Cinéma français, l'exception française : un producteur balance. Commentaires d'Olivier Feutry

Publié le 29 Décembre 2012

Dans une tribune assassine intitulée "Les acteurs français sont trop payés !", Vincent Maraval lamine l'exception française.
Danny Boon lors de la tournee de promotion du film Rien a declarer au cinema Gaumont Labege. Toulouse, FRANCE - 19/01/2011Danny Boon lors de la tournee de promotion du film Rien a declarer au cinema Gaumont Labege. Toulouse, FRANCE - 19/01/2011 © Sipa
Cinéma français : un producteur balance : http://www.lepoint.fr/tiny/1-1606771

Dans une tribune parue dans Le Monde le 28 décembre et intitulée "Les acteurs français sont trop payés !", Vincent Maraval, un des producteurs de "The Artist", lamine l'exception française. "Pendant que Gérard Depardieu fait l'actualité, il y a un vrai scandale d'ordre plus général", estime le directeur des ventes internationales du groupe Wild Bunch. "Tous les films français de 2012 se sont plantés, perdant des millions d'euros; Les Seigneurs, Astérix, Pamela Rose, Le Marsupilami, Stars 80, Bowling, Populaire, La vérité si je mens 3, etc".

Pourquoi ? Parce qu'après les films des studios américains, laFrance détient le record du monde du coût moyen de production : 5,4 millions d'euros. Pourquoi ? A cause du cachet des acteurs français, assure Maraval, cachets qui permettent d'obtenir l'obligatoire financement des télévisions. "Ainsi, Dany Boon, ce chantre de la France profonde qui vit à Los Angeles, obtient 3, 5 millions d'euros pour Le Plan parfait, dont les entrées ne seront pas suffisantes pour payer son salaire". 

Cachets surévalués

"Pourquoi est-ce qu'un acteur français de renom, qu'il se nomme Vincent Cassel, Jean Reno, Marion Cotillard, Gad Elmaleh, Guillaume Canet, Audrey Tautou, Léa Seydoux, touche pour un film français des cachets allant de 500 000 à 2 millions d'euros, alors que, dès qu'il tourne dans un film américain il se contente de 50 000 à 200 000 euros ? L'explication, jamais le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) ni la ministre ne l'ont fournie : la subvention directe dont jouit le cinéma français - chaînes publiques, avances sur recettes, aides régionales -, mais surtout la subvention indirecte : l'obligation d'investissement des chaînes privées", assure le producteur. 

"Astérix, à 60 millions d'euros, a le même budget qu'un film de Tim Burton. Black Swan se finance sur le marché. Il n'y a dans son financement aucune obligation, aucune subvention, l'acteur est donc payé pour ce qu'il vaut, 226 000 euros. Mesrine, en revanche, a besoin de ce financement pour exister", déplore ainsi Maraval...

Proposition politique

"A l'heure où François Hollande veut que les patrons des grandes entreprises publiques limitent leurs salaires, laissera-t-on les hauts salaires du cinéma gagner plus qu'ils ne valent, et ce grâce à de l'argent public, à un système unique, exceptionnel de financement ?", s'interroge le producteur, qui propose une idée simple : "Limitons à 400 000 euros, assorti d'un intéressement obligatoire sur le succès du film, le montant des cachets qui qualifient un film dans les obligations légales d'investissement des chaînes de télévision". 

Commentaires d'Olivier Feutry
Souvent le CNC et les télévisions financent des fictions où les stars sont surpayés mais parallèlement le tournage a lieu à l'étranger pour réduire les coûts (l'Europe de l'Est est la destination favorite des producteurs français) avec une conséquence simple : les autres figurants sont étrangers et pendant ce temps-là c'est le régime des intermittents ultra déficitaire (1 milliard d'euros par an, ce qui baisse immanquablement sur le coût du travail en France) qui indemnise les figurants français.

Derrière cela, il y a aussi l'hyer-puissance médiatique des stars du cinéma qui a chaque fois qu'il passe dans les médias (tous de gauche en France) ne se voient jamais poser les questions qui fâchent et qui ont un accès particulièrement aisé à eux s'ils souhaitent dénoncer telle ou telle situation.

Enfin, aujourd'hui, il est quasiment impossible de financer un film sans l'aide au moins partielle (tour de table) de CANAL + dont on connaît le caractère particulièrement sectaire et de gauche. C'est une grave atteinte à la diversité.

Olivier Feutry 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Du côté des médias

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