Cahuzac et ses chiens par Gaspard Koenig

Publié le 16 Avril 2013

Au lieu de hurler à la corruption, les pourfendeurs de M.Cahuzac feraient mieux de s’interroger sur le système fiscal qui crée de telles hypocrisies.

Par 

Gaspard Koenig

 Quand un homme est lâché aux chiens, comme l’avait dit Mitterrand à propos de Pierre Bérégovoy, cela donne envie d’aller donner du bâton aux chiens. Sans nullement chercher à excuser Jérôme Cahuzac, pourfendons ses pourfendeurs.

Les “chiens” semblent s’étonner que M. Cahuzac fût un bon ministre du Budget en dépit de sa situation de fraudeur fiscal. Personne ne pose la question dans le bon sens : n’était-il pas en mesure de bien lutter contre la fraude fiscale parce qu’il la connaissait si bien ? “Un vieux braconnier fait le meilleur garde-chasse”, disent les Anglais avec leur pragmatisme coutumier.

Les “chiens” dénoncent la “corruption”. C’est un abus de langage flagrant. On est loin des chéquards” de Panamá, dont les votes étaient achetés par des industriels. Les sommes restent fort modestes au regard des vrais scandales financiers. Probablement gagné au noir et placé sur un compte dormant, on voit mal comment cet argent aurait pu avoir la moindre influence dans l’élaboration des politiques publiques.

Les “chiens”, par leurs bruyantes déclarations outragées, se mordent la queue. Le prochain scandale n’en sera que plus dévastateur pour la classe politique. À force de honnir publiquement l’argent, ils créent les conditions de leur propre chute. Dernier exemple en date, cette absurde une duMonde, qui livre à la vindicte le trésorier de campagne de François Hollande pour avoir légalement investi, via son holding, dans des sociétés offshore (comme c’est très souvent le cas dans les opérations commerciales internationales).

Les “chiens” s’inquiètent soudain des conflits d’intérêts. Ils feraient mieux de regarder au bout de leur laisse. La République a institutionnalisé des pratiques bien plus répréhensibles, telles que la réserve parlementaire : 150 millions d’euros distribués de manière parfaitement opaque et aléatoire aux parlementaires pour qu’ils s’achètent les bonnes grâces d’associations ou de promoteurs locaux.

Enfin et surtout, les “chiens” rivalisent d’idées grotesques pour « moraliser la vie publique », faute de pouvoir se moraliser eux-mêmes. Ainsi François Hollande a-t-il proposé que les élus condamnés pénalement pour fraude ou corruption soient interdits de tout mandat public, comme si des peines d’inéligibilité n’étaient pas déjà prévues par la loi et comme si les électeurs n’étaient pas capables de décider eux-mêmes s’ils préfèrent un fraudeur repenti à un vertueux inexpérimenté. Ainsi le député UMP Thierry Lazaro a-t-il déposé une proposition de loi pour sanctionner le mensonge d’un membre du gouvernement en séance publique au Parlement. Est-ce à dire qu’ils auraient le droit de mentir au peuple, mais pas à ses représentants ? Et quel discours politique ne peut-il pas être qualifié de mensonge, suivant les convictions de chacun ? Annoncer que « la crise de l’euro est derrière nous » ne devrait-il pas valoir à François Hollande d’être traduit devant la Haute Cour ?

Eloignons-nous de cette curée primitive pour tenter de tirer la véritable leçon de l’affaire Cahuzac. N’est-il pas tout de même étrange qu’un responsable socialiste éprouve le besoin de frauder le fisc ? Cela ne démontre-t-il pas l’hypocrisie de la classe politique, qui ne cesse d’augmenter les prélèvements obligatoires alors qu’elle y échappe en partie, ne serait-ce qu’à travers l’exonération fiscale de l’indemnité représentative de frais de mandat que perçoivent les parlementaires ? Cela ne met-il pas la gauche devant ses contradictions : appeler sans cesse à la « vertu citoyenne » des contribuables alors que tout le pays ne cherche qu’à ruser avec un système fiscal devenu complexe, bureaucratique et asphyxiant ? Les Pigeons, les Vaches à lait, Depardieu et aujourd’hui Cahuzac participent au fond d’une même jacquerie. Attaquons-nous à la racine du mal en remettant à plat la fiscalité française.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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