Bagnols : confessions d’un enfant-soldat "J’étais devenu une machine à tuer" par RENÉ DIEZ

Publié le 18 Novembre 2013

Enrôlé de force à 9 ans au Congo, Serge Amisi a raconté sa drôle de guerre à des collégiens bagnolais.

Midi Libre

Son témoignage d’ex “kadogo” (un enfant-soldat, sous l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo), claque pendant plus de deux heures comme une rafale de mitraillette. À l’âge de son jeune auditoire, deux classes de 5e du collège Gérard-Philipe, Serge Amisi ne croulait pas sous le poids du cartable mais sous celui d’un fusil presque aussi haut que lui.

Enrôlé de force dans un centre de formation militaire à 9 ans

À 9 ans, il encaisse le divorce de ses parents, chante à l’église et vend le soir du pétrole dans la rue. Quand les rebelles rwandais entrent à Kisangani en mars 1997, ce brave gosse qui n’a rien demandé à personne est enrôlé de force avec ses copains dans un centre de formation militaire.

"Vous êtes des soldats, plus des enfants", hurle le commandant. Une transformation franchie manu militari : il est contraint d’exécuter par balle son oncle venu à sa recherche, attaché nu à un arbre, les yeux bandés, devant toute la troupe et ses supérieurs hiérarchiques. Saisis par ce récit à vif, les jeunes Bagnolais suivent une à une toutes les épreuves qu’il affronte (décès des proches, emprisonnement, sévices, épidémie...) pour survivre.

"J’étais devenu une machine à tuer"

Son chef brûle les jouets que le môme s’improvise après les batailles comme on mettait jadis le feu aux vaisseaux et à tout espoir de retour en arrière. L’espoir d’un garçonnet dans la peau d’un adulte, tantôt acteur et tantôt spectateur des pires exactions, où la cruauté du quotidien fait un bon pied de nez à la fiction.

S’enchaînent scènes de cannibalisme au cours desquelles ses compagnons se régalent allègrement, les simulacres de folie de son ami intime, qui se nourrit de ses propres excréments afin d’échapper à l’horreur ambiante, les fulgurants décès de ses frères d’armes, victimes d’une dysenterie amibienne, des rituels de sorcellerie où les hommes se réincarnent en coqs et vice-versa, les exécutions de civils en plein marché pour prouver aux autres et à soi-même qu’on est bel et bien soldat...

"Ma kalachnikov devenue ma mère, mon père"

Le gamin chétif se prend pour “Rambo”, "la tête ceinte d’un bandeau rouge comme le sang qui coule, le corps recouvert de cartouchières, le visage mangé par de grosses lunettes noires. J’étais devenu une machine à tuer, avoue-t-il. On ne pleurait plus les morts tant il y en avait. On n’avait pas de médicaments pour soigner les blessures par balles, ni de plâtre pour rétablir les fractures. Les plaies commençaient à pourrir, on amputait donc les bras et les jambes, à la scie à moteur, sans anesthésie."

En face, des Ougandais font la même chose "mais pour torturer leurs prisonniers, avant de les jeter à la rivière où incapables de nager, ils se noient". Serge Amisi ne dit ni où, ni quand, ni pourquoi la guerre est là (ce qui ajoute à l’absurde universalité du drame).

Mais il marche, court et court encore à travers la forêt équatoriale, trouille au bide et cœur battant. Le silence effrayant des lieux, "les oiseaux et les bêtes avaient fui le fracas des canons", n’étant interrompu que par le dialogue affectif qu’il entretient avec sa "kalachnikov devenue ma mère, mon père".

"Les adultes ont violé et ont volé nos enfances"

Un “kadogo” est-il encore un enfant ? Oui et non répond-il, exposant un vécu non binaire, où il se révèle à la fois ange et démon. Mais il refuse d’endosser le visage du bourreau. "Ce sont des adultes qui nous droguaient, nous manipulaient, nous maltraitaient et nous rendaient violents. Ce sont eux qui ont violé et volé nos enfances."

L’adolescent qui chassait les Rwandais du Congo ou les calcinait sur des pneus, finit par diriger à 13 ans un peloton de quarante hommes. Atteint de la malaria, il sera démobilisé en 2001, continuellement hanté par des images. Une aventure à peine plus heureuse. "On ne savait plus vivre en société. Nous n’avions connu que la guerre et partout, on nous rejetait. Sans arme, nous n’étions plus rien."

Commence alors un autre chemin qui, à sa façon, représente aussi un autre parcours du combattant. Celui d’une réinsertion débutée dans un centre artistique à Kinshasa, et parachevée à force de volonté en région parisienne. Aujourd’hui sculpteur, metteur-en-scène, il a choisi de mettre par écrit son histoire intitulée "Souvenez-vous de moi, l’enfant de demain".

Et les jeunes Bagnolais de Gérard-Philipe ne sont pas prêts de l’oublier.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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Claude Germain V 18/11/2013 19:15


 


Celui d’une réinsertion débutée dans un centre artistique à Kinshasa, et parachevée à force de volonté en région parisienne. Aujourd’hui
sculpteur, metteur-en-scène, il a choisi de mettre par écrit son histoire intitulée "Souvenez-vous de moi, l’enfant de demain".


-- C'est tres bien ce recit , soyons humain , mais quand meme , cette personne passe de la prehistoire  a sculpteur et a metteur en scene , il a  donc effectué une remonte dans
l'histoire de plusieurs siecles en quelques années ??? sacré parcourt , pire que Bill Gate , si il retourne vivre dans son pays , c'est tres bien , bon parcourt , si maintenant il est sculpteur
??? et metteur en scene ??? en France pour y rester , on a compris ........... . Aucune valeur ce recit , ma fille qui est d'aujourd'hui et de demain et qui est française au chomage , on fait
quoi maintenant .....???, j 'attend donc une place de prefet ou de ministre pour elle , peut etre au Rwanda ???. La generosité ça suffit , on nous assassine d'une autre façon a nous , mentalement
et moralement et cela depuis des années , qui va nous accueillir a nous et ou  ?