Au Jeu du Plus malin

Publié le 3 Septembre 2011

Emir du Qatar : Soutirer des chèques au cheikh, pas si facile!

Participations dans Veolia, Vinci et Lagardère, rachat du PSG… A première vue, les dirigeants du Qatar arrosent à tout-va. En réalité, il faut bien plus qu’une danse du ventre pour les séduire.

 

 

Ne parlez plus du Qatar à Anne Lauvergeon. L’hiver dernier, quelques mois avant d’être éjectée par l’Elysée, la patronne d’Areva pensait tenir un allié providentiel pour renflouer les caisses. A l’occasion d’une augmentation de capital, le micro-Etat du Golfe devait signer un mégachèque de 1 milliard d’euros contre une participation proche de 6%. Et puis d’un coup, plus rien. Coupure de courant.

Les émissaires de l’émir Hamad ibn Khalifa al-Thani ne répondaient même plus au téléphone. «Ils en voulaient surtout à nos mines d’uranium», veut-on croire chez Areva. «Faux, cingle un conseiller des Qatariens. Comme les négociations traînaient, on a tenté de leur forcer la main en avançant que le Koweït était aussi sur le deal. Ils n’ont guère  apprécié de se sentir ainsi interchangeables.» In fine, les Koweïtiens ont promis à peine 600 millions, faisant capoter le plan de recapitalisation…

Soutirer des gazo-dollars à l’émir du Qatar est un métier. Même si son pays détient la première réserve naturelle de gaz offshore au monde, cheikh Hamad n’a aucune envie de sponsoriser le business français. Certes, avec ses multiples véhicules financiers, le souverain régnant peut donner l’impression d’arroser large. Le Qatar Sports Investments (QSI) vient de racheter le PSG, tandis que le Qatar Investment Authority (QIA) détient des parts dans Veolia (5%), Vinci (5,7%) et le groupe Lagardère (6,6%). Sans oublier les 360 millions d’euros lâchés pour récupérer un bout des droits télé du foot jusqu’en 2016. On ignorait la passion des princes du désert pour les matchs Evian-Ajaccio ou Caen-Valenciennes. «Ils savent ce qu’ils font, coupe le journaliste Charles Biétry, chargé de monter Al-Jazeera Sport en France. La chaîne gagnera de l’argent dès la quatrième année.»

Rentables ou pas, ces opérations suivent la même logique : imposer l’image d’un Qatar sportif et sympa sur la scène mondiale et investir sur le long terme. Les projets de start-up avec des rendements à 12% par an ? Très peu pour eux. Les Al-Thani cherchent des placements de bon père de famille. Du 5% sans risque. «Ceux qui pensent les tondre se plantent, prévient Robert Ménard, l’ex-secrétaire général de Reporters sans frontières, qui a rêvé un temps de créer une antenne à Doha.

Ils font très attention à leur argent.» Pour commencer, la famille royale n’est pas insensible aux petites  attentions des politiques. Si la France a autant bénéficié des faveurs de cheikh Hamad, c’est parce que Jacques Chirac fut l’un des premiers dirigeants à reconnaître la légitimité de son pouvoir après le coup d’Etat de 1995. Par la suite, Nicolas Sarkozy a lui aussi déroulé le tapis rouge : invitations du couple royal aux défilés du 14 Juillet, accolades sur le perron de l’Elysée, goûters avec Carla Bruni et cheikha Moza, la délicieuse épouse de l’émir. A l’Assemblée nationale, l’UMP a même fait passer une loi exonérant les Qatariens d’impôt sur les plus-values immobilières. Mais on sent bien que la love story ne tient qu’à un fil. Après avoir aidé le britannique Sainsbury’s en 2007, le Qatar a allongé 7 milliards d’euros pour soutenir l’allemand Porsche-Volkswagen l’an dernier. «Les Qatariens veulent être traités comme des Américains : sans courbettes ni condescendance», prévient un de leurs intermédiaires à Paris.

 

Car, passé les salamalecs protocolaires, les Al-Thani ont la rancune tenace. Prenez le cas Delanoë. En 2006, lorsque le Qatar avait manifesté un intérêt pour le PSG, le maire de Paris avait fustigé «ces fonds exotiques», allant jusqu’à émettre des doutes sur «l’origine des capitaux». Après quoi on l’a vu faire la danse des sept voiles devant l’émir. En 2009, il était à l’ambassade de France à Doha, discourant sur «ce grand pays qui a réussi le pari de la modernité sans sacrifier ses riches traditions». «On se ¬demandait ce qui avait pu inspirer une telle envolée», raconte Thierry Steiner, coauteur de «Mirages et cheikhs en blanc» (Editions du Moment). En réalité, l’édile voulait convaincre ses hôtes de cofinancer la réhabilitation d’une partie du XIXe arrondissement dans le cadre d’un partenariat public-privé. Mais le cheikh Hamad n’a pas versé un riyal.

Rusés en diable, les Qatariens savent faire lanterner les quémandeurs. Avant de revendre le PSG au prince ¬Tamim al‑Thani, Sébastien Bazin a dû ramer huit mois. En novembre dernier, le patron de Colony Capital en Europe pensait avoir convaincu l’héritier de prendre 30% du club contre une trentaine de millions. Soit le double du prix d’achat du PSG en 2006. L’ennui, c’est que le fils du cheikh n’a cessé de repousser la date de la signature, avant d’exiger 70% du PSG contre la même somme fin juin.

«Au jeu du plus malin, Colony a trouvé son maître», note un banquier. Autre -spécialité des Al-Thani: le brouillage de pistes. En mars 2010, alors qu’ils négociaient leur entrée chez Veolia, ses émissaires ont carrément posé un lapin au P-DG de l’époque, Henri Proglio. Ce dernier a été prévenu à peine un quart d’heure avant le rendez-vous. Fin de l’histoire? Même pas. Peu après le départ du patron chez EDF – qui n’avait semble-t-il pas l’heur de leur plaire – les investisseurs qatariens investissaient cette fois 650 millions d’euros dans le groupe de retraitement des eaux. Et, quand il s’agit de bluffer, ils en remontrent à nos businessmen en costume cintré. Parlez-en à Jean-Louis Chaussade. En novembre 2008, le patron de Suez Environnement se félicitait d’accueillir à son capital Qatari Diar, présenté comme un «partenaire à long terme». Pas de chance : moins d’un an plus tard, le fonds, qui avait pris 3%, en cédait 2. En mai dernier, Chaussade évoquait dans «La Tribune» leur possible retour. Pas de nouvelles depuis.


Olivier Bouchara

 

© Capital 31/08/2011

 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Economie-Finance-Industrie

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francis Claude 03/09/2011 16:32



le drame des Français c'est de ce croire partout en pays conquis en de faire du beni oui ouisme de mauvais gout en immaginant que nous sommes encore au temps de Lawrence d'Arabie!!! ils oublient
seulement que sous les torchons a carreaux il y a souvent des cerveaux qui sortent des plus grandes écoles mondiales. Que disent ces patrons lorsqu'ils traitent avec des asitiques 100 foi plus
roublards que les arabes!!!