Cacophonie en Israël sur l'Iran.

Publié le 29 Avril 2012

Benyamin Nétanyahou se montre alarmiste, tandis que Shimon Pérès et le chef d'état-major de Tsahal se veulent plus pondérés.

Les dirigeants israéliens multiplient les déclarations contradictoires sur la menace iranienne. Benyamin Nétanyahou a adopté le ton le plus alarmiste de tous la semaine dernière. À l'occasion de la journée de commémoration de la Shoah, le premier ministre israélien a comparé le danger d'un Iran doté de l'arme nucléaire à celui représenté en son temps par l'Allemagne nazie. «Aujourd'hui comme à l'époque, des gens veulent annihiler le peuple juif… Le régime iranien appelle et agit ouvertement et ardemment à notre destruction et développe fiévreusement des armes atomiques pour atteindre cet objectif, a dit Nétanyahou. Quiconque considère la menace iranienne comme fantaisiste n'a tiré aucune leçon de l'Holocauste, a-t-il ajouté. Il y a toujours eu des gens pour se moquer de ceux qui disent des vérités qui dérangent… En tant que premier ministre d'Israël, il n'est pas seulement dans mes prérogatives de rappeler la destruction d'un tiers des Juifs quand on évoque les menaces existentielles contre notre peuple: c'est aussi mon devoir.»

Quelques jours plus tard, le président Shimon Pérès a pris ses distances avec cette lecture. «L'Holocauste est une chose, l'Iran en est une autre. La comparaison est déplacée», a dit le président israélien. Tout en précisant qu'il ne voulait pas «donner l'impression de critiquer le premier ministre», Pérès a ajouté que s'«il existe une vérité en ce qui concerne le passé, il n'y a que des hypothèses en ce qui concerne le futur, et aucun d'entre nous ne peut dire si elles se révéleront exactes ou non». Shimon Pérès a aussi exprimé sa confiance en Barack Obama et dans l'efficacité des sanctions. «Plusieurs mesures doivent être prises: des sanctions économiques en même temps que diplomatiques, ainsi qu'une pression morale, qui doivent être exercées sur l'Iran, l'option finale devant être gardée pour la fin.»

Le chef d'état-major de l'armée, le lieutenant général Benny Gantz, a lui aussi tenu des propos mesurés sur l'imminence du danger iranien. «L'Iran progresse pas à pas vers le point où il sera en mesure de décider s'il veut fabriquer une bombe… À mon avis, Khamenei commettrait une grave erreur s'il faisait cela, et je ne crois pas qu'il voudra franchir ce pas… Je pense que l'équipe au pouvoir en Iran est composée de gens rationnels», a expliqué le général Gantz, qui a aussi estimé que «les sanctions internationales commençaient à porter leurs fruits».

Le ministre de la Défense, Ehoud Barak, a quant à lui combiné les deux approches. En début de semaine, Barak déclarait que «l'Iran n'a pas encore décidé de construire une arme atomique» et que «si les Américains, les Européens et nous-mêmes sommes déterminés, il y a une chance d'arrêter les Iraniens avant qu'ils ne se dotent de la bombe atomique». Puis, jeudi soir, il a expliqué dans une intervention, à l'occasion des fêtes de l'Indépendance d'Israël, que «les chances que l'Iran réponde favorablement aux pressions internationales pour arrêter son programme nucléaire semblent minces».

Ces opinions divergentes semblent indiquer que les responsables israéliens restent divisés quant à l'opportunité d'une attaque préventive contre les sites nucléaires iraniens. Elles peuvent aussi, selon certains analystes, avoir pour but de brouiller les signaux à propos de leurs intentions réelles et accroître ainsi l'incertitude de Téhéran sur les éventuelles réactions d'Israël.

Figaro International

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Israël: une démocratie

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