BHL, par lui-même et pour lui-même : «Le serment de Tobrouk» ou le narcissisme sur grand écran

Publié le 8 Juin 2012

Au nom de son implication dans la guerre de libération en Libye, l’intellectuel germanopratin tire la couverture de l’Histoire à lui, se présentant complaisamment comme un homme providentiel.

 

 

LE SERMENT DE TOBROUK – LIBYE : MAKING OF D’UNE GUERRE de Bernard-Henri Lévy

Film français – 1h 46

L’affiche annonce la couleur et ne laisse planer aucune ambiguïté. Elle dit tout. Dans un cimetière en Libye, Bernard-Henri Lévy, à la tête d’un groupe, s’avance, tiré à quatre épingles, manteau luxueux, cheveux dans le vent. Dressée dans le lointain, une croix de Lorraine dessine une aura légendaire autour de sa personne. BHL occupe le centre de l’image. C’est la place qu’il s’assigne.

les coulisses d’un conflit

BHL tel qu’en lui-même, par lui-même, pour lui-même, dans un film sur lui-même qu’il signe. BHL prétend nous faire pénétrer dans les coulisses d’un conflit, en l’occurrence les six mois de la guerre de libération du peuple libyen contre son dictateur Mouammar Kadhafi, de février à octobre 2011.

Montrant les négociations secrètes menées par lui et les combats qu’il contemple, jumelles en main, perché sur les dunes. Penché, l’air grave, chemise déboutonnée, sur les cartes d’état-major avec les généraux rebelles.

Arpentant le désert, sanglé dans son éternelle panoplie, « vêtu de probité candide et de lin blanc », comme aurait dit Victor Hugo, sans pli, ni goutte de sueur. BHL haranguant les foules libyennes. BHL ovationné. BHL remontant le moral des troupes. BHL, téléphone satellitaire vissé à l’oreille, alertant Nicolas Sarkozy en pleine nuit, mobilisant Hillary Clinton, se précipitant à Jérusalem, fonçant à New York, tempêtant sur CNN.

 

BHL dans un mouvement, dûment filmé, de compassion, virile et fraternelle, quand un officier combattant lui apprend qu’il vient de perdre son frère. L’accolade, sans un mot, que BHL lui accorde vaut toutes les consolations.

BHL en jet qui arrache les rebelles aux ruines des combats et les propulse, sur un coup de sang, dans un grand hôtel parisien avant de les introduire sous les ors de l’Élysée, après les avoir briefés sur la conduite à tenir…

BHL par lui-même

BHL qui remodèle la carte de la future Libye sur les tables du Flore, son Q.G. de Saint-Germain des Prés. BHL qui fustige les diplomates verbeux qui, contrairement à lui, se perdent en palinodies au lieu d’agir. BHL qui retourne voir les acteurs majeurs (Sarkozy, Hillary Clinton) pour les entendre confirmer que sans BHL les puissances occidentales ne seraient pas intervenues.

BHL qui invoque Malraux, accepte d’être comparé à Voltaire, se prend pour Hemingway et, à la tête de sa IIe DB, emboîte le pas au maréchal Leclerc. BHL qui traverse Tripoli libéré, avant-garde d’un groupe accroché à ses basques, comme le général de Gaulle descendant les Champs-Élysées en août 1944. Même allure pressée, même V de la victoire vers le ciel.

BHL livré à l’admiration du peuple libyen, éperdu de reconnaissance. BHL, voix sépulcrale qui, du début à la fin, recompose sa propre chanson de geste, de son grand-père, misérable éleveur de moutons, à son engagement fervent, « activiste des droits de l’homme » depuis quarante ans, du Bangladesh à Sarajevo, de l’Afghanistan à Tripoli. BHL, l’homme providentiel. Sans lui, il le dit et veut le prouver, jamais le peuple libyen n’aurait réussi à se libérer.

Le spectateur, inconscient ou berné par la propagande de légitimation de sa posture, s’attend à voir l’Histoire se faire et se défaire. Qu’il soit prévenu : il assistera pendant deux heures à un exercice de glorification de BHL par lui-même. BHL ou le tout-à-l’égo. BHL ou le narcissisme sur grand écran. À ce niveau de complaisance, du jamais-vu !

 

JEAN-CLAUDE RASPIENGEAS    

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

Commenter cet article

Claude Germain V 11/06/2012 09:49


Excellent commentaire ,rien a dire de plus ...


......

kafirpride 08/06/2012 20:26


A défaut d'avoir pondu le moindre travail philosophique susceptible de passer à la postérité, il faut bien que la lumière germanopratine se recycle dans quelque chose de plus voyant qui, à défaut
de lui survivre, l'expose à ces lumières médiatiques dont il ne saurait se passer et sans lesquelles il tomberait immédiatement dans le néant aussi profond que sa pensée, c'est à dire un abime
sans fond.


Mais rassurez-vous, son film, malgré tout ce qu'il pourra faire, ne dépassera pas l'audience des quelques arrondissements boboïdes où sévissent ses rares disciples!