Claude Guéant: Le Ministère de l'intérieur ou le "Ministère de la pensée cadrée"

Publié le 13 Mai 2011

Il est des questions qu'il faut bien poser comme celle concernant nos libertés et singulièrement notre liberté d'expression. Monsieur Guéant confie à une association droit-de-l'hommiste, la surveillance "des propos qui pourrait déraper" sur le web. Seul média encore libre le web sera placé sous les fourches caudines d'un chasseur de la libre pensée. Bien entendu, au nom de la liberté comme au pire moment des dictatures qui assassinent au nom du peuple.

Il est tout de même étonnant si ce n'est surprenant qu'une démocratie confie cette surveillance à une association qui hésite rarement à déposer des plaintes pour contrecarrer la liberté d'expression si par malheur cette expression ne correspondent pas aux critéres de la bien pensance. En 2007 il me semble que je n'avais pas voté pour me retrouver ligoté sur une chaise devant mon clavier d'ordinateur.

Ce blog est libre et les commentaires également pour peu qu'ils respectent la dignité des uns et n'insultent personne. Cela aurait dû être suffisant. Et bien non. Il semble que désormais, il faudra surveiller également le contenu, la forme autant que le fond. Ou s'arrêtera  donc ce déni des libertés. Je me souviens avec effarement de ce journaliste qui, répondant à Robert Ménard dans "Complèments d'enquêtes" estimer juste de cadrer la liberté d'expression. Nous en sommes donc là sous un régime de droite.

Nous connaissons tous ces associations de type MRAP, SOS-Racisme, LDH, Indigène et autres LICRA qui, au nom d'une vision de la société bien propre, bien mixe, bien multiculturelle, chasse le propos un tantinet franchouillard. La police de la pensée est en marche.

Gérard Brazon 

Questions à M. Guéant


 

En décembre dernier, le ministère de l’Intérieur concluait avec une association relevant de la loi de 1901, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), une convention institutionnalisant entre celle-ci et l’État une collaboration permanente dont on aurait pu s’attendre, au vu des informations qu’en a données le Figaro du 2 décembre 2010, qu’elle provoque ce qu’il est convenu d’appeler un “débat”. Or, on ne vit rien…

Au terme de cet accord, le ministère de l’Intérieur confie à la Licra une mission de veille sur Internet, aux fins de l’aider à débusquer les dérives racistes ou antisémites sur la Toile, ainsi que dans l’enceinte des stades ; la même convention prévoit entre l’État et ladite association des échanges de statistiques, et sa participation à la formation des agents de police par la diffusion dans les commissariats d’une documentation spécifique – cela venant à l’appoint d’une formation à l’antiracisme prochainement dispensée dans les écoles de police et de gendarmerie. Lors d’une conférence de presse au cours de laquelle Brice Hortefeux et Alain Jakubowicz, le président de la Licra, présentèrent le texte qu’ils venaient de signer, le ministre annonçait la création en 2011 d’un “observatoire du racisme” dont la conduite serait confiée au Conseil représentatif des associations noires, le Cran.

Tout cela pose quelques questions qui, M. Hortefeux ayant sur ces entrefaites quitté ses hautes fonctions, s’adressent désormais à son successeur, M. Guéant :

– Le nouveau ministre confirme-t-il la mise en oeuvre de cette convention, et peut-il préciser ce qu’il en est de son contenu – dont le Figaro n’a peut-être révélé qu’une partie ?

– Est-on sûr que les différentes missions de lutte contre le racisme et l’antisémitisme ne peuvent être menées à bien par les services de l’État, déjà renforcés qu’ils sont dans ce domaine par une “Haute Autorité”, la Halde, dont nombre d’informations récentes ont montré qu’elle disposait de puissants moyens juridiques et financiers – quelles que soient ses métamorphoses, annoncées pour imminentes ?

– Les attributions du ministère de l’Intérieur étant par essence régaliennes, est-il conforme au droit d’en confier une partie à des associations, au risque de constituer ainsi un véritable démembrement du service public ? Le gouvernement n’est-il décidément plus capable d’appliquer la loi ?

– Sur quels critères ces deux associations ont-elles été choisies ? On remarquera que l’ancien ministre Brice Hortefeux s’était vu poursuivre en justice par lesdites associations pour “incitation à la haine raciale”. Certes, ce genre d’affaire crée des liens, comme on dit : mais n’est-ce pas venir un peu vite à résipiscence et encourager une stratégie consistant à cibler les responsables de l’État aux subtiles fins de les placer sur la défensive et, en quelque sorte, de les adoucir ?

– On ne peut croire que les informations collectées par la Licra seront rendues publiques, mais on aimerait en être sûr, et connaître leur destination exacte ; cela d’autant plus que les critères retenus par les associations de lutte contre le racisme sont souvent plus subjectifs que ceux retenus par la loi et la jurisprudence, déjà elles-mêmes assez imprécises. Dénoncera-t-on, au nom de la puissance publique, tel internaute qui aura tenu sur un courriel des propos répréhensibles, dont la plupart des citoyens français ne connaissent pas les limites exactes ? Cette surveillance de la Toile (et des stades, et pourquoi pas de tous les lieux publics, tant que nous y sommes ? ) ne risque-t-elle pas de renforcer l’impression que la France est soumise à la plus délétère des polices, la police de la pensée – confiée de surcroît à des personnes morales de droit privé ?

Jusqu’à présent, disions-nous, ces initiatives n’ont pas provoqué de débat ; mais il est une exception : la bataille solitaire que mène un avocat, Me Karim Ouchikh, par ailleurs vice-président du Rassemblement pour l’indépendance de la France (Rif) que j’ai l’honneur de présider, lequel a adressé au nouveau ministre de l’Intérieur une lettre ouverte dont s’inspire ce qui précède (lire les développements dans le numéro 13 de la revue les Cahiers de l’indépendance).

Se pose ici la question ultime, plus politique, à laquelle M. Guéant n’est certes pas tenu de répondre : les concessions que fait ainsi l’actuelle “majorité” à l’air du temps reviennent, sous couvert de lutte contre le racisme, à une sorte de racialisation générale des esprits d’inspiration américaine – en fait, racisme et antiracisme parlent le même langage, ce qui finit par rendre ce dernier passablement dangereux, au point que le philosophe Alain Finkielkraut le qualifie de « communisme du XXIe siècle » : ces concessions idéologiques permanentes, d’inspiration plus soixante-huitarde que républicaine (la République ne reconnaît pas de prérogatives particulières aux communautés telle que celle que prétend représenter le Cran), ne contribuent-elles pas à la recomposition de la droite française, dont on vient de voir qu’elle ne se fait guère au bénéfice de l’actuelle majorité ?  

Paul-Marie Coûteaux

Photo © Patrick Iafrate

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Coups de gueule

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