Brétigny : le parquet d'Evry accusé d'amateurisme Par Anne Jouan du Figaro

Publié le 21 Juillet 2013

Le Figaro.fr Proposé par Yannick

La fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs (Fenvac) ne cache pas sa colère vis-à-vis des pouvoirs publics. En fin de semaine, la polémique commençait à monter à propos des boulons mis sous scellés par la justice dans l'affaire du déraillement du Paris-Limoges à Brétigny. Le Figaro a révélé que l'un des experts mandaté par la SNCF avait déclaré mercredi dernier avoir eu accès à la scène de l'accident modifiée. Mais le parquet d'Evry n'a toujours pas ouvert une information judiciaire confiée à des juges d'instruction ni nommé d'experts judiciaires en urgence. Vendredi, certains syndicats commencaient d'ailleurs à s'échauffer. La belle unité née de la «transparence» promise par le patron de la SNCF au soir du drame est aujourd'hui mise en doute.

Me Georges Holleaux, l'avocat de la Fenvac n'a pas de mots assez durs pour critiquer le procureur. Contacté par Le Figaro, il déclare être «stupéfait que plus de huit jours après l'accident, aucun juge d'instruction n'ait encore été désigné. Pire que cela, le Parquet se devait au moins de demander l'intervention d'un expert judiciaire placé sous son autorité en application de l'article 77-1 du code de procédure pénale». Cet article prévoit en effet que «s'il y a lieu de procéder à des constatations ou à des examens scientifiques qui ne peuvent être différés, le procureur de la République (...) a recours à toutes personnes qualifiées». Nul besoin donc d'attendre l'ouverture d'une information judiciaire pour mandater des experts judiciaires indépendants.

Suspicions de partialité des expertises

Me Holleaux va plus loin: «Le procureur d'Evry est même resté en vacances! L'urgence commandait pourtant de faire le nécessaire rapidement puisque le site est remis en l'état afin de permettre aux trains de circuler normalement». Selon lui, le fait que les expertises ne soient confiées qu'aux experts de la SNCF et du ministère des transports, parties prenantes dans l'affaire, ne fera que générer des suspicions puisqu'elles ne sont pas réalisées sous contrôle de juges. «En d'autres termes, si la justice avait voulu ne surtout pas mettre son nez dans le dossier de Brétigny, elle ne s'y serait pas prise autrement», ajoute-t-il. La Fenvac appelle donc de ses voeux la nomination «de toute urgence» de juges d'instruction et d'experts judiciaires compétents et indépendants.

Enfin Me Holleaux conclut: «Je suis étonné que Mr Huchon qui avait, le premier, évoqué l'hypothèse d'un acte de malveillance n'ait toujours pas fait savoir s'il allait déposer plainte. Faut-il y voir le fait qu'il est le président du syndicat des transports d'Ile-de-France (Stif), susceptible d'être impliqué au premier chef dans l'examen des responsabilités?».

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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