Ces élus qui embauchent leur conjoint, leurs enfants, leurs ex...

Publié le 7 Août 2013

Le népotisme fait des ravages. Bien trop d'élu s'arrangent avec la morale politique. Même si c'est légal, il y a des comportementaux qui choquent en ces temps de crise. Il vaut mieux être le fils ou la fille d'un élu que d'un chômeur... même et surtout pour se loger ! 

 

Les projecteurs se sont éteints, les élus se sont éloignés, les amis se font rares. Elle est restée, elle est là. Ainsi va, aussi, la politique. Claude Chirac a cessé ses activités professionnelles pour se remettre à travailler pour son père sauf qu'il ne s'agit plus de travailler, seulement d'accompagner un vieil ex-président perdu dans ses souvenirs.  

La fille n'a rien oublié de l'accueil qu'elle reçut quand elle se mit au service d'un homme dont beaucoup pensaient alors qu'il prolongerait ad vitam aeternam sa série de défaites à l'élection présidentielle. "Abandonné par tout le monde, sauf par ma fille et par Maurice Ulrich", remarquait-il à l'époque. L'arrivée de Claude provoqua la colère de certains fidèles: "Il n'est pas sain qu'un présidentiable soit conseillé par un parent."  

Il n'est pas sain qu'un présidentiable soit conseillé par un parent 

 

On peut dire que Chirac resta sourd à la critique: Claude effectua l'intégralité des douze années à l'Elysée. Aujourd'hui, son dévouement, tout entier placé dans la sphère privée, force l'admiration de ceux qui la critiquaient hier. 

"Papa m'a dit"

En ce temps-là, la présence d'un membre de la famille , François Mitterrand avait montré le chemin avec un fiston surnommé "Papa m'a dit" chargé des affaires africaines, posait un problème d'abord politique. Il s'est déplacé sur le champ de la morale. A l'heure où la transparence impose ses règles et même sa loi , embaucher un parent, que l'on soit maire, parlementaire, président d'un conseil régional ou général, est possible juridiquement, mais déjà suspect éthiquement. 

 

 

Libre à Laurent Tapiefils de Bernard, de lancer, le 1er juillet, un site Internet pour aider les visiteurs à "comprendre l'affaire" de l'arbitrage dont a bénéficié l'homme d'affaires. Mais quid des responsables publics, élus de la nation ou des collectivités locales? Jusqu'où doivent-ils pousser l'exemplarité?  

Le népotisme est un sujet sensible en France, il suffit de se rappeler l'extraordinaire scandale que suscitèrent les mésaventures de Jean Sarkozy quand fut envisagée son arrivée à la tête de l'Epad, un établissement public des Hauts-de-Seine. Il avait certes reçu l'onction du suffrage universel, puisqu'il était conseiller général, pourtant le scandale fut énorme et marqua un tournant dans le quinquennat de son père. 

Pressenti en 2009 pour prendre la tête d'un établissement public, Jean Sarkozy dut renoncer.

Pressenti en 2009 pour prendre la tête d'un établissement public, Jean Sarkozy dut renoncer.

AFP

 

Un "fils de" n'est pas forcément moins compétent qu'un autre. La confiance, à laquelle les responsables politiques mais les autres employeurs aussi! sont tant attachés, est évidemment un atout. Le bât blesse dès que se répand le soupçon de l'emploi de complaisance. La vie publique n'a vraiment pas besoin de cela. 

En France, les familles politiques n'ont pas que le sens de la politique elles ont aussi celui de la famille. Personne, d'ailleurs, ni à droite ni à gauche, ne songe à interdire, comme c'est le cas pour les députés européens (sauf travail bénévole), l'embauche d'un membre de sa famille.  

Au Parlement, seule la moitié de l'enveloppe "crédit collaborateurs" peut être affectée à un parent. Au Sénat, par exemple, chaque élu ne peut recruter qu'un seul membre de sa famille en tant que collaborateur. Son salaire ne peut excéder le tiers de la dotation d'assistanat, une majoration restant possible si cet assistant, autre que le conjoint, est l'unique collaborateur et qu'il dispose d'un domicile fiscal différent de celui de son employeur. 

La plupart des élus assument

La plupart des élus, de Claude Bartolone assument donc totalement. Pour justifier la nomination de sa femme à son cabinet, le président (socialiste) de l'Assemblée nationale avait pu compter sur son sens de la formule: "Je n'ai pas embauché ma femme, j'ai épousé ma collaboratrice."  

Je n'ai pas embauché ma femme, j'ai épousé ma collaboratrice 

Pour expliquer le choix de son épouse comme assistante parlementaire, le député d'extrême droite du Gard se montre intarissable: "Ma femme était médecin endocrinologue et gynécologue. Il y a environ dix-huit ans, elle a arrêté la médecine pour venir travailler avec moi à mon cabinet d'avocat. Je ne peux pas bosser sans elle. Si j'étais devenu bouquiniste, elle travaillerait aussi avec moi!" Deux exemples parmi plusieurs dizaines d'autres, de Jean-François Mancel, qui emploie sa femme, à Laure de La Raudière, qui fait travailler son mari. 

 

 

Il y a les emplois bien réels, et il y a les autres. L'ancien député et ex-secrétaire d'Etat à la Réforme de l'Etat Henri Plagnol avait embauché son épouseBéatrice Bissara, comme assistante parlementaire. A Saint-Maur, ville dont il est le maire, la chose étonna d'autant plus que Madame était surtout connue pour ses activités... d'artiste sculpteur. 

L'affaire se termine parfois devant les tribunaux

 

 

En 2011, Claude Polony, l'ancien maire de Roura (Guyane), est condamné par la cour d'appel pour avoir continué à verser des salaires à son fils entre septembre 2004 et juin 2005, en tant que directeur de cabinet de la ville, alors que celui-ci effectue à ce moment-là un stage dans l'Hexagone.  

 

 

En 2006, Michel Laignel, maire (PS) de Ronchin, dans la banlieue de Lille, est condamné par la Cour de cassation, notamment pour favoritisme au profit de ses enfants. Dans les années 1990 et 2000, il a fait réaliser un ouvrage par une association où travaillait sa fille et a recouru aux services d'une société de BTP où était salarié son fils, sans appel d'offres et en falsifiant des délibérations du conseil municipal. 

Claude Chirac (à dr.) a passé douze ans à l'Elysée, au côté de son père (en 1999).

Claude Chirac (à dr.) a passé douze ans à l'Elysée, au côté de son père (en 1999).

AFP/ PATRICK KOVARIK

 

Au sein des collectivités locales, les situations cocasses ne manquent donc pas, permettant parfois à Feydeau de s'inviter dans le débat. Sauf que le public rit de moins en moins. Puisque les esprits évoluent, les textes vont peut-être bouger. La déontologue de l'Assemblée nationaleNoëlle Lenoir, mène actuellement une mission sur les collaborateurs et présentera un rapport à la rentrée. 

 Avec les "emplois familiaux", le milieu politique apparaît comme autocentré et écoeure les autres 

 

 

Lors du débat sur le projet de loi sur la transparence de la vie publique né après le scandale Cahuzac, le rapporteur, le président de la commission des Lois, Jean-Jacques Urvoas (PS), a rappelé qu'aucun annuaire n'existait pour les "2 400 assistants parlementaires" des députés. Au Sénat, qui examine depuis le 9 juillet le texte et où un flou comparable règne, des centristes viennent de proposer un amendement créant un statut des collaborateurs parlementaires en contrepartie de la déclaration d'intérêts que chacun serait obligé de remplir. 

 

 

"La politique devrait être par définition tournée vers l'extérieur. Avec les "emplois familiaux", le milieu apparaît comme autocentré et écoeure les autres", regrette un assistant parlementaire. Au-delà des encadrements juri diques, au-delà des regards moralisateurs, au-delà des équilibres de la vie privée, c'est une certaine conception de l'action publique qui est en jeu.La politique doit-elle être un métier comme un autre, ou ce qui est accepté ailleurs lui est-il désormais interdit? 

 


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Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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