris !

Mais revenons sur le fond du débat. Pourquoi aborder, après Maurras, le thème de la peine de mort ?

Robert Ménard avait, en effet, déclaré sur RTL, au sujet de l’affaire Skinner, cet Américain condamné à mort au Texas après avoir été jugé coupable d’avoir assassiné son amie Twila Busby et poignardé à mort ses deux fils Randy Busby et Scooters Caler : « … ça m’exaspère souvent, c’est qu’on « profite » entre guillemets, un certain nombre de gens profitent de ce qui semble être une erreur judiciaire monstrueuse ou, en tout cas, avec des doutes monstrueux pour nous fourguer le problème de la peine de mort. Moi, je pense que c’est deux débats différents. Je veux dire qu’on peut très bien penser que sur cette affaire là, si c’est çà, il faut évidemment un test ADN et voir ce qu’il en est, et être partisan de la peine de mort. Et j’ajouterai qu’être partisan de la peine de mort, ça ne fait pas de vous un monstre qui serait lui-même exclu de l’humanité bien pensante, convenable et tout. Moi, je pense que sur un certain nombre d’affaires, l’affaire Dutroux et tout, je ne suis pas sûr et je me suis battu vingt-cinq ans pour les Droits de l’Homme, que je mettrai beaucoup d’énergie à éviter qu’à Dutroux on coupe le cou. » Juste après, à la question « Donc tu es pour la peine de mort ? », Robert Ménard a répété : « Je pense que ce n’est pas un problème. »

Une fois encore, je ne partage pas le point de vue de Robert Ménard sur la peine de mort. Personnellement, l’idée de réinstaurer la peine de mort me glace le sang et j’ai toujours présent à l’esprit cet extrait des Misérables : « L’échafaud (…) a quelque chose qui hallucine. On peut avoir une certaine indifférence pour la peine de mort, dire oui et non, tant qu’on n’a pas vu de ses yeux une guillotine, mais, si on en rencontre une, la secousse est violente, il faut se décider et prendre parti pour ou contre (…). L’échafaud est vision. »

Ce n’est pas seulement la citoyenne laïque qui s’exprime ici. C’est aussi, à titre plus personnel, la femme et surtout l’héritière d’une culture judéo-chrétienne qui, bien que n’ayant pas été baptisée et n’ayant reçu aucune éducation religieuse, en maîtrise néanmoins les valeurs fondamentales. Rien n’est plus contraire au judaïsme et au christianisme que le concept de peine de mort. Rien. Je maintiens donc ce que j’ai toujours dit : la loi Badinter qui a aboli la peine de mort le 18.09.81, ne doit faire l’objet, selon moi, d’aucune abrogation possible. D’autre part et afin de couper court aux affirmations les plus délirantes sur le sujet, je rappelle que Robert Badinter en personne a pris l’heureuse initiative de soutenir, le 07 février 2007 devant le Sénat, le projet de loi constitutionnelle qui a permis d’inscrire l’abolition de la peine de mort dans la Constitution française. Dernier point : le Protocole n°6 à la Convention européenne des Droits de l’Homme interdit, en temps de paix, le recours à la peine de mort. Entré en vigueur le 1er mars 1985, la France compte au nombre des Etats signataires de ce protocole. Si Monsieur Joffrin était un journaliste digne de ce nom, c’est de cela qu’il informerait l’opinion publique plutôt que de réclamer la tête de Ménard !

Faut-il pour autant refuser d’entendre un autre son de cloche et ne pas prendre en considération ce que pense Robert Ménard ? Non.
Pourquoi ? Pour la simple raison que ce qui est en cause ici, une fois de plus, c’est la préservation de la liberté d’expression. Sous prétexte que je n’approuve pas la posture intellectuelle de Robert Ménard, dois-je demander la suppression de l’expression de celle-ci ? Certainement pas. Et d’autant moins que Robert Ménard, même s’il affirmait certes de manière pour le moins choquante, selon moi, que la peine de mort « n’est pas un problème », avait par ailleurs orienté son propos sur les affaires Skinner et Dutroux, toutes deux aussi horribles l’une que l’autre. C’est pourquoi je préconise que soit institué, dans ce genre d’affaire, la peine de prison à perpétuité sans possibilité aucune d’une quelconque remise de peine. Une loi très simple et très courte pourrait tout à fait être votée au Parlement en ce sens. Faudrait-il encore qu’il existât une volonté politique, tant sur l’échiquier républicain politique de droite que sur celui de gauche, qui aille en ce sens, n’est-ce pas ?

Quelles que soient les divergences d’opinion qui nous opposent aux uns ou aux autres, les conséquences de ce genre de procédés journalistiques nauséeux qui consiste à jeter en pâture à l’opinion publique un journaliste, ne sont, hélas, pas anodines. Au moment où je rédige le présent article, j’apprends, en effet, que la station de radio RTL souhaiterait se séparer du polémiste Robert Ménard qui intervient dans l’émission « On refait le monde » présentée par Christophe Hondelatte. Mais imaginez-vous qu’une fois la nouvelle connue, les réactions de certains journalistes que je n’imaginais pas se joindre au concert de vierges effarouchées, laissent parfois perplexe tant l’incohérence entre leur discours et leur comportement frise carrément le pathétique. Un seul exemple : les critiques de Nicolas Domenach. Le directeur de la rédaction de Marianne aurait déclaré : « La musique qui sort (de cette émission) tous les soirs, c’est une espèce d’épouvante et le discours du F.N apparaît presque rafraîchissant … » De toute évidence, Monsieur Domenach écoute attentivement, « tous les soirs » de surcroît, l’émission « On refait le monde » et nous ne pouvons que l’en féliciter. Sauf que, dans le cas présent, si « la musique qui sort » de l’émission « On refait le monde » est, semble-t-il et bien que Nicolas Domenach ait au demeurant tout à fait le droit de le penser, « une espèce d’épouvante » dans laquelle « le discours du FN apparaît presque rafraîchissant », je me demande alors pourquoi Monsieur Domenach a continué d’écouter, malgré tout, « tous les soirs », tout du moins jusqu’à une période si récente, cette émission censée répandre un tel parfum de souffre ! Après tout, c’est vrai, quand une émission de télévision ou de radio vous révulse, la lecture des pages d’un livre vous épouvante, une musique vous perce les tympans, personne ne songe à s’imposer de fournir des efforts qui confinent, à terme, au masochisme, non ?
Pour le reste, en cas de décision de licenciement ou de « mise à pied » momentanée de Robert Ménard par RTL, chacun l’aura compris, il ne faudra pas s’attendre à ce que je vienne applaudir des deux mains une telle décision.

Ma conclusion finale ?

Plutôt que de consacrer autant de temps et d’énergie à animer le club de ceux qui ne cessent de brandir des fatwas à l’encontre de confrères assimilés à de vilains petits canards qu’il faudrait, en urgence, dissuader de persister dans la voie d’une pensée jugée systématiquement déviante, Laurent Joffrin serait bien davantage inspiré de s’interroger en ces termes : pourquoi des millions de Français choisissent de voter en faveur du Front National ? Y répondre permettrait déjà de commencer à réfléchir aux solutions à apporter pour éviter que le peuple français ne continue de s’abîmer dans le marais de la dépression chronique. Oui, Monsieur Joffrin, il faut d’abord répondre aux attentes du peuple en matière d’emploi, de pouvoir d’achat, d’éducation, de sécurité, de santé, de justice, de culture, plutôt de vouloir commencer par « le contredire » en pointant du doigt ses « idées fausses », si tant est du reste qu’il soit plus que vous ne l’êtes d’ores-et-déjà dans un raisonnement nourri d’ »idées fausses » !

Dans ce contexte, Philippe Cohen a parfaitement résumé, dans son article « Le Pen, le Nouvel Obs et Marianne : une leçon d’histoire », publié le 10 mars 2011 dans Marianne, ce qu’il faut penser de « l’anti-fascisme d’opérette » qu’incarne à merveille Laurent Joffrin.

« Qui rend donc un fier service au Front National ? Ceux qui veulent nous rejouer à la virgule près la « quinzaine anti-Le Pen » de 2002 et se contenter de dénoncer la lepénisation des esprits ? Cet anti-fascisme d’opérette a largement fait la preuve de son inefficacité. … Celle-ci [la gauche] est donc, tout autant que la droite responsable de la percée lepéniste. Et Laurent Joffrin devrait comme moi dénoncer ces Jean Moulin de pacotille qui, par leur ignorance de la vraie situation du peuple, offrent un boulevard à quatre voix au Front National. »

Bonapartine.

Rédigé par Gérard Brazon

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