Caroline Fourest dans l'imposture? En tous cas elle gave et lasse.

Publié le 8 Juin 2011

Il y a quelque chose qui d'emblée, en deçà de tout échange, m'a mis mal à l'aise face à Caroline Fourest. Je suis sûr que pour elle, les rares fois où nous nous sommes rencontrés, la sensation a été la même. Rien de commun entre elle et moi.

J'ai été évincé d'une émission théoriquement de libre parole (« Cactus » sur Paris Première, aujourd'hui supprimée) parce que je m'en étais pris trop vivement - j'en suis persuadé - à elle qui devait demeurer « intouchable ».

Pour être franc, dans cet agacement immédiat, il y a sans doute une sorte de saturation devant la surabondance de ses prestations médiatiques : chroniqueuse au Monde, à France 24, à France Culture, à France Inter... Elle suscite une adhésion sans réserve, tant au regard de ses livres que de ses positions jamais analysées en profondeur. Par exemple ce portrait inconditionnel, par Marie-Laure Delorme (Le Journal du Dimanche), à propos de son dernier ouvrage sur Marine Le Pen, co-écrit avec Fiammetta Venner.

Il y a aussi, et bien plus, la roublardise fine, intelligente et rentable avec laquelle elle joue de ses atouts pour faire frémir d'aise la modernité progressiste autour d'elle. Discrète sur ses orientations intimes mais venant au soutien de toutes les minorités sexuelles, elle s'engouffre avec volupté dans les béances que le délitement de notre société fait surgir ; elle s'est surtout fait une spécialité du "travail", comme elle l'affirme avec audace, sur l'extrême droite et les religions. Jeanne d'Arc dévotement laïque et féministe ennuyeuse et totalitaire !

Son tour de force est de tromper son monde et d'avancer, de penser masquée. Félicitée par beaucoup, qui ne l'ont pas lue, pour son combat contre les extrémismes, elle vogue sur l'air du temps, sans trop de rigueur factuelle ni théorique, gagne des suffrages confortables et faciles en dénonçant le Front national - cela relève, de nos jours, du réflexe ! - et en insinuant contre l'islam et le catholicisme. Son habileté tient au fait que, derrière la condamnation apparente des intégrismes, elle fait passer sans cesse, avec une perfidie suave, sa haine douce du fait religieux. Ce dernier, en tant que tel, si on l'écoute bien serait répréhensible et dangereux mais elle se trouverait en peine pour nous démontrer quel serait, selon elle, le catholicisme acceptable ou l'islam supportable. Sous une bannière parfois justifiée et pertinente mais souvent approximative et démagogique, elle susurre, au prétexte de s'en prendre à sa part extrémiste, son hostilité à l'encontre du tout religieux. Elle fait se téléscoper et coagule l'inadmissible avec l'honorable. Elle a déniché un filon qui rapporte intellectuellement et médiatiquement. Il suffit, pour se convaincre de cette fausse retenue mais de cette vraie intolérance, de se rappeler un dialogue qu'elle a eu avec Eric Zemmour (Le Post). Avec quelle délectation elle se réjouissait d'avoir apporté sa pierre à la "destruction de la famille patriarcale" et  fustigeait "l'Occident judéo-chrétien" ! Les décompositions l'enchantent à l'évidence. Qu'elle ait des idées nourries par ses tréfonds et ses blessures intimes, comme nous tous, ne me rassure pas, puisqu'elles se rapportent à des hostilités et à des dissidences bien ciblées dont le convenu d'aujourd'hui a besoin !

Caroline Fourest est douée d'un indéniable talent pour "rouler" son interlocuteur dans le velours alors que derrière, son regard manifeste à quel point son esprit est une machine de guerre beaucoup plus intolérante que les causes qu'elle pourfend. L'apparence tranquille, le ton modéré, l'impression qu'elle donne parfois de s'adresser avec patience et componction à des débiles, puisqu'ils ne pensent pas comme elle, cachent mal la froide résolution d'une personnalité qui ne s'embarrasse ni de détails ni d'exactitudes pour atteindre son but, qui est de constituer Caroline Fourest avec son histoire, ses préjugés, ses obsessions comme un modèle pour la société d'aujourd'hui. Sa feinte modestie ne l'empêche pas de se citer subtilement en exemple.

Elle n'est pas loin de parvenir à ses fins, à considérer le battage presque unanime qui l'accompagne. Heureusement, il y a des résistants. Avec ma modeste contribution, je ne me mets pas dans le lot. En revanche, Pascal Boniface vient de publier chez un éditeur courageux, Jean-Claude Gawsewitch, un livre passionnant et, lui, documenté, sur Les intellectuels faussaires.  Caroline Fourest s'y voit évidemment consacrer - aux côtés notamment de BHL - une place de choix, surtout au sujet de toutes les erreurs, approximations, généralisations abusives, détournement de citations, qui ont pu être relevés dans certains de ses livres et dans ses affrontements divers avec Tariq Ramadan - on n'est pas obligé d'apprécier celui-ci pour s'en scandaliser. La Tentation obscurantiste, pourtant dénoncé par des spécialistes reconnus de l'islam, a obtenu le Prix du Livre Politique. Elle gagne à tout coup. Face à des ignorants et à des bonnes et « généreuses » consciences, c'est l'apparence du Bien qui compte, pas la validité ni la profondeur du discours. Décidément, Caroline chérie !

Je voudrais terminer en évoquant sa récente intervention sur France Inter pour la promotion de l'ouvrage sur Marine Le Pen. Elle connaît bien la station, et pour cause ! Ce qui m'importe, c'est ce qui s'est déroulé durant la demi-heure où Patrick Cohen, Thomas Legrand et des auditeurs l'ont questionnée, avant le billet de Sophia Aram et l'insupportable publicité quotidienne pour "5/7 Boulevard" de Philippe Collin.

Le registre est tout autre que celui de Nicolas Demorand mais j'appréciais celui-ci et je suis attaché à Patrick Cohen. A cause de cette sympathie médiatique, j'ose faire part de mon inquiétude. Coincé entre une Pascale Clark qui se croit drôle et piquante avec ses saillies navrantes auxquelles il se sent obligé de répondre à son esprit défendant, et une Sophia Aram qui continue à se servir de son propos comme d'une tribune personnelle, fustigeant « les simples d'esprit » qui ont le malheur de ne pas être de son avis et de sa partialité, Patrick Cohen devrait davantage songer à lui. Je serais déçu s'il se banalisait en quittant une objectivité à la fois froide et aimable pour tomber dans un conformisme qui n'est que trop prisé par les médias. S'abandonnant à des approbations peu communes chez lui, il s'est abstenu d'apporter la moindre contradiction à Caroline Fourest. Dans ces conditions je me suis interrogé sur la difficulté de sa tâche quand la campagne présidentielle le conduira à devoir dialoguer avec tous les candidats, Marine Le Pen comprise. Quand un livre militant est promu - « un travail sur... » ! -, ne conviendrait-il pas, pour épargner Patrick Cohen, qu'un tiers vienne objecter et un peu refroidir l'enthousiasme ?


Ce billet ne changera rien. Il me fait du bien. J'éprouve depuis toujours une sainte horreur devant l'encens injustifié versé à foison. Alors, juste une piqûre d'épingle sur la réputation de Caroline chérie. Ce n'est rien.

Retrouvez Philippe Bilger sur son blog.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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Marie-Claire Muller 08/06/2011 17:20



Caroline Fourest est allée à bonne école, celle de la fourberie, de Scapin Ramadan son frangin (Tarik Ramadan mon frére)c'est son livre .Cette femme est tordue et ses airs de (sainte
nitouche)trompent bien,ou plutôt enchantent lceux qui aiment écouter les cymbales résonner,elle est creuse et méchante,elle a appris la takya et s'en sert  comme elle l'a vu de son maitre à
penser!!Son livre attaquant Marine ne fera rien d'autre qu'attirer + de voix à la candidate républicaine!!!!



mikalet 08/06/2011 13:17



Je vous ai lu attentivement tout comme je l’ai fait pour Caroline F mais, comme elle dispose d’une omniprésence à la télévision, j’ai aussi eu
l’avantage de l’écouter et de comparer ses dires à ceux auxquels elle prétendait se référer.


Le plus souvent ses citations sont pernicieusement inexactes ce qui finit par remettre en question son honnêteté intellectuelle.


Je me dois de mesurer ma critique car si l’on en croit  Chamfort « plus on juge moins on
aime » et je serai navré qu’on devine que je la déteste.



Claude Germain V 08/06/2011 11:50



Pour Monsieur Brazon un peu plus de plaisir .


Amicalement.


http://www.dailymotion.com/video/xbn815_caroline-fourest-entartee-a-la-crem_news