Armes dans les banlieues : la filière bosniaque par Roland Machefer

Publié le 27 Novembre 2010

Armes dans les banlieues : la filière bosniaque  par Roland Machefer

le 21 novembre 2010

 

 

 

 

Article paru dans Nations Presse Magazine n°9, novembre 2010.

La banlieue s’arme ! Les récentes affaires de tirs à l’arme de guerre contre des policiers dans les cités ne font que renforcer ces craintes. Alors qu’en 2002 environ 12 millions d’armes achetées au marché noir, en provenance entre autre des Balkans, circulaient dans notre pays, aujourd’hui l’Observatoire des transferts d’armements les estime à « une vingtaine de millions ». Une Kalachnikov se négocie moins de 250 euros, soit le dixième du revenu moyen estimé d’un revendeur de drogue au cœur des banlieues ethniques. Aperçu sur ces réseaux qui arment nos cités de non-droit*.

 

                Très tôt, les guerres civiles d’ex-Yougoslavie, et notamment celle qui ensanglanta la Bosnie-Herzégovine de 1992 à 1995, se portèrent sur notre territoire national de façon singulière : il y eu tout d’abord l’affaire du gang de Roubaix en 1996**, puis celle de Béziers en septembre 2001*** et enfin, dernièrement, celle de Besançon et de Carcassonne****. « Ces trafics ont commencé à la fin de la guerre en Bosnie, confiait au Parisien (4 sept. 2001) un magistrat spécialisé. […] Les combattants islamistes, parmi lesquels de nombreux Français, ont ramené les armes dans leurs pays et les ont revendues. Aujourd’hui, ajoute le magistrat, ce phénomène se reproduit avec le Kosovo. » Ces cas, mêlant islamisme et petite ou moyenne délinquance, cachent un phénomène qui inquiète de plus en plus les services de police : celui de l’armement des banlieues ethniques en provenance d’ex-Yo ugoslavie. à une demi-journée de route de notre capitale, n’importe qui, s’il a les contacts nécessaires, peut se procurer une arme de guerre pour quelques centaines d’euros, munitions comprises. Et comme avec les Accords de Schengen, les frontières de l’Union européenne sont de véritables passoires, le risque de se faire prendre est faible.


Les émeutes de Villiers-le-Bel en novembre 2007 ont ravivé la délicate question des armes en banlieue. Pour la première fois, au cours des violences qui se sont produites, des policiers ont été blessés par des tirs. Durant deux nuits, les forces de l’ordre ont même constaté que des émeutiers brandissaient des armes de poing. Juste avant ces événements, le 8 novembre 2007 dans le Val-de-Marne, les policiers de Sainte-Geneviève-des-Bois avaient découvert, dans les caves d’une cité HLM, un lance-roquette M80 Zolja, version yougoslave du M72 LAW américain. Précédemment encore, en septembre 2003 à Montreuil (Seine-Saint-Denis), des pistolets-mitrailleurs Scorpio et, dans la Cité de l’Etoile à Bobigny, deux fusils de snipers SVD M76 Zastava en provenance d’ex-Yougoslavie, dont l’un se trouvait encore dans sa housse d’origine, avaient été saisis par la police. Et il ne s’agit-là que de quelques exemples…

Un phénomène en constante progression

Le 1er décembre 2009, Frédéric Veaux, numéro 2 de la Direction centrale de la police judiciaire, a rassemblé des représentants des principaux services de police, de la gendarmerie, des douanes, et même de la défense, afin de créer un « bureau de liaison des armes » qui, après une première rencontre en juin sur le trafic en provenance des Balkans, se penche désormais sur la banlieue. Les rares données disponibles montrent un phénomène en constante progression : de décembre 2008 à novembre 2009, les infractions liées au port et à la détention d’armes prohibées, selon l’Observatoire national de la délinquance, sont passées de 29.932 à 32.410, soit une hausse de 8,3 %.
« La Kalachnikov représente une certaine forme de fascination, même si l’arme de poing reste la plus courue parce qu’elle est plus facile à dissimuler », indiquait fin 2007 Jean-Jacques Colombi, chef de la brigade de répression du banditisme, en charge du trafic d’armes (Le Monde, 21 nov. 2007). « Le plus souvent, on remonte la piste jusqu’aux Balkans, poursuivait-il. On a le sentiment que cela augmente, mais les prises se font au compte-gouttes, par voie terrestre la plupart du temps. »
En novembre 2007, la 13e chambre du tribunal de grande instance de Bobigny (Seine-Saint-Denis), jugeait un réseau de trafiquants d’armes bosniaques avec à sa tête Ramiz et Zarif Tusurnovic. PM Scorpio, pistolets automatiques, fusils d’assaut M70 (Kalachnikov yougoslave), et même des explosifs, transitaient d’ex-Yougoslavie jusqu’à Paris, dans des bus de voyageurs, à l’intérieur de caches aménagées ou de simples bagages. « Au profit d’habitants de Seine-Saint-Denis », précisait l’enquête… Ramiz Tursunovic aurait transporté son « matos » dans un simple sac à main.
Le mal vient du fait qu’en 1995 et 1996 plusieurs centaines de milliers d’armes ont été confisquées aux paramilitaires serbes et à la VRS, l’armée des Serbes de Bosnie, en vertu des Accords de Dayton imposés par la force à la partie serbe. Majoritairement, ces stocks ont été placés sous le contrôle de l’ONU puis de l’ABiH, l’armée de Bosnie-Herzégovine composée pour l’essentiel de musulmans.

Islamisme et corruption

En principe, ces armes de guerre devaient être détruites, ce qui fut le cas pour les deux tiers. Mais plusieurs dizaines de milliers, allant de l’arme de poing jusqu’à la mitrailleuse PK et au lance-roquette antichar, en passant par le fusil d’assaut M70, restent stockées dans des conteneurs mal gardés par l’Armija bosniaque. Fréquemment, les services européens en charge de surveiller les trafics d’armes constatent des « fuites » dans ces stocks mal scellés, en raison de la corruption ambiante, mais aussi à cause d’une indéniable sympathie pour nos « jeunes » des banlieues de la part de réseaux islamistes. En effet, d’ex-membres des milices bosniaques, comme les « bérets verts » liés à la Ligue des patriotes, groupe paramilitaire proche du SDA (le parti islamiste de Bosnie) originaire de Prijepolje au Sandjak de Novi Pazar, zone sous influence wahhabite, ont été intégrés à l’ABiH en 1996. Lors de la guerre civile, les secteurs de Zenica, Travnik et Tuzla par exemple, furent défendus du côté bosniaque par des groupes islamistes étrangers, originaires des Proche et Moyen Orient. Ces jihadistes internationaux eurent le privilège, après la guerre, d’être naturalisés citoyens bosniaques par Alija Izetbegovic, le chef de file des islamistes de Bosnie. Aujourd’hui, beaucoup de ces vétérans d’origine arabo-maghrébine encadrent un fort courant wahhabite en Bosnie, via des organismes de charité, et maintiennent des liens au sein de l’ABiH. De surcroît, du moment que les acheteurs ont suffisamment d’argent pour s’offrir ces armes, pour beaucoup de militaires et fonctionnaires locaux sous-payés, c’est l’occasion de mettre un peu de beurre dans le burek*****…
Hier, au cœur des années 1990, toutes les bonnes âmes qui encouragèrent la croisade occidentale contre le peuple serbe, accusé de tous les maux parce que slave et chrétien orthodoxe, appelaient à « armer les Bosniaques », de Rouge à Présent en passant par Libé, Le Figaro et Le Monde, de BHL à Dantec, sans oublier Finkielkraut, Kouchner, Bruckner et Glucksmann. Aujourd’hui, les résultats dépassent leurs espérances : non seulement les Bosniaques ont été largement armés et les Serbes ont perdu la guerre, mais les islamistes se sont implantés au cœur de l’Europe du sud-est avec la complicité de l’Union européenne, de l’OTAN et de Washington, à seulement deux heures de vol de Paris. Désormais les « frères » de Sarajevo, Tuzla ou Mostar viennent en aide aux « frères » de nos banlieues. Un jour, il faudra bien que les responsables de cette si tuation rendent des comptes.
R.M.

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* Nous écartons dans cet article les filières du grand banditisme en Europe occidentale : plus spécialisées, de meilleure qualité, plus coûteuses à l’achat, ces armes proviennent généralement d’ex-groupes paramilitaires et policiers serbes et croates qui se débarrassent de leurs stocks.

** Le gang de Roubaix était un groupe criminel du nord de la France proche de la nébuleuse terroriste islamiste et formé en partie d’anciens volontaires français ayant combattu du côté bosniaque. Cette bande est responsable de plusieurs braquages, d’un meurtre et d’une tentative d’attentat.

*** Le 1er septembre 2001 à Béziers, Saphir Bghouia fut tué par la police après avoir tiré sur les forces de l’ordre avec des armes en provenance de stocks de l’ex-UCK (AK47 chinoise et lance-roquette antichar RPG-2), abattant au passage Jean Farret, le chef de cabinet du maire de la ville.

**** Les groupes de Besançon et de Carcassonne, composés de 9 personnes, dont trois d’origine bosniaque, ont été jugés en mai et juin dernier pour s’être livrés à des entraînements paramilitaires, au maniement d’armes et aux combats rapprochés « dans le but de se préparer au jihad ». Les peines les plus lourdes de trois ans de prison dont deux avec sursis concernent Samir Husejnovic, du groupe de Besançon, et Arsen Atanovic, du groupe audois.

***** Spécialité locale, sorte de feuilleté à la viande et aux oignons.

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Lien vers l'article : http://www.nationspresse.info/?p=116616

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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henri 27/11/2010 08:27


en Suisse (la police et l'armée font des cours intensifs de tir,(pays de G.Tell oblige)) Braquage avec armes de guerre à Thônex
http://www.tdg.ch/geneve/faits-divers/braquage-cours-thonex-2010-11-26