Boston : les questions que le monde se pose

Publié le 21 Avril 2013

Les équipes du SWAT (unité de police spécialisée dans les opérations paramilitaires, NDLR) dans une maison de Watertown, Massachusetts

INTERVIEW - Pourquoi deux jeunes hommes, vivant depuis des années aux Etats-Unis, en sont venus à commettre l'attentat à Boston ? Comment ont-ils été traqués ? Pourquoi le FBI, alerté au sujet d'un des deux frères, n'a rien suspecté ? Les réponses pour MYTF1News du criminologue Alain Bauer.

MYTF1News : Les deux suspects de l'attentat de Boston étaient d'origine tchétchène mais, surtout, vivaient depuis des années aux Etats-Unis. Cela a surpris nombre d'Américains. Et vous ?

Alain Bauer, conseiller spécial des polices de New-York et Los Angeles,  professeur de criminologie au conservatoire des métiers de NY et Pékin : Ce n'est pas du tout surprenant. Avec la police de New-York nous avions écrit en 2004 un document qui s'appelait "la radicalisation en Occident, la menace intérieure", qui s'appuyait sur une douzaine d'opérations menées depuis 2001 et démontrait l'évolution du terrorisme "importé" vers le terrorisme "implanté". Si le suspect arrêté à Boston est bien déclaré coupable, alors nous nous trouvons exactement dans cette configuration. Tout comme nous avons eu cette configuration avec Khaled Kelkal (ndlr : considéré comme le principal auteur des attentats du GIA algérien en France en 1995, il a été abattu lors de son interpellation) et plus récemment avec Merah. 

MYTF1News : Qu'est-ce que cela signifie ?

A.B. : Que l'image du terrorisme évolue. Que l'on est dans un processus de transfert assez important sur des gens nés ou éduqués en Occident, qui commettent des attentats de proximité. Il s'agit généralement de personnes de sexe masculin, jeunes, et qui se trouvent dans une espèce de schizophrénie entre leur culture d'origine et leur pays d'accueil. Ils se sentent mal reçus, mal acceptés et finissent par passer à l'acte en utilisant l'accélérateur d'Internet plutôt que de passer par la phase d'endoctrinement et la formation à l'étranger. Cela donne moins de temps et de visibilité aux services de renseignements pour intervenir à temps.

Leur amateurisme a précipité leur neutralisation

MYTF1News : L'identification des suspects a été très rapide, comment ont procédé les services américains ?

A.B.  : D'abord, il faut dire que les suspects ont fait beaucoup d'effort pour se faire repérer puisqu'ils n'ont pas caché complètement leurs visages et n'ont pas tenté d'éviter les caméras de vidéosurveillance. Leur amateurisme a précipité leur neutralisation. 

Sinon, le processus américain est le même qui celui utilisé dans tous les pays occidentaux qui ont déjà été confrontés à ce type d'attaques terroristes, comme la France, l'Angleterre, l'Espagne ou l'Italie. On isole l'endroit où la bombe a été placée. On vérifie si elle avait un détonateur ou une télécommande. On regarde ce qui s'est passé dans les heures qui précèdent ... et on finit par identifier une ou plusieurs personnes au comportement suspect. Ensuite, il existe deux dispositifs. Le premier, très ancien, est l'appel à l'information du public. 

Le second consiste à utiliser la vidéo-morpho, qui permet d'identifier mathématiquement par des points et des angles du visage, si telle ou telle tête enregistrée par la vidéosurveillance est connue ou pas de la police. C'est un peu la même méthode que pour le fichier national des empreintes digitales informatisé, mais pour la reconnaissance faciale. Cela permet soit d'identifier des témoins, soit d'avoir des points de concordance.  Dans le cas de Boston, l'attentat a notamment été précédé par l'attaque d'une supérette par les deux suspects.

Ni les Etats-Unis ni la France ne sont culturellement armés pour comprendre ce qu'est la transformation du terrorisme

MYTF1News : L'aîné des deux suspects aurait été signalé dès 2011 au FBIcomme étant un adepte de l'islamisme radical, mais les enquêtes menées à l'époque n'avaient rien données. Cela rappelle les ratés de l'affaire Merah en France, non ?

A.B. : Absolument, il semble qu'une nouvelle fois un service de renseignement a été floué, soit par les pratiques de dissimulation, soit par son incapacité à comprendre que tous les terroristes réels ou possibles ne vivent pas uniquement en étant classé dans des petites boîtes. Un terroriste djihadiste n'est pas systématiquement en djellaba, avec une longue barbe et s'interdisant de boire ou de fumer. Il peut être très différent. Et en la matière, ni les Etats-Unis ni la France ne sont aujourd'hui culturellement armés pour comprendre ce qu'est la transformation du terrorisme qui a pourtant commencé il y a au moins dix ans. En France, c'était même il y a 20 ans avec Khaled Kelkad.

Ils ont une vraie difficulté à comprendre que l'univers autour d'eux n'est plus celui qui existait avant la chute du mur de Berlin. C'est comme si un journaliste de presse écrite vous expliquez qu'Internet n'existe pas. Sauf qu'à un moment, Internet gagne parce que c'est rapide, efficace, et que les réseaux sociaux prennent leur place dans la réalité. Il faut donc vivre à la fois avec le journal et Internet. Le refus culturel de la réalité se termine toujours par un désastre.

Ce ne sont pas des loups solitaires, ni des auto-radicalisés 

 MYTF1News : On peut donc s'attendre à d'autres faits isolés du type Boston ou Merah du fait de cette défaillance ?

A.B. : Non car en France, par exemple, on est passé de "Merah n'existe pas" à "Tout le monde est Merah". On est dans l'excès inverse mais au moins cela donne des résultats de temps en temps. Il faudrait maintenant que l'on sorte du prêt-à-porter pour passer dans le sur-mesure. Au moins nous ne sommes plus dans le processus de la négation de ce transfert du terrorisme.

Aujourd'hui, il y a quelques dizaines de personnes aujourd'hui qui se posent la question du passage à l'acte sans avoir besoin d'aller en Afghanistan et sans avoir besoin d'autre chose qu'Internet. Ce ne sont pas des loups solitaires, ni des auto-radicalisés. Ils sont dans une logique d'utilisation des méthodes modernes de communication, mais ils ne sont pas seuls. Ce sont des opérateurs locaux, qui ne sont pas dépendants d'une structure internationale. 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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Marie-claire Muller 21/04/2013 21:50


Les agents du FBI les connaissaient depuis 3ans et les fréquentaient !Pourquoi n'ont ils pas fait leur boulot?voir sur DRUZZ