Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques (1955) – Folio Pocket édition octobre 2011

Publié le 20 Avril 2012

 Comment ne pas citer un homme claivoyant. Un écrivain qui avait compris son temps et nous annonçait le mur...

 Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques (1955)

page 482

 

« Tout l’Islam semble être, en effet, une méthode pour développer dans l’esprit des croyants des conflits insurmontables, quitte à les sauver par la suite en leur proposant  des solutions d’une très grande (mais trop grande) simplicité. D’une main, on les précipite, de l’autre, on les retient au bord de l’abîme.  Vous inquiétez-vous de la vertu de vos épouses en campagne ? Rien de plus simple, voilez-les, cloitrez-les… Mais, de ce fait, la barrière du souci s’est déplacée, puisque maintenant il suffira qu’on frôle votre femme pour vous déshonorer »

 

page 483

 

« Chez les Musulmans, manger avec les doigts devient un système : nul ne saisit l’os de la viande pour ronger la chair. De la seule main utilisable (la gauche étant impure, parce que réservée aux ablutions intimes), on pétrit, on arrache les lambeaux ; et quand on a soif, la main graisseuse empoigne le verre …on se demande jusqu’à quel point la coutume, plutôt que vestige archaïque, ne résulte pas d’une réforme voulue par le Prophète : « Ne faîtes pas comme les autres peuples, qui mangent avec un couteau »., inspiré par le même souci, inconscient sans doute, d’infantilisation systématique, d’imposition homosexuelle de la communauté par la promiscuité qui ressort des rituels de propreté après les repas, quand tout le monde se lave les mains, se gargarise, éructe et crache dans la même cuvette, mettant en commun, dans une indifférence terriblement autiste, la même peur de l’impureté associée au même exhibitionnisme ».

 

page 484

 

« Ces anxieux sont aussi des hommes d’action ; pris entre des sentiments incompatibles, ils compensent l’infériorité qu’ils ressentent par des formes traditionnelles de sublimation qu’on associe depuis toujours à l’âme arabe : jalousie, fierté, héroïsme.  »

 

« En face de la bienveillance universelle du bouddhisme, du désir chrétien de dialogue, l’intolérance musulmane adopte une forme inconsciente chez ceux qui s’en rendent coupables ; car s’ils ne cherchent pas toujours, de façon brutale, à amener autrui à partager leur vérité, ils sont pourtant (et c’est plus grave) incapables de supporter l’existence d’autrui comme autrui. Le seul moyen pour eux de se mettre à l’abri du doute et de l’humiliation consiste dans une « néantisation » d’autrui, considéré comme témoin d’une autre foi et d’une autre conduite. La fraternité islamique est la converse d’une exclusive contre les infidèles qui ne peut pas s’avouer, puisque, en se reconnaissant comme telle, elle équivaudrait à les reconnaître comme existants. »

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Islamisation française

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