Bras de fer économique compliqué entre l'Iran et les Occidentaux

Publié le 9 Janvier 2012

Dans un bras de fer susceptible de déraper en conflit militaire, Téhéran s'efforce de stabiliser sa monnaie, tandis que les occidentaux peinent à instaurer un embargo étanche.

Ecrit par
Yves BOURDILLON
Yves BOURDILLON
Journaliste

Après la mise en garde, mardi, de l'Iran contre un retour dans le golfe Persique du porte-avions américain « John Stennis » et la rebuffade immédiate des Etats-Unis, le bras de fer entre Téhéran et les Occidentaux continuait hier sur le terrain économique et diplomatique, sur fond de stabilisation des cours du pétrole.

L'Iran s'est ainsi efforcé de défendre sa monnaie, le rial, qui a perdu 45 % de sa valeur en un mois, suite à l'annonce d'un prochain embargo européen sur son pétrole et, surtout, de l'interdiction faite à tout établissement financier opérant aux Etats-Unis de réaliser des transactions avec la banque centrale d'Iran. Cette dernière est intervenue hier sur le marché de Téhéran, permettant au rial de regagner l'essentiel du terrain (18 %) perdu dimanche et lundi ; le rial est remonté à 15.600 pour 1 dollar, contre 17.800 lundi soir. Parallèlement à l'injection de dollars, pour un montant non précisé, l'institut d'émission iranien aurait eu recours à une méthode rudimentaire, l'interdiction de toute vente de dollars à un cours supérieur à 14.000 rials, selon un agent de change ayant requis l'anonymat.

Quatre séries de sanctions

Une dépréciation durable du rial, encore coté à 10.500 pour 1 dollar il y a un mois, aurait des conséquences dramatiques sur le pouvoir d'achat des Iraniens modestes, dans un pays qui importe la grande majorité de ses produits de consommation et où l'inflation dépasse déjà 30 %. Des queues d'Iraniens inquiets d'une dépréciation de leur épargne ou d'un possible conflit armé se sont formées ces derniers jours devant les banques. Pour autant, la partie n'est pas facile pour des Occidentaux déterminés, après quatre séries de sanctions symboliques de l'ONU, à étrangler économiquement le régime des mollahs pour l'obliger à abandonner son programme nucléaire, probablement militaire. L'embargo sur le pétrole iranien, appliqué depuis trente ans par les Etats-Unis et qui devrait être instauré par l'Union européenne lors d'un sommet à la fin du mois (un accord de principe a été confirmé hier, après la levée des objections de la Grèce, qui importe le tiers de son pétrole d'Iran) sera difficilement étanche.

Le ministère turc de l'Energie a annoncé hier qu'il demanderait à Washington une exemption à la loi interdisant les transactions avec Téhéran. Celle-ci autorise en effet Barack Obama à la suspendre au cas par cas, pour empêcher une flambée du cours du pétrole préjudiciable à une conjoncture économique mondiale fragile. La Turquie importe d'Iran le tiers de son pétrole, via la firme Tupras, 217.000 barils par jour. Ankara est le sixième client de Téhéran, loin derrière la Chine (543.000 barils par jour, 10 % de ses besoins), l'Inde (341.000 barils) et le Japon (251.000 barils, 6 %). Pékin, qui a encore dénoncé hier les sanctions occidentales unilatérales, compte toutefois profiter de l'isolement iranien ; il exige des rabais importants et a divisé par trois ses commandes à Téhéran pour le mois de janvier.

YVES BOURDILLON, Les Echos

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique étrangère

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