Bérégovoy : Hollande rend hommage au socialiste qui a libéralisé les marchés financiers. Par Pierre Cassen

Publié le 3 Mai 2012

Pierre Cassen - Rédacteur de Riposte Laïque

Loin des cortèges et meetings parisiens, on nous a présenté hier François Hollande saluant la mémoire d’un authentique socialiste, Pierre Bérégovoy, suicidé le 1er mai 1993. Nous avons eu droit à des louanges unanimes, présentant l’ancien premier ministre comme un homme du peuple, ancien ouvrier, dont il convenait de s’inspirer de la vie exemplaire et courageuse. Hollande, en allant se recuillir sur sa tombe, prétendit, à travers l’image de cet homme, défendre sa conception de la valeur travail.

Certes, Pierre Bérégovoy est un symbole de l’école républicaine, qui permettait à des enfants d’ouvrier de réussir socialement, au prix de leur travail et de leur mérite. Une école que ses amis socialistes au pouvoir ont brisée, pour le plus grand bonheur des vrais privilégiés qui ne voient plus ainsi les enfants d’origine modeste venir marcher sur les plates-bandes de leurs enfants. Doté d’un CAP d’ajusteur à l’âge de 16 ans, Bérégovoy a travaillé en usine, avant de réussir des concours qui l’ont amené à la vice-présidence de Gaz de France. On est bien loin de l’énarque Hollande, qui a fait ses études à Neuilly et, en dehors de la politique, n’a jamais travaillé de sa vie (Martine Aubry le confirmait), à moins qu’on ne considère que la Cour des Comptes telle qu’il nous la décrit soit un travail…


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Bérégovoy entra dans la Résistance en 1942, ce qui ne peut que contribuer encore davantage à sa légende mythifiée. Mais curieusement, plusieurs « détails » ne furent absolument pas évoqués par les chroniqueurs, quant au parcours de celui qu’Edith Cresson avait surnommé « l’Enflure ». Ministre de l’économie dans le gouvernement Fabius de 1984 à 1986, puis Rocard, de 1988 à 1991, il mena une politique appelée « franc fort » qui consistait à arrimer le franc sur le mark, pour lutter contre l’inflation, mais surtout préparer l’harmonisation d’une politique européenne s’appuyant sur la force économique de l’Allemagne. Les conséquences pour la France furent terribles. A l’époque, l’ensemble des journalistes économiques bien-pensants expliquaient, à l’exception notamment d’un Philippe Labarde, rédacteur en chef de La Tribune, ou de Jean-Michel Quatrepoint, qu’il n’y avait pas d’autre alternative, même si cela ruinait l’économie française, qui perdit un million d’emplois à cause de cette politique dogmatique et suicidaire. A rapprocher aujourd’hui de la faillite de la politique de l’euro fort, contre lequel Hollande comme Sarkozy s’avèrent impuissants, qui mine aussi sûrement aujourd’hui l’économie française qu’hier le franc fort cher à Pierre Bérégovoy et à tout le Parti socialiste.

Nous n’allons pas être mesquins quant à l’honnêteté supposée de Pierre Bérégovoy, mais rappelons-nous que l’homme qui avait, en 1992, devenu Premier ministre, déclaré la guerre à la corruption fut rattrapé par le fameux prêt accordé par un proche de François Mitterrand, Patrice Pelat. La somme était de un million de francs, sans intérêt, accordé pour que le Premier ministre puisse acheter un appartement dans le 16e arrondissement. C’est curieux, d’ailleurs, (voir Arnaud Montebourg et Audrey Pulvar, mais combien d’autres socialistes et hommes de gauche) cette fascination pour le 16e arrondissement de ceux qui prônent par ailleurs la mixité sociale… pour le peuple). On découvrira également que la famille de Pierre Bérégovoy se voyait accorder des découverts exorbitants et des prêts fort avantageux, ce qui est un peu gênant quand on se réclame socialiste et intègre, et que le commun des mortels se voit interdit bancaire au moindre découvert.

Mais l’essentiel n’est pas là. En rendant hommage à Pierre Bérégovoy, Hollande a envoyé un signal fort… aux marchés financiers. Louis Chagnon nous rappelle en effet le rôle du ministre des Finances des gouvernements Fabius, puis Rocard, dans la libéralisation des marchés financiers, qui déposséderont les Etats-nations de tout moyen de contrôle sur les transactions financières, pour aller dans le sens de la mondialisation libérale voulue par les oligarchies financières. On y voit que ce sont les socialistes comme Bérégovoy, Fabius, Rocard, Delors, Lamy,  qui furent les principaux artisans de cette opération.

« Mais le grand artisan de ces réformes aura été un triumvirat composé de Pierre Bérégovoy, Ministre des Finances du gouvernement de Laurent Fabius de juillet 1984 à mars 1986, de Jean-Charles Naouri, son directeur de cabinet (socialiste, il est aujourd’hui P.D.G du Groupe Casino Guichard, P.D.G. de la société Rallye, président du Conseil d’administration de la Foncière Euris et de Finatis, Vice-président de la Fondation Euris, en 2009 la revue Challenges le classe 63e fortune française) et de Claude Rubinowicz, son conseiller chargé des affaires économiques, monétaires et financières (socialiste, aujourd’hui inspecteur général des finances, directeur de l’Agence du patrimoine immatériel de l’État, fondateur des sociétés de conseils en stratégie financière Finafix et Finafix U.S.A. dont il est toujours le gérant). Tous les deux sortent de Normale Supérieure et de l’E.N.A. Ce furent ces deux compères qui mirent au point la loi sur la déréglementation du marché financier que Pierre Bérégovoy fit voter en 1986 contre la volonté du Trésor qui rechignait à perdre une grande partie de son contrôle sur la finance. La base de ces réformes fut le rapport sur la modernisation de la place financière de Paris rédigé par Bernard Tricot qui, à l’époque, présidait la Commission des Opérations de Bourse (C.O.B.). Le projet avait eu l’aval de François Mitterrand et l’appui d’Hervé Hannoun son conseiller technique. Voilà pour le volet purement français.

Le marché financier français une fois «modernisé», il ne restait plus qu’à l’inscrire dans un grand marché des capitaux de niveau européen. Si le principe de la libre circulation des capitaux fut consacré dès 1957 par le traité de Rome (art. 56 du Traité instituant la Communauté Européenne ou T.C.E.), il fallut attendre l’action des socialistes français pour qu’il soit effectif. L’idée de constituer un grand marché européen fut relancée lors du sommet de Fontainebleau en 1984 organisé par François Mitterrand alors que la France occupait la présidence de l’U.E, ce qui aboutira à la signature de l’Acte unique européen en 1986 qui fut complété par la directive Delors-Lamy 88/361/CEE du 24 juin 1988 (tous deux socialistes comme chacun sait) qui interdit toute entrave à la circulation des capitaux.

L’article premier stipule : «Les États membres suppriment les restrictions aux mouvements de capitaux intervenant entre les personnes résidant dans les États membres», et dans son article 7 : «Les États membres s’efforcent d’atteindre, dans le régime qu’ils appliquent aux transferts afférents aux mouvements de capitaux avec les pays tiers, le même degré de libération que celui des opérations intervenant avec les résidents des autres États membres, sous réserve des autres dispositions de la présente directive». L’objectif était de créer une entière mobilité des capitaux au sein de l’Union Européenne et entre les pays membres de l’U.E. et les pays tiers, la directive entra en vigueur en 1990. C’était l’ouverture à la mondialisation des marchés financiers ».

Cela n’a nullement empêché Hollande l’imposteur, lors de son discours du Bourget, de déclarer la guerre à la finance… qu’il se sentit obligé de rassurer quelques heures plus tard, dans une interview au Guardian. En rendant hommage à celui qui était devenu un fanatique du monétarisme, et le socialiste préféré des marchés financiers, François Hollande n’a-t-il pas, de manière déguisée, envoyé un message qui se voulait rassurant à ceux qu’il prétend combattre ?

Les commentateurs auront également oublié deux autres détails, en ce premier mai. Le suicide de Bérégovoy faisait suite aux catastrophiques élections législatives, où la gauche fut laminée, non pas à cause du prêt de Bérégovoy (même si cela n’aida pas), mais surtout à cause des conséquences de sa politique du franc fort, et des centaines de milliers de chômeurs nouveaux qu’elle engendra. Bérégovoy se le reprochait, et nombre de socialistes, qui l’avaient suivi durant toute sa politique, lui firent élégamment porter le chapeau de leur défaite.

Plus personne ne se souvient, d’autre part, du suicide, le même jour, 1ermai 1993, de ce chômeur, à Bordeaux, qui s’immola devant une ANPE. Cet acte désespéré aurait pu être longuement médiatisé, et faire la une des journaux pendant plusieurs jours, mettant en avant la détresse des travailleurs privés d’emploi.

Mais médiatiquement, que pèse l’immolation d’un chômeur face au suicide d’un « socialiste », chouchou des marchés financiers parce que fossoyeur de la France, de son modèle social et de sa politique industrielle ? On comprend mieux l’hommage de François Hollande à cet homme, puisqu’il incarne la même continuité politique, habillée avec un vernis progressiste qui ne trompe plus que les idiots utiles incultes qui pensent qu’être de gauche, c’est être moderne, donc défendre l’euro à tout prix, le mariage homosexuel, les constructions de mosquées, le halal et la régularisation des clandestins.

Pierre Cassen

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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Charles Martel 03/05/2012 09:11


Tres mesquin cet hommage a Monsieur Pierre Bérégovoy,et ce 19 ans apres son décès,a des fins politiques,et pour lesquelles ils s'est suicidé a cause des magouilles honteuses dont il a été victime
de par ses pairs de ce parti socialiste.Ils osent encore se servir de cette victime du parti socialiste,aucun scruplules.