Bombes migratoires en Grèce.... et effet de souffle en Europe.

Publié le 7 Septembre 2012

La frontière gréco-turque est devenue la principale porte d’entrée des immigrés clandestins dans l’Union. Leur présence exaspère les Grecs, frappés par la crise. La Turquie joue un jeu trouble. Reportage par Valeurs Actuelles.

Combien de milliers de clandestins ont déjà transité par cette gare ? Située en bord de mer, dans l’enceinte du port de la ville grecque d’Alexandroupolis (70 000 habitants), elle est l’une des toutes premières étapes pour les migrants qui découvrent l’Europe occidentale. Aujourd’hui, sur le quai, ils ne sont pas nombreux. Deux jeunes femmes noires sont affalées sur l’un des vieux bancs en bois, accompagnées de leurs enfants, deux garçonnets de 4 ou 5 ans.

Le français qu’elles parlent est d’une qualité rare, sophistiqué même, attestant d’une condition sociale élevée. Le contraste avec leur apparence physique et vestimentaire est saisissant. Difficile de rester digne et propre quand on parcourt des centaines de kilomètres caché sous une bâche de remorque de camion… Elles confessent avoir fui précipitamment Kinshasa (République démocratique du Congo). On veut bien les croire. Leurs regards reflètent encore la peur et elles éludent toutes les questions concernant leur identité ou les détails de leur périple à travers l’Afrique.

Plus loin, une famille entière venue, semble-t-il, d’Asie centrale. Des petits-enfants aux grands-parents, ils sont une dizaine, assis sur des tapis. Leurs visages sont de type mongol. Des Ouzbeks ou des Tadjiks, peut-être ? Comment ont-ils pu entrer en Grèce ainsi, ensemble, sans se faire remarquer ? Ils ne parlent aucune langue qui leur permette de se faire comprendre ici.

En bout de quai, six ou sept hommes, apparemment des Pakistanais et des Bangladais, sont étendus à même le sol. Ils attendent, eux aussi, le train de 15 h 45 pour Athènes (la capitale est située à 750 kilomètres et douze heures de voyage d’Alexandroupolis).

La plupart des passagers qui vont monter à son bord ont été auparavant arrêtés par la police et sont passés par un camp de rétention surpeuplé où ils ne sont restés que quelques jours – voire seulement quelques heures – avant d’être relâchés. Ils ont leur ordre d’expulsion sous trente jours en poche. Certains, dès leur arrivée en Grèce, se sont présentés d’eux-mêmes à un commissariat de la région (la Thrace) pour y être enregistrés comme réfugiés.

La frontière gréco-turque se trouve à une quarantaine de kilomètres d’Alexandroupolis. Elle part du bord de mer puis remonte dans les terres, sur 200 kilomètres, en suivant le cours du fleuve Évros. Est-elle si facile à franchir ? C’est en tout cas la voie qu’empruntent aujourd’hui 80 % des clandestins qui pénètrent dans l’espace Schengen.

À trop vivre la crise de la dette souveraine depuis le huis clos français et européen, on en oublie que, pour ceux qui n’ont rien, la Grèce, même à l’heure de la banqueroute, demeure un eldorado. Michtar Abdul Hachim, 30 ans, originaire du Bangladesh, le rappelle dans ce court échange. « Savez-vous que ce pays va mal, qu’il est en faillite ? – Non, répond Hachim, je ne sais pas. – Vous n’êtes pas au courant ? – Non, monsieur, désolé… »

À Sunamganj, une ville du nord-est du Bangladesh, Hachim possédait avec ses frères un commerce de thé. « Nous avions trop de dettes, on a dû se résoudre à le vendre », raconte-t-il. Contrairement aux autres migrants rencontrés aujourd’hui, il connaît bien Alexandroupolis pour y être déjà passé au mois de mars. Il est rare de voir un clandestin revenir sur ses pas… « À Athènes, on ne trouve plus de travail, dit-il, nous sommes trop nombreux. Ici, on peut encore bosser dans les magasins, les restaurants ou dans le bâtiment. Je dois envoyer de l’argent à ma famille, je suis là pour ça. »

Ils seraient près d’un million d’immigrés clandestins, hommes, femmes et enfants, à être bloqués en Grèce (11 millions d’habitants) comme Abdul Hachim. Pris au piège dans une nasse géographique, une sorte d’immense Sangatte. « Notre pays est entouré de mers. Une fois arrivés ici, ils sont coincés », explique Amalia Souli, une avocate installée à Orestias (ville frontière avec la Turquie), spécialiste des dossiers migratoires : « La frontière bulgare [accessible par la terre, NDLR] est, décrit-elle, très difficile à franchir, c’est de la montagne. Et la Bulgarie ne fait pas partie de l’espace Schengen, cela ne les intéresse pas. »

Selon les chiffres fournis par le ministère de l’Intérieur grec, pas loin de 100 000 clandestins ont été “interpellés” dans le pays en 2011. La plupart sont toujours là. « Certains sont bloqués ici depuis plus de quatre ans, d’autres veulent rentrer chez eux, assure l’avocate. Il faudrait plus de personnel et plus de moyens pour leur venir en aide ou leur permettre de s’en aller. » Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 50 000 immigrés seraient prêts à retourner dans leur pays et près de 29 000 dossiers de rapatriement non traités resteraient en attente.

À l’aéroport Eleftherios-Venizelos d’Athènes, le dispositif – reconnaissance faciale, contrôle de l’authenticité des passeports, test linguistique – placé en amont par les polices européennes pour bloquer les tentatives quotidiennes de passage vers la France, l’Italie ou l’Allemagne, contribue à ce phénomène : il fixe l’immigré illégal sur le sol grec. Même si le clandestin parvient à passer à travers les mailles du filet et à atterrir à Paris ou Berlin, il sera renvoyé en Grèce à la première arrestation. En vertu des règles fixées dans l’Union par les conventions de Dublin, c’est le premier pays où le migrant est entré qui doit traiter son cas.

« Que vont devenir ces gens ? Qu’est-ce qu’ils font une fois relâchés ? », s’interroge un fonctionnaire français en fin de mission. Son constat est sombre : « La Grèce est en train de devenir la prison de l’Europe. »

L’avocate Amalia Souli reconnaît les limites actuelles : « Notre coeur, notre mentalité nous disent d’apporter une première aide à ces gens mais nous ne pouvons pas aller plus loin. Nous sommes un tout petit pays, incapable de supporter une telle pression migratoire. »

Un pays en faillite, où, faute de moyens, une partie de la population n’a plus accès aux soins médicaux. « Nous sommes proches d’un drame humanitaire, avertit un diplomate européen. La Grèce ne peut pas s’en sortir seule. Il faudrait mettre sur pied une force de sécurité civile européenne pour lui venir en aide et ouvrir rapidement des centres de rétention de grande capacité. Les conditions d’hygiène dans lesquelles vivent les migrants sont déplorables. »

« Est-ce que nous allons renvoyer un immigré clandestin à Kaboul ? La réponse est non. Au Soudan ? Non. En Somalie ? Non. En Syrie ? Non plus. S’il demande l’asile politique, pouvons-nous l’expulser ? Encore une fois, non ! Voilà pourquoi ils restent tous ici. » Le directeur de la police d’Orestias, Giorgos Salamangas, est direct : « Jusqu’en 2009, le nombre de migrants était encore mesuré et maîtrisable, juge-t-il [3 500 arrestations pour le secteur dont il a la charge, NDLR]. C’est en 2010 que les choses ont changé[36 000 arrestations pour le même secteur]… »

“La Turquie, plaque tournante de l’immigration clandestine”

Cette année-là, la Turquie, sans consulter personne, décide de supprimer les visas pour les ressortissants de pays comme l’Iran, la Syrie, le Yémen, la Libye, le Liban, le Maroc et la Tunisie. Révolutionnant au passage les flux migratoires à destination de l’Europe. « Aujourd’hui, depuis Alger et d’autres villes d’Afrique du Nord, on peut se rendre à Istanbul avec un vol low cost pour seulement 70 euros », indique Giorgos Salamangas.

Désormais, plus grand monde ne s’aventure en Méditerranée. Trop cher, trop long et trop dangereux. Les clandestins partis du Sahel et du Maghreb passent maintenant, comme les Asiatiques, par la Turquie et la Grèce. « La Turquie est devenue la plaque tournante de l’immigration clandestine vers les pays de l’espace Schengen, notamment grâce à l’ouverture de liaisons aériennes à bas prix », confirme le rapport 2012 de l’agence européenne Frontex, chargée de coordonner la surveillance des frontières extérieures de l’Union.

Le gouvernement turc ferme les yeux. Outre les retombées économiques qu’il retire du transit de milliers de personnes sur son territoire, il utilise l’immigration comme un moyen de pression sur l’Union. Une Europe à laquelle ses propres citoyens n’ont accès qu’avec un visa – « injuste » selon le ministre des Affaires européennes turc, Egemen Bagis – et dont Ankara réclame la suppression pure et simple.

Le soir, dans certaines rues d’Omonia, quartier situé au coeur d’Athènes, il n’est pas rare d’être obligé d’enjamber des corps de toxicomanes pour pénétrer dans un immeuble ou tout simplement passer son chemin. Dans cette capitale (près de 4 millions d’habitants) dépourvue de banlieue, Omonia concentre les squats de clandestins. Drogue, prostitution, délinquance, sida : l’endroit est devenu une sorte de zone grise. Mieux vaut ne pas y traîner. Les policiers (dont les salaires ont été amputés de 30 % l’an dernier) avouent leur inquiétude : « Nous sommes assis sur une bombe à retardement, prévient l’un d’eux. Dans le domaine de la criminalité, tous les compteurs sont au rouge. Les home jackings, les cambriolages, les vols à l’arraché, tous les chiffres ont explosé. »

Sans un sou en caisse, coincé entre une population appauvrie par la crise, qui supporte de plus en plus mal une telle présence étrangère, et des organisations de défense des droits de l’homme promptes à dénoncer les arrestations arbitraires et les mauvais traitements infligés aux migrants, le gouvernement d’Antonis Samaras n’a guère de marge de manoeuvre.

Il multiplie les coups médiatiques comme les rafles de sans-papiers ces derniers jours à Athènes (on parle de plus de 6 000 arrestations), renforce les effectifs le long de la frontière avec la Turquie et poursuit sur cette dernière la construction d’une clôture de fils de fer barbelés, longue de 12,5 kilomètres, censée empêcher l’entrée sur le territoire. Aux élections législatives du mois de juin, le parti néonazi Aube dorée a obtenu près de 7 % des voix et dispose à présent de 18 députés au Parlement. Son programme est simple : expulsion sans condition des immigrés.  De la Thrace et d’Athènes, Jean-Claude Galli

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Histoire d'Islam

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jp 07/09/2012 17:47


mettre une 12/7 et tirer à vue à la frontiere

Claude Germain V 07/09/2012 17:45


Il arrive un moment ou on pet etre l'humain le plusgenreux du monde ,mais a un moment donné stop  !!!!ON NE PARTAGE PLUS ET RETOUR AU PAYS !  pour le moment c'est les tentatives douces
pour repousser vers la sortie , dans quelques temps ,malheureusement cela risque de se passer autrement ...... et là plus de sourire accueillant .......