Ces personnalités qui ont refusé la Légion d'honneur.

Publié le 3 Janvier 2013

Par Raphaëlle de Tappie


Pierre Currie, Georges Brassens et Jean-Paul Sartre.
Pierre Currie, Georges Brassens et Jean-Paul Sartre.

Le dessinateur Jacques Tardi a refusé la Légion d'honneur, voulant «rester un homme libre». Une attitude qui, de Jean-Paul Sartre à Georges Brassens, fut partagée par bien d'autres.

«C'est avec la plus grande fermeté que je refuse cette médaille». Mercredi, le célèbre auteur de bandes dessinées Jacques Tardi déclarait ne pas vouloir de la Légion d'honneur qui lui a été attribuée le 1er janvier. Il affirme être trop attaché à sa «liberté de pensée et de création», ajoutant «Je ne demande rien et je n'ai jamais rien demandé. On est pas forcément content d'être reconnu par des gens qu'on estime pas». De nombreuses personnalités ont déjà refusé cette distinction institutionnelle, certains au nom de la sacrosainte «liberté», d'autres par pudeur.

En 1864, le compositeur Hector Berlioz crie haut et fort son désintérêt devant cette récompense, purement symbolique à ses yeux. Celui auquel l'État désargenté veut payer une messe de Requiem avec le ruban rouge au lieu de lui verser les 3.000 francs promis, s'écrie: «Je me fous de votre croix. Donnez-moi mon argent!».

Le chercheur Pierre Curie, lui, est plus sobre quand il refuse la Légion d'honneur: «Je n'en vois pas la nécessité». Les Curie refusent d'être le centre de l'attention. «En sciences, nous devons nous intéresser aux choses, non aux personnes», affirme Marie Curie.

La romancière George Sand, elle, prend la distinction avec bien plus d'humour. Elle écrit malicieusement au ministre qui lui propose la croix: «Ne faites pas cela cher ami, je ne veux pas avoir l'air d'une vieille cantinière!»

«Le fatal insigne qui ne pardonne pas»

En 1945, le philosophe et écrivain Jean-Paul Sartre la rejette à son tour au nom de la liberté. En 1964, après avoir également refusé le prix Nobel de littérature, il explique au directeur de l'Académie suédoise: «J'ai toujours décliné les distinctions officielles. Lorsque, après la guerre on m'a proposé la Légion d'honneur, j'ai refusé […]. De même, je n'ai jamais désiré entrer au Collège de France comme me l'ont suggéré quelques-uns de mes amis […]. L'écrivain doit refuser de se laisser transformer en institution même si cela a lieu sous les formes les plus honorables comme c'est le cas.»

 

Jean-Paul Sartre durant une conférence de presse à Stuttgart, en Allemagne, en 1974.
Jean-Paul Sartre durant une conférence de presse à Stuttgart, en Allemagne, en 1974.Crédits photo : Strumpf/AP
 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est pour des raisons semblables que l'écrivain et dramaturge Marcel Aymé, en 1949, répond de manière cinglante au ministère de l'Éducation nationale qui lui propose l'insigne: «Pour ne plus me trouver dans le cas d'avoir à refuser d'aussi désirables faveurs, ce qui me cause nécessairement une grande peine, je les prierais qu'ils voulussent bien, leur Légion d'honneur, se la carrer dans le train, comme aussi leurs plaisirs élyséens.»

Le chanteur Georges Brassens ne veut pas plus de la prestigieuse distinction, car elle est, selon lui, un facteur d'inhibition. Il écrit une chanson satirique où il dénonce «le fatal insigne qui ne pardonne pas». «Ce petit hochet à la boutonnière. Vous le condamne à de bonnes manières. Car ça la fout mal avec la rosette, De tâter, flatter, des filles les appas…», chante-t-il.

D'autres se servent de la médiatisation que leur apporte cette récompense afin de sensibiliser l'opinion publique et le gouvernement à des problèmes qui leur tiennent à coeur. En août 2012, la chercheuse Annie Thébaud-Mony, spécialiste des cancers professionnels, refuse la légion d'honneur pour dénoncer l' «indifférence» qui touche la santé au travail et l'impunité des «crimes industriels», selon une lettre adressée à l'actuelle ministre du Logement, Cécile Duflot.

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Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Du côté des médias

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Polux 04/01/2013 11:00


Bonjour Claude !


Je vous trouve bien défaitiste en ce qui concerne la Nation et celà ne reflète pas ce que vous dites dans vos nombreux commentaires.


De plus si vous niez la Nation vous vous niez vous même en tant que faisant partie de cette Nation et je pense au contraire que nous tous sur cer blog, grace à G. BRAZON, nous sommes cette nation
et que nous ne somme pas dans la putréfaction et la trahison qui pour moi n'en font pas partie. En ce qui concerne la légion d'honneur, puisque c'est le sujet, effectivement on ne nous
demande pas notre avis et c'est bien la putréfaction et la trahison qui l'attribut !


Cordialement.

LA GAULOISE 04/01/2013 08:50


Je suis bien d'accord avec Claude Germain v , recevoir cette medaille de la part de traitres à leur pays agonisant, c'est plutot un affront.

raymond 04/01/2013 08:29


encore ,faudrait il que cette legion d'honneursoit donnee par des personnes dignes de ce qu'ils remettent,remise par des traitres ,des vendus,je comprends qu'on puisse la refuser.puis a
force de la brocarder pourla moindre connerie ,un gus paye a prix d'or,marque un but ,paf, legion d'honneur un macon qui aurait pose une brique ou un parpaing,paye ,lui un peu plus que le smig ne
meriterait il pas ,lui,davantage cette breloque tellement devaluee de l'origine .pauvre Napoleon il doit se retourner dans sa tombe,s'Il pouvait en sortir et balayer toute cette racaille

Claude Germain V 03/01/2013 19:02


Cher Polux vos propos sont sains , meme est ce que la Nation existe encore ??? alors la reconnaissance d'un etat en putrefaction qui pue la lacheté , la trahison .... une surface qui ne porte
meme plus le nom de France sans faire eclater de  rire la communauté internationale , alors cette reconnaissance a quoi bon ...

Polux 03/01/2013 18:07


Je trouve que Tardi à tort et raison à la fois lorsqu'il dit: '' On n'est pas forcément content d'être reconnu par des gens que l'on n'estime pas !''


Tout d'abord, à l'origine, la Légion d'Honneur est une reconnaissance de la nation aux grands esprits, scientifiques, militaires, artistiques etc...


Où je rejoint Tardi c'est que, à notre époque, on a l'impression que cette récompense est un peu galvaudée et qu'elle est attribuée parfois par copinage et que certains s'arrogent le droit de
décider pour la nation ce qui effectivement peut, comme l'a dit Brassens, vous condamner à de bonnes manières ...et peut-être pire.