Bahreïn, Gabon, Maroc... : François Hollande en plein dictateur-tour

Publié le 12 Août 2012

Camille Polloni  | Journaliste rue89 (journal en ligne d'obédience socialiste)


Capture d’écran de la photo officielle de François Hollande et du roi du Bahreïn (BNA.bh) 

Tout sourire, François Hollande serre la pince au roi du Bahreïn sur le perron de l’Elysée. La photo, publiée par l’agence de presse officielle  du royaume, rappelle celles de Nicolas Sarkozy en compagnie de Kadhafi, Moubarak ou Ben Ali avant la chute de leur régime respectif.

Sauf que Hamed ben Issa Al Khalifa est toujours au pouvoir au Bahreïn. Que le régime réprime depuis un an et demi la révolte de son peuple en envoyant ses soldats. La France avait d’ailleurs contribué à former les forces de l’ordre bahreïnies à la « gestion des foules ». Et que François Hollande avait affiché sa volonté de rompre avec ses prédécesseurs, promettant de « ne pas inviter les dictateurs à Paris » .

Arrêt sur images souligne que la rencontre du 23 juillet , apparemment imprévue, est passée à la trappe dans la presse française (malgré des articlesdu Figaro , du Point  et d’Europe 1 ). Elle n’a pas donné lieu à un communiqué de l’Elysée et n’était pas signalée dans l’agenda officiel de l’Elysée, disponible en ligne .

La consultation de cet agenda montre qu’au moins six autres représentants de pays autoritaires ou franchement dictatoriaux ont été reçus par François Hollande depuis son élection.

1

Mohammed VI, roi du Maroc

24 mai

 

En visite privée en France au mois de mai, l’altesse marocaine a fait escale à l’Elysée, palais remarquable à ne pas manquer quand on vient pour les vacances.

A l’issue de la rencontre, François Hollande a « réaffirmé son attachement  à l’amitié entre la France et le Maroc » et « salué le processus de réforme démocratique, économique et sociale en cours dans le royaume à l’initiative » du roi.

Langue de bois diplomatique oblige, rien sur la prison pour les artistes contestataires, la répression du Mouvement du 20 février en période de crise sociale intense et le durcissement du régime depuis l’arrivée au pouvoir des islamistes.

2

Le Premier ministre du Qatar

7 juin

 

François Hollande a d’abord décliné toutes les invitations   du Qatar. Si la relation entre Nicolas Sarkozy et l’émirat était très amicale, le nouveau Président veut garder ses distances, comme l’écrivait Nabil Ennasri sur Rue89 en juin :

« Le caractère personnalisé de la relation France-Qatar sera mise de côté. Dès son accession au pouvoir, Nicolas Sarkozy faisait l’honneur à l’émir du Qatar d’être le premier chef d’Etat arabe accueilli à l’Elysée. [...]

On imagine que le Président “normal” souhaitera une relation plus mesurée, moins fringante et moins personnelle. »

L’article concluait tout de même à une continuité prévisible dans les relations franco-qataries. Le 7 juin, François Hollande reçoit le Premier ministre du Qatar à l’Elysée pendant plus d’une heure.

3

Le fils du roi Abdallah d’Arabie Saoudite

11 juin

 

La monarchie absolue saoudienne a envoyé en France l’un des fils du roi, Mitaeb (Mutaib en anglais  ), également chef de la Garde nationale (« chargée de la protection  des centres névralgiques du pouvoir saoudien ». En mars 2012, confronté à des manifestations d’étudiants, le prince déclarait  :

« La situation dans la plupart des pays arabes nous obige à être prudents, à protéger la sécurité nationale et à combattre les appels à l’embrasement qui visent à déstabiliser le pays. »

Le communiqué satisfait de l’Elysée  évoque la situation syrienne, le G20 et la coopération avec le royaume. Quoi d’autre après tout, au pays où les femmes n’ont pas le droit de conduire.

4

Abdallah II de Jordanie

3 juillet

 

Royaume corrompu secoué de manifestations régulières, la Jordanie est dirigée par le roi Abdallah II depuis 1999. Maâti Kabbal, journaliste et écrivain, publiait une tribune sur Rue89 en novembre 2007 :

« Dans la vie politique jordanienne, le tribalisme reste l’un des paramètres majeurs. Nulle décision ne doit se faire sans l’aval de la tribu. Par ailleurs, le trône hachémite a toujours eu recours aux tribus comme un bras justicier.

La société jordanienne est le produit d’un syncrétisme ayant permis au trône de préserver l’équilibre de la société jordanienne tantôt par la persuasion, tantôt par la coercition. »

François Hollande accueille le roi le 3 juillet pour « approfondir le partenariat » entre les deux pays :

« Alors que la Jordanie est engagée dans un processus profond de réformes politique, économique et sociale visant à répondre aux aspirations du peuple jordanien, le chef de l’Etat a souligné la volonté de la France de la soutenir activement. »

Dans la foulée du printemps arabe, la Jordanie a connu des mouvements de protestation cette année, réprimés avec une violence moindre que dans les pays voisins. Le chercheur Denis Bauchard répondait à Arte en mai , sans optimisme démesuré toutefois :

« Je pense que la situation reste, pour l’instant, maîtrisée et sans trop de brutalité. Le nombre très limité des morts – moins de cinq – contraste avec ce qui se passe en Syrie et même avec ce qu’il s’est passé en Egypte.

Dans l’immédiat, la situation paraît sous contrôle : l’aide reçue non seulement des Etats-Unis mais aussi de l’Arabie saoudite tout récemment peut permettre au roi d’acheter la paix sociale et la paix politique. »

5

Ali Bongo, président du Gabon

5 juillet

 

Héritier d’Omar Bongo, Ali Bongo a succédé à son père en 2009. Il a rencontré François Hollande le 5 juillet. Slate Afrique parle d’un accueil « tiède »   :

« Durant son séjour, les officiels français qui ont rendu visite à Ali Bongo ont fait le service minimum, bien loin du ballet de politiques français de gauche comme de droite qui défilaient devant son père et prédécesseur.

Cette distance affichée par le nouveau pouvoir français est due à l’insatisfaction en matière de démocratie dans son ancienne colonie. »

Sur les photos choisies par l’Elysée  pour illustrer l’entretien, François Hollande sourit le moins possible.

6

Le prince héritier d’Abou Dhabi

11 juillet

 

Le 11 juillet, Cheikh Mohamed bin Zayed Al Nayan entre à l’Elysée. Il dispose d’une sacrée carte de visite : fils du fondateur des Emirats arabes unis, prince héritier et ministre de la Défense. Reçu à l’Elysée, il fait ensuite un tour à Matignon  pour rencontrer Jean-Marc Ayrault.

En mars, le Guardian écrivait à son sujet  :

« Pour prévenir la contestation, Mohammed bin Zayed Al Nayan a parcouru Abou Dhabi le mois dernier pour évaluer le climat. A l’issue de ce voyage, il a ordonné 1,5 milliard de dollards d’investissements dans l’électricité et l’eau dans le nord des Emirats. »

En France on avait le Redressement productif ; le cheikh invente le redressement préventif.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Islamisation française

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L'EN SAIGNANT 13/08/2012 09:06


On a les amis qu'on mérite. Le FAUX-CULTISME Socialo va de pair avec la "TAQQIYA" de leurs copains islamistes .!

Marie-claire Muller 12/08/2012 20:59









Syrie : comment le Qatar achète ceux qui trahissent Bachar al-Assad
by francaisdefrance





Posted on 11 août 2012 by Bernard DICK - Article du nº 263
de Riposte Laïque


La presse internationale a fait ses choux gras de la dissidence et de la fuite du premier ministre syrien, avec femme et enfants, à destination du Qatar.


M. Riad Hidjab a bien caché son jeu. Il n’a été nommé qu’en juin 2012 par Bachar al-Assad. Lors d’un tout récent voyage en Russie, à la tête d’une délégation, il a refusé de signer un protocole
d’accord avec les Russes qui permet à la Syrie de vendre son pétrole brut en échange de pétrole raffiné et de gazole. Cette attitude a permis au régime de douter de sa fiabilité. Il a été
destitué. Sa fuite était préparée d’avance, peut-être même avant sa nomination en transférant son argent et en évacuant son cercle familial. Les langues parlent beaucoup en Syrie. Il aurait reçu
un million de dollars, une rente mensuelle de 25.000 $ pendant 25 ans avec un contrat écrit qui engage le cheikh du Qatar.





Le Janus de la corruption mondiale


1 pétrodollar = 1 gazodollar


Dans la même veine, l’ambassadeur de Syrie à Bagdad a fait aussi défection : il  est parti avec ses trois épouses et ses enfants, toujours vers le même havre de paix, le Qatar.


Nous apprenons (1) que l’ambassadeur de Syrie en Mauritanie, Ahmad Saïd el-Bunni, a lui aussi été approché par l’ambassadeur qatari à Nouakchott qui lui a   proposé en guise de
gratification, s’il annonçait sa défection, un revenu mensuel de 20.000 $ sur 20 ans, un séjour permanent à Doha et un cadeau cash de 1 million de $. L’ambassadeur de Syrie a refusé la
proposition, l’a considérée comme une immixtion flagrante dans les affaires de la Syrie et a mis en garde l’ambassadeur  Qatari de ne pas renouveler la proposition.  Dans ces affaires
de corruption politique remarquons que la défection d’un premier ministre rapporte plus que celle d’un ambassadeur… l’effet médiatique est supérieur.


Ces dissidences ne sont pas survenues pour une quelconque adhésion aux demandes des rebelles ni pour un soutien à la révolte mais parce que les propositions financières du Qatar, le grand gazier
de la région, sont très alléchantes. Les fuyards dont personne ne connaissait le nom occupent la scène médiatique et politique l’espace d’un jour puis en disparaissent aussitôt. C’est une
traîtrise nationale générée par l’attrait de l’argent. Celui qui fuit emporte ses bagages, touche son bonbon qatari et se retrouve mis à la retraite anticipée. Peu importe s’il est déclaré
traitre à son pays.


Observons que la défection du premier ministre récemment nommé  n’a  pas entamé le moral du régime. Le régime a été, par contre, plus touché par l’attentat qui a coûté la vie à cinq
généraux de son État-major. Mais le régime n’a pas été ébranlé. Une bonne partie de la population continue de le soutenir et collabore avec l’armée afin d’empêcher les rebelles de prendre
position dans les quartiers et de les prendre comme otages ou comme des boucliers humains, ce qui a été observé à Alep. On voit, notamment sur le dossier syrien que la friandise du Qatar ne peut
tout faire (2).


Le monde politique s’est habitué à la générosité du Qatar et à celle des autres pays du Golfe, l’Arabie Saoudite en tête. Avant tout vote important à l’Assemblée Générale de l’ONU ou au Conseil
de Sécurité, il y a des émissaires des pays du Golfe, chéquier en main, qui font des visites de « courtoisie » à certains pays afin de les conseiller à bien voter. Même sur la scène
internationale tout s’achète et tout se vend (3). Un autre exemple récent : le Président du Conseil Transitoire de Libye, Moustafa abd el-Jalil, avait reconnu que le Qatar a dépensé pour la
révolution de Libye plus de deux milliards de dollars et que le plan de l’assaut décisif sur Tripoli a été établi au Qatar. Et il a ajouté : « le Qatar soutient les courants islamistes
et vise à construire une organisation arabe fondée sur la charia musulmane comme système de gouvernance ». Puis il a poursuivi : « Tout Libyen qui va au Qatar se voit attribuer une
somme d’argent, remise en partie à l’État et en partie pour lui-même (4). La BBC décrit le Qatar comme « dressant ses biceps financiers pour participer à changer les régimes des pays arabes
et à financer les partis islamistes pour qu’ils accèdent au pouvoir ».


Ne croyez pas que le Qatar s’arrêtera aux pays arabes. Ses antennes sont branchées sur l’Europe et la France est une bonne cible… Une stratégie mondiale est mise en place, dont les deux mamelles
sont l’argent et la religion.


Ulysse a su bien résister aux chants des sirènes (5). Pourquoi pas d’autres ? Mais le bonbon qatari, même s’il a un goût amer, est enrobé d’une coque délicieuse… Malheur aux peuples
dont les hommes politiques sont tentés  d’y goûter…


Bernard DICK